Après des années d’absence sur scène, Playin’ 4 the city revient à ses premiers amours.  En 2015, un concert surprise au Djoon et une première sortie en 10 ans, avaient laissé entrevoir la possibilité d’un nouveau départ. Son dernier EP, sorti le 8 décembre sur le label de La Mamie’s, confirme le retour au premier plan de l’une des figures de la house française.

Entre 1996 et 2005, ce batteur de formation, a notamment multiplié les sorties et les collaborations sous son alias Playin’ 4 the city, sur Straight Up Recordings, le label qu’il a créé avec le disquaire Betino. D’un projet solo, Playin’ 4 the city est rapidement devenu un groupe de musiciens où jazz, soul et musique électronique évoluent en symbiose. Référence en terme de musique électronique, les morceaux Playin’ 4 the city auront écumé depuis le milieu des années 90 les clubs de la capitale et même des Etats-Unis, dans le berceau de la house à Chicago.

C’est le lendemain de la release party de son dernier EP sur Mamie’s Records, au New Morning , qu’High Five Magazine a rencontré Olivier Portal aka Playin’ 4 the city, pour évoquer avec recul son passé mais aussi ses nouveaux projets.

Comment ton père t’a-t-il influencé musicalement ?

Mon père m’a initié à la musique classique quand j’étais petit. Des musiques que je n’aimais pas du tout. J’adorais plutôt le jazz et tout ce qui bougeait. Il m’a par contre bien influencé en ce qui concerne le free jazz. Là, ce que je fais depuis Playin’, inconsciemment, c’est une réminiscence d’un bordel organisé sur scène. La principale influence de mon père c’est pas du tout le jazz ni ça, c’est la couleur des instruments peut-être, mais surtout la manière dont il gérait la musique, le mélange des musiciens.

Et tu as une formation classique au départ ?

Pas du tout. Ma mère qui était pianiste, m’a initié à la soul dès le plus jeune âge. Stevie Wonder et le reste, ça ne vient pas du côté de mon père, il n’est pas du tout dans le groove. Le côté africain de la musique vient d’une autre partie de ma famille. Mais par contre, il a toujours eu une grande influence sur moi. Dans le sens où, juste avant de commencer le projet Playin’, j’ai fait quelques collaborations avec lui où j’ai commencé à utiliser les samplers pour faire des ambiances, des textures. Et déjà à l’époque au début des années 90, pour des ballets, des chorégraphies et un peu de théâtre. Il a toujours une influence jusqu’à maintenant encore. Explorer des choses nouvelles, ça reste une super influence même si je ne le dis jamais. Pendant toute la période de Playin’ où j’étais vraiment actif dans les années 90 et 2000, nul part ça n’est mentionné que je suis le fils de Michel Portal.

Comment est-ce qu’il voit ta musique justement ?

En fait il ne la découvre que maintenant. Par rapport aux musiciens avec qui je travaille, des choses comme ça. J’ai fait quelques expériences avec lui, avec ma MPC, il y a une douzaine d’années. Mais pour lui ça reste abstrait, il n’est pas dans la musique électronique, le détail. Ca reste en pointillé et surtout pas quelque chose sur lequel je m’appuie.

Quand est-ce que tu as fait la jonction entre le jazz, la soul et la musique électronique ?

C’est toujours venu parce que dans les années 90, il y avait essentiellement des groupes de funk, batterie, basse, section rythmique et je n’ai jamais été dans un plan de jam session. Je me sens pas instrumentiste surtout à cette époque là et  j’ai tout de suite vu l’histoire de la fusion avec la musique électronique. C’est venu même avec des groupes qui utilisaient des boîtes à rythme. Comme nous, dès que la TR est sortie, pas forcément pour faire de la techno à l’époque. Essayer de trouver de nouvelles fonctions pour faire de la musique et des morceaux en entier. Chez nous c’est le home studio qui a débarqué avec les boîtes à rythme en fin de compte.

Et il y a eu un élément déclencheur à un moment ?

