On connaît Chicago pour ses têtes de pont mythiques des années 80. Elles ont lancé la House music avec les premières boites à rythmes, et engrangé malgré elles toute une génération de producteurs de talent. Avec son label Lumberjacks in Hell, Marcel Vogel leur donne le micro. Avec trois des six producteurs de la compilation, retour sur les pépites de « Chicago Service ».

Le tout tient en deux vinyles, sept tracks. On y retrouve la génération des années 90 et 2000 de Chicago. Ceux qui ont connu les Frankie Knuckles, les Ron Hardy et autres Jamie Principle dans les clubs mythiques des quartiers sud de la ville. Rahaan Rah est de ceux là. Présent sur la compilation et surtout au club Musik Box au début des années 1980, il raconte. « À cette époque, c’était vraiment cool de pouvoir écouter Ron et Frankie toutes les semaines. Mais ne te trompe pas, les années 80, ca a été ce qui m’a porté aussi loin. Et chaque chose qui se passera dans le futur sera toujours un miroir à cette époque, à ce que j’ai appris du passé … ». Même son de cloche du côté de Jamie 3.26, qui estime non sans humour que tout est histoire de continuité. « Pour tous les cousins qui sont sur le LP, je ne dirai pas qu’ils font partie d’une nouvelle génération de producteurs, parce qu’on a tous une histoire si on regarde dans le rétroviseur des années 80 … Beaucoup viennent de l’autre côté de la cabine … du dancefloor ! »

Et Jamie de dériver sur les années 90, dont il est issu musicalement. « Il y a tout un chapitre de la « ChiChi House music » dont on parle rarement, celui des années 90. Et si tu regardes, énormément de producteurs et dj aujourd’hui connus de Chicago se sont fait connaître à ce moment là. Ca ne s’est pas arrêté dans les 90 … ca commençait juste bébé ! ». Aujourd’hui membre à part entière de la scène musicale chicagoane, Jamie 3.26 entend bien la perpétuer. « On fait partie de cette vague de DJ. Et on va continuer à faire ce qu’on sait faire de mieux … faire danser comme pas d’autre ! J’adore ma ville et la culture qu’on a donné au monde !! La house music a commencé à Chicago … Nulle part ailleurs !! I will rep Chi till I die !! ».

Les sept tracks sont sept edits. Que du travail sur des titres déjà existants, sur des versions pour certaines identifiables aux originales au premier coup d’œil quand d’autres nous transportent autre part sans savoir d’où l’on vient. Gene Hunt s’attaque au fameux « Razzmataazz » de la non moins fameuse Quincy Jones, pendant que Jamie 2.36 reprend sur un track Curtis Mayfield et sur l’autre, en collaboration avec Crateburg, un classique énormément samplé de Loletta Holloway, « Hit N Run ». À ce sujet, il explique le duo de circonstance. « Faire ce track, ca m’a permis d’exposer un peu mon talentueux frère Crateburg, et lui donner tout le crédit qu’il mérite … Ce qui finalement n’a pas souvent été fait dans notre musique et ma ville … Je veux être un exemple pour ceux qui écoutent, un exemple d’évolution ».

Tous les tracks font mouche, et la compilation est un succès. Deux ans après sa sortie, le label annonce le chiffre de 2.500 copies vendues. Marcel Vogel, le patron de Lumberjacks in Hell, explique. « Je pense que le succès de cette compilation repose dans sa sincérité. Avec Lumberjacks in Hell, j’essaie vraiment de créer quelque chose dans lequel j’aimerai mettre mon argent. Regarde ne serait-ce que l’artwork, je l’adore ». Et, plus particulièrement, le succès se voit en club. « On a tous apporté quelque chose de Chicago dans le LP, et c’est ce qui a marché. Avec le « Hit N Quit » de Jamie et Crateburg, on a été chanceux, il a super bien marché, tout le monde l’a joué. Que ça soit Theo Parrish, Moodymann, Soul Clap, Cinnaman, Detroit Swindle, Eddie C, Derrick Carter … C’est fou de voir que autant de gens le jouent, et que à CHAQUE fois, le track fait exploser le dancefloor. C’est ce qu’on veut aussi : juste du groove, pas de la ré-édition … Ca paraît simple comme ça, mais il faut le réussir ! »

Comme Lumberjacks in Hell, de nombreux labels, qui agissent dans l’ombre, perpétuent la culture de la ville. Plus de vingt ans après ses heures de gloire du Warehouse, la ville de l’Illinois en a encore beaucoup sous le bras. C’est ce que Marcel Vogel veut finalement mettre à l’honneur, et rendre ses lettres de noblesse à une ville qui n’a cessé d’être un poumon de la House music. « Il y a quelque chose que Rahaan m’a dit un jour, qui est resté et qui, je pense, mérite un petit quelque chose. Tu sais, les gens ne voient jamais le tableau dans son ensemble, seulement des éléments ici et là. Mais j’aime bien comprendre comment les choses s’articulent. Si tu regardes, Hugo H (sur la compil, nldr), c’est un vieux de la vieille. Il a grandi avec Tyree Cooper, c’est deux frères les deux. Pour Rahaan, Hugo a toujours été un exemple, il a toujours joué de façon très rigoureuse, ».

Cette compilation est un clin d’œil perpétuel à la ville et sa musique, une façon de faire connaître et comprendre l’essence de « Chichi », comme l’aime à l’appeler Jamie 3.26.

 

 

Many thanks to Marcel Vogel, Jamie 3.26 and Rahaan for their participation and frankness. It is a true possibility to understand the behind of the scene. Thanks for that.

Crédits photo de couverture : Christopher Keys.

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