Dessin

 

Rapprocher Victor Hugo et les surréalistes ? Voilà qui paraît à première vue irréaliste, dirait-on justement ! Et pourtant, la Maison Victor Hugo offre l’opportunité jusqu’au 17 février de se plonger dans l’imaginaire délirant de l’un des écrivains majeurs du XIXe siècle, en liant celui-ci aux mouvements artistiques surréalistes qui prirent leur essor dans la première moitié du XXe siècle. « Hugo est surréaliste quand il n’est pas bête » affirme ainsi André Breton, celui-là même qui écrivit le premier Manifeste du surréalisme.

L’exposition contribue à édulcorer la vision que l’on a de l’écrivain. Hugo apparaît transformé. Il n’est plus le défenseur des peuples opprimés, fort dans son engagement, et qui au regard du XXe siècle apparaît si classique. Non, Hugo se transforme ! Au diable le réel. Il faut reconsidérer l’auteur d’Hernani et des Misérables. On se doit de plonger totalement dans son imaginaire débordant, dans ses délires artistiques au travers de dessins et d’écrits. Peu à peu, ce nouveau Victor Hugo appellera a des similitudes, à des thématiques communes, partagées par les surréalistes.

 

Pour bien comprendre cette exposition, il faut se remémorer ce qu’est le surréalisme. Dans son manifeste, Breton exhorte les artistes à se dégager du réalisme. Il faut embrasser de tout cœur l’imagination, faire foi de son émerveillement. Le rêve dépasse toute notion du réel. Il faut lâcher prise. Que l’art devienne automatique, comme le produit de la psyché. Dans cette optique là, l’artiste est enjoint à utiliser toutes les techniques. Il peut, et doit, se séparer de son pinceau. Il travaille l’aquarelle, l’encre, il crée par de nombreux collages, tel ceux de Raoul Haussmann. Il adopte la photographie et se tourne vers l’abstrait grâce à l’œuvre de Man Ray. L’aventure mondiale du surréalisme puise ses thématiques dans un bestiaire grandiose, où se mêlent le fantastique et l’imaginaire. Le legs surréaliste est empreint d’humour noir et d’abstraction.

On trouve évidemment chez Hugo bien des éléments qui pourraient l’inscrire comme un précurseur de ce mouvement. L’exposition toutefois pose une limite. Hugo n’est pas surréaliste avant l’heure. Il ne l’a jamais été. Gare aux anachronismes. On trouve toutefois des parentés communes entre l’homme et le mouvement. « Des constantes, des préoccupations, des fascinations communes, des idées, des visions rapprochées » nous explique un peu mieux l’exposition.

 

Chateau - Victor HugoDessin de Victor Hugo

Julien Gracq - Au Chateau d'Argol

Julien Gracq – Au Chateau d’Argol


Victor Hugo - Vue d'une ville

Victor Hugo – Vue d’une ville

 

Hugo rêve de châteaux décharnés. On ne sait si ses donjons griffonnés sont le résultat d’un rêve ou d’un cauchemar. L’encre noire imprime des sommets brumeux, où pèsent des brumes mystiques. Son Burg dans l’orage rappelle curieusement Le château de la Sirène de Robert Desnos. On croirait que ces bâtisses « sortent affreusement des entrailles de la terre », comme l’écrit Hugo.  La filiation entre le romantisme d’Hugo et le surréalisme se fonde d’abord sur un partage des lieux. On retrouve ainsi les châteaux mais aussi des lieux plus naturels.

Après la pierre, voici qu’Hugo et les surréalistes se rejoignent sur la grande Nature. Hugo est fasciné par la mer, l’océan du vide qui s’acharne sur ses Brise-lames à Jersey.  Les forets aussi l’intriguent. Les arbres, les vagues, la vert mystérieux ou le bleu profond se retrouvent chez le peintre allemand Max Ernst. Leurs thèmes sont communs. Ernst est de loin celui qui semble le plus proche des contemplations d’Hugo. L’œuvre d’Hugo a comme nourri celle d’Ernst.
Les deux hommes se rejoignent aussi sur le thème de l’amour, thématique largement abordée tout au long de l’exposition. L’amour d’Hugo est fou, il est éperdu, cause une perte. Un amour passionnel donc, jamais charnel. L’érotisme, s’il y en a, est extrêmement voilé. Les surréalistes partagent, dans une moindre mesure, cette conception de l’amour déguisé et sentimental.  Les thématiques sont donc bien communes.

 

Victor Hugo - Chat huant devant les ruines du Chateau de Vianden

Victor Hugo – Chat huant devant les ruines du Château de Vianden

Hugo - Souvenir de l'étang du bois de Bellevue (1845)

Victor Hugo – Souvenir de l’étang du bois de Bellevue (1845)

Ernst - Fôret et oiseau

Max Ernst – Fôret et oiseau

Ernst

Max Ernst – Fôret et soleil

Ernst - Fôret

Max Ernst – Fôret

Hugo - La matière noire

Victor Hugo – La matière noire 

Les parallèles se font aussi par la technique. Aves ses taches d’encres disposées au hasard, Hugo tâtonne, cherche l’émerveillement dans le hasard. On retrouve ces mêmes errements artistiques dans les décalcomanies de Marcel Jean. La même maladresse, délibérée entendons-nous, se retrouve dans les dessins de Desnos et d’Hugo. Ce dernier n’hésiter pas à impliquer ses enfants dans sa création. Il reprend leurs dessins naïfs. Enfin Hugo se livra à des autoportraits photographiques amusants, tout comme le fit Man Ray ou Brassaï. Il s’amuse de lui même, se fait photographié dans la posture de l’écrivain perdu dans ses pensées ou dans celle du bon patriarche.

 

Décalcomanie - Oscar Dominguez (1935)

Oscar Dominguez – Décalcomanie

Hugo - Le rêve

Victor Hugo – Le rêve

Étude de Blason - Victor Hugo

Victor Hugo – Étude de blason

Hugo - Bateau

Victor Hugo – Bateau

Oscar Dominguez - Untitled 1937

Oscar Dominguez – Untitled 1937 

Enfin, l’exposition finit sur notre chère capitale. Paris. Hugo l’aime profondément. Il aime son Paris populaire, parcourue par ces petites gens, sillonnée par la misère. Les surréalistes préfèrent une Paris des parnasses et des grands boulevards, où la culture populaire bouillonne. Ces deux visions se jaugent sans s’opposer. Quand à vous, il ne restera qu’à vous rendre Places des Vosges pour grimper une à une les lourdes marches boisées de la Maison Victor Hugo et plonger dans deux univers artistiques pas malicieusement rassemblés.

 

 

Dayras

 

 

Informations :

Exposition « La cime des rêves, Victor Hugo et les surréalistes » à la Maison Victor Hugo jusqu’au 17 Février.

 

Le site de la Maison Victor Hugo

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Et profitez-en pour visiter la maison de ce cher barbu !

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