A cette époque-là, j’étais parisien, j’ai toujours été parisien. L’élément déclencheur est Radio Nova, il n’y pas de doutes. C’est en écoutant tous les jours cette radio que j’ai découvert ce mélange et jusqu’au moment où j’ai commencé à écouter la musique de Chicago qui passait. Larry Heard, qu’on découvrait à Nova une fois par heure, c’était le bonheur d’avoir cette nouveauté d’un coup au milieu de plein de trucs, parce qu’à l’époque c’était vraiment open comme goût.

Playin’ c’est d’abord un projet solo, comment passe-t-on d’un projet solo à un groupe ?

J’ai commencé le projet Playin’ en solo mais ça s’est fait comme un mélange à partir du moment où on a fait la rencontre avec Loïk Dury à Radio Nova et on a commencé à faire ce concept. Un embryon de Playin’ 4 the City, grâce à lui, où j’ai débuté avec Karl The Voice et Dj Loïk. C’est cette dynamique qui nous a prouvé qu’on pouvait effectivement faire de l’impro, faire du freestyle. C’était du balbutiement mais la différence entre moi et les autres gens qui font un peu le même genre de musique, c’est que je suis d’abord un musicien qui fait de la musique électronique. Je ne suis pas un dj ni un électronicien qui va faire lever la musique et repartir à zéro. Je suis percu, je suis batteur, c’est pour ça que j’ai cette chaleur. Playin’ c’est toujours hyper chaleureux parce que les musiciens savent bien qu’ils font partie de la même tribu. C’est pas une pièce rapportée, c’est quelque chose d’unique. Et avec mes musiciens, ça fait quelque chose de différent, parce qu’ils ne sont pas dans un groupe, ils n’ont pas une structure de chanson, ils ont une liberté qu’ils n’ont pas dans d’autres styles.

J’avais d’ailleurs vu dans une vieille interview, que tu ne considérais pas Playin’ comme une groupe, qu’est ce que c’est pour toi ?

Pour la production, je suis hyper égoïste, j’aime bien tout contrôler. J’ai toujours été comme ça sauf quand il y a vraiment une collaboration qui va m’apprendre. Sinon je préfère vraiment bosser tout seul. J’ai fait au début des tentatives de faire  des soirées et vendre le projet tout seul. Mais pour moi, c’est le contraire de ce que je veux faire. C’était automatique de pas se retrouver tout seul sur scène, passer des disques ou faire que ma musique. Il y a une différence entre le disque et la scène.

Cela veut dire que dans ton processus de production, l’idée de base c’est toi seul ?

C’est pareil, c’est un freestyle. Imagine qu’à la place des machines j’ai mes disques et je leur dis tiens voilà je mets mon disque, qu’est ce qui est bien, un peu de trompette, un peu de chant. Il faut imaginer que c’est pas un concept comme une groupe : «Alors qu’est ce qu’on fait ? On met un pied », c’est pas ça le truc. On a remplacé les disques par jouer ma musique comme ça d’un manière naturelle et comme je la ferai à la maison finalement. Tout le monde arrive à se greffer dessus. Les bons disque que j’ai faits de Playin’, ça a toujours été de la création sur scène ou chez moi pour un live.

C’est beaucoup d’improvisation donc ?

A la base oui puis après ça se structure. J’ai toujours respecté cette optique et elle me convient parfaitement.

En live vous pouvez rajouter des éléments en plus ?

Exactement, c’est bordel !

Cela permet d’être un peu libre dans tout ça ?

Oui, il n’y a pas de structure. De toute manière, on mettrait un disque, il y aurait un début et une fin. Donc là, il n’y a pas de timing. Je crois qu’hier on a joué plus de deux heures. Ce set là, quand ils m’ont demandé, il était prévu entre une heure et quart et une heure et demie. Hier, personne n’est venu me dire d’arrêter, tout le monde était là, tranquille. Tout est extensible, c’est l’avantage de cette formule là. Il y a pas mal de monde qui font des lives électroniques par rapport à leurs disques qui reproduisent sur scène. Il y a une set list bien défini. Ce n’est pas mon cas.

Vous avez changé de chanteuse pour la dernière, comment ça s’est passé ?

Super bien ! En fait, j’adore l’autre mais le problème c’est qu’elle vit à Los Angeles, à Londres. Après je te dis qu’on fait du freestyle mais j’aime bien aussi quand on peut structurer les choses.

Quand tu vois que les gens ont un amour à transmettre, il faut se donner chacun sa chance et donc on fait un concert en général. On voit si ça fonctionne et on continue ensemble. C’est comme ça que ça se passe. Mais j’ai toujours la même base, mon saxophoniste adoré, Loic Gayot qui est là depuis pratiquement le début. C’est vrai qu’avant, j’avais une première famille avec Karl The Voice, Fred Melosax et on a fait des trucs géniaux.

Je voulais revenir sur ta rencontre avec Betino, votre rencontre a été déterminante ?

Ah bah pour lui et pour moi je pense. Lui était distributeur chez Caramel, c’est le moment où il a décidé de voler de ses propres ailes. Sans ça, il n’y aurait pas eu Straight Up Recordings c’est sûr mais il n’y aurait pas eu Playin’ non plus.

Le label a été une bonne expérience pour toi ?

Straight Up c’est fini parce que c’était une belle histoire. Et avec Betino on a décidé de ne pas rouvrir une vieille boîte du passé et la garder vraiment comme on l’a trouvée, belle comme ça, avec ses qualités et ses défauts. On n’y touche pas quoi. C’est notre petit sanctuaire. D’ailleurs, c’est comme ça que les gens s’intéressent à ce qui s’est passé derrière. Et si on refaisait du Straight Up 2017, ça n’aurait aucun intérêt. Justement, la rencontre avec la Mamie’s, c’est aussi un petit peu pareil, c’est un nouveau label, un renouveau pour nous aussi. Il n’y a pas de hasard dans la vie. C’est quelque chose qui est déclenché pour un petit moment.

Avec cette nouvelle expérience avec la Mamie’s, tu dirais que ton son a changé ?

Mon son c’est pas vraiment un son, c’est ma manière d’envisager un morceau et elle n’a pas changé. Ca dépend aussi avec quoi tu travailles. Je vais pas forcément retravailler avec mes vieilles bécanes des années 90 mais je fais les deux. Je me suis aperçu que ça revenait plus simplement de faire du Playin’ en branchant mes vieilles machines que devant un ordinateur.

Pourquoi avoir choisi de reformer le groupe ?

Pendant toute cette période, tout le temps on m’a demandé de reformer le groupe. J’ai toujours dit non, j’en voyais pas l’intérêt. Un peu comme Straight Up. Puis il y a un jeune gars qui est venu, Tristan, un grand grand pote de Betino. On se connaissait même pas, j’habite à Biarritz moi. Il m’a appelé un jour, il m’a proposé de faire le Djoon et on a discuté. Et puis c’est reparti. D’autant plus que j’étais en contact depuis assez longtemps avec Slikk Tin (Gary Gritness) et lui aussi, il m’avait demandé pourquoi on ferait pas quelque chose ensemble. Le fait que ça soit lui, qui est un musicien que je respecte énormément, ça a fait un déclic. Et Loic, le saxophoniste avec qui je travaille m’a chauffé aussi. Pour moi c’était un one shot.

Qu’est ce que tu as fait pendant ces 10 ans ?

J’ai fait autre chose, un peu loin de la musique. Toujours en travaillant pour moi. Mais j’ai toujours fait de la house, j’ai toujours continué à envoyer des morceaux à quelques amis.

Donc tu continuais à produire ?

Ah oui. Là les morceaux que je joue maintenant, il y en a, cela fait 7 ou 8 ans qu’ils traînent dans mon ordinateur. Pareil sur le maxi, il y a deux morceaux que j’ai faits écouter aux Mamie’s et qui sont sur mon ordi depuis 8 ans. Je reviens dessus de temps en temps. Je n’étais pas satisfait. Et à partir du moment où on a décidé qu’on les sortait, je m’y suis mis vraiment sérieusement. Mais j’ai jamais arrêté. C’est pas genre maintenant, tiens : « Les Mamie’s m’ont dit, on fait du Playin’. Attend, je vais dans ma cave et hop ». C’est pas ça. Ce n’est pas une histoire de machines modernes ou anciennes, c’est une histoire, Playin’ en tant qu’Olivier Portal, c’est un musicien plus qu’un dj, qui a envie de dire des trucs avec ces moyens-ci qui sont existants. Je n’avais pas trouvé le langage c’est tout, j’avais perdu un peu la manière.

C’est bizarre parce que j’ai arrêté, c’était pas forcément un raz-le-bol par rapport à la musique mais un raz-le-bol par rapport à l’ambiance autour. Je pensais que dans cette formule là, j’avais été assez au taquet, j’étais au limiteur. Et tout ce que je faisais, c’était au moins au pire et après je ne pouvais que descendre. Je suis quelqu’un d’ambitieux et j’aime bien faire les choses biens. Des disques, j’en ai faits deux quand même, sur Plastik People. Pareil quelqu’un que je connais depuis très longtemps et qui est un vieux fan de Playin’. J’avais l’impression que, même si c’est adorable, si je donnais un vieux fond de tiroir, il le sortirait. Avec La Mamie’s c’est différent. Ils ont une oreille de 2017, ils ont été hyper exigeants, en plus ils sont pleins, c’est chiant. Je leur ai donné vingt morceaux et on a mis 6 mois avant d’en trouver quatre. Je me suis remis dans la peau du débutant, ça a donné une fraîcheur.

Et là tu dirais que tu es rentré dans une nouvelle dynamique ?

Complètement. Je fais des disques pour faire de la scène et inversement je fais de la scène pour en faire des disques. La boucle est en entrain de se remettre en forme. C’est source de plaisir en perspective.

La scène te manquait en plus de ça ?

C’est plus ça qui me manquait mais en même temps, il fallait un déclencheur de personne.  Je suis pas dans le vintage du tout, c’est une nouvelle aventure.

Je voulais revenir aussi sur la résidence à Chicago, quand on regarde sur internet c’est ce qui apparaît dans ta bio mais personne n’en sait vraiment plus.

L’histoire est super sympa. J’ai rencontré, à l’époque où on faisait les lives au What’s Up Bar, les trucs avec Nova et tout ça, un dj qui a décidé de vivre à Chicago et qui a eu une résidence au Mad Bar. Tous les jeudis si je me souviens bien, il avait une soirée française. Parce qu’il faut pas oublier qu’à l’époque, il y avait la French Touch donc il y avait la petite excitation d’inviter du Français. Ils invitaient tous les djs qui comptaient à Paris ou en France. Et un jour, il a décidé de nous inviter nous.

C’était à quelle fréquence ?

Nous, c’était une fois par mois. On a joué et là-bas aussi ils avaient jamais vu ça. De la house avec du jazz, de la soul, pour eux la house restait quand même un truc assez Ghetto style, un truc de dj. Déjà, il y avait très peu de live à l’époque et en plus un live avec ce qu’on appelait pas encore de la deep house, mais de la house au sens large. Quand ils ont vu ça, ils m’ont dit « Allez hop, toi tu reviens »

Ca t’a permis de sortir des disques aussi ?

Oui, le patron du Mad Bar a lancé son propre label. J’ai fait quelques trucs là-bas. Et on a joué dans d’autres villes aux States. C’est paradoxal parce que c’est ça qui a fait une rupture avec ce que je vivais ici. Le fait de m’être séparé, coupé en deux et de faire tous ces voyages pendant trois ans m’ont déconnecté de ce qui se passait ici dans la longévité. Je suis devenu quelqu’un ici en pointillés. C’est ce qui a fait que à la fin de ces trois ans, quand j’étais un peu rincé d’aller tout le temps à Chicago et que je suis resté à Paris tout le temps. J’étais plus sur mon orbite, j’avais trop tourné autour et je m’étais déconnecté de ma vraie fonction.

Qu’est ce qui s’est passé à ce moment là quand tu es revenu à Paris ?

Il y a eu des histoires avec des majors qui se sont pas finalisées. Et le fait d’avoir moins envie de sortir. Le sentiment d’avoir vécu les choses vachement, c’est pour ça que je me suis dit je vais réfléchir et me poser, puis ça a duré 10 ans.

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