High Five : Salut Jeremy!

On espère que tu vas bien. Merci de nous accorder du temps pour cette interview.

Commençons par un terme, voir une philosophie de vie, qui est propre à ta personne : l’underground. C’est un terme difficile à définir, en raison de son usage répété et parfois distordu… Ne pourrait-on pas définir l’underground comme une «musique de proximité»? Plusieurs de tes actions nous donnent cette impression là: aller chez son disquaire régulièrement y trouver des disques mais aussi pour y parler de musique, encore et toujours, faire sa propre distribution des vinyles comme tu l’as fait deux fois, personnaliser ces vinyles à chacun des acheteurs…

 Jeremy :  Je dois avouer que je m’en veux de ne pas avoir assez pris le temps d’aller en disquaire ces derniers temps mais pour répondre à la question de la proximité, oui je considère que c’est extrêmement important d’avoir un contact proche avec les gens, de leur faire de petites dédicaces personnelles si l’occasion est la bienvenue, de répondre à tout le monde sur Facebook et ce poliment. Je recherche un lien social dans la musique, non pas à rester dans mon coin et à faire un egotrip. Je recherche le plaisir des gens, voir des têtes heureuses sur le dancefloor quand je joue. Voir des gars péter des cables de la même manière que moi sur certains sons. C’est tout ce que je recherche via le Djing.

Quand tu deviens trop «gros», y’a toujours le risque de perdre le contact avec ta fanbase. Ça, si je suis donc amené à «grossir», je veux à tout prix l’éviter.

Imaginons qu’on t’invite demain à jouer dans les plus grandes usines d’Ibiza, où 10 000 à 15 000 personnes se ruent chaque soir. Refuserais-tu un tel événement?

Déjà, musicalement, il y a peu de chance que cela se fasse… Ça m’est déjà arrivé de jouer sur quelques grosses scènes cependant. Clairement ce n’est pas ce que je préfère..

Refuser des événements t’arrive t-il souvent ?

C’est rare… Je ne suis pas encore dans cette position. Je gagne ma vie en jouant, donc je suis obligé de la fermer dès fois. Ceci dit, plus le temps avancera, plus j’espère avoir la possibilité de pouvoir le faire, de pouvoir dire non à certains endroits qui n’ont pas de vibe, et de juste choisir des clubs que j’apprécie réellement, ceux qui ont des bons sound systems et des bons DJ booth vinyl-friendly (Ce qui devient tellement rare…) Pour l’instant, je n’en suis pas encore là. Mais pour l’instant, je joue dans des endroits cools de toute façon.

Tu devances ma prochaine question : tout en faisant foi d’un idéal underground, comment gères-tu ta récente popularité acquise dans ce milieu de la musique électronique ?

Il faut mettre cette idée de «popularité» entre-parenthèses! Peut-être que dans ta vision à toi j’ai acquis une notoriété.. Mais moi je reste les pieds sur terre et je recadre toujours les choses à la bonne échelle!

Pourtant à l’issue du festival, et notamment en discutant avec des anglais on peut sentir une grande reconnaissance…

Mais même si on considérait une « grande reconnaissance », elle ne changera jamais rien à mon approche et quoi qu’il arrive je serai toujours dans l’underground. C’est un état d’esprit qu’il faut comprendre. Quelque soit ta fanbase… Regardes la fanbase de Theo Parrish ou MCDE… 90 000 personnes pour ce dernier sur Facebook il me semble. Mais leur démarche est toujours la même. Ils jouent des bons skeuds, ils ne se prennent pas la tête. Tant mieux si de plus en plus de gens s’intéressent à -ce que je considère être- de la bonne musique. Ce n’est pas parce que les gens s’intéressent de plus en plus à toi qu’il faut péter un cable et devenir un autre. Honnêtement avec moi c’est pas près d’arriver.

Je trouve assez remarquable chez toi que cet idéal de l’underground soit poussé jusque dans ta vie personnelle en ce en dehors de la musique. Tu as fais des voyages dans quelques obscures contrées d’ex-URSS, notamment en Transnistrie. Raconte-nous.

J’ai fait pour l’instant trois voyages dans des pays qui ne sont pas unilatéralement reconnus. Je suis allé au Kosovo par curiosité, même si je suis complètement pro-serbe. Je suis allé au Haut-Karabagh, une enclave arménienne à l’intérieur de l’Azerbaïdjan et enfin, comme tu le mentionnes, en Transnistrie, une enclave pro-russe en Moldavie pour faire simple. Tous ces ‘non-pays’ sont le résultat du joyeux bordel qui a suivi l’éclatement des régimes communistes.

La Transnistrie pour moi c’est vraiment le summum de l’underground géographique/géopolitique en Europe. À seulement 2h30 de vol de Paris, t’as un pays géré on ne sait trop comment, avec la faucille et le marteau frappés en symbole sur leur monnaie. Et on est en 2014! C’était intéressant de voir ces coins louches de mes propres yeux, de faire de l’anti-tourisme.

Mais je t’avoue que mes prochaines vacances seront au Brésil. J’ai rien contre le soleil de temps en temps… Je ne suis pas non plus obsédé que par les pays de l’Est et et leur grisaille.

Pour en revenir à l’Est, on nous conditionne à ne pas visiter ces pays, à les tenir à distance, à avoir peur des russes etc. Forcément, ma curiosité m’en a rapproché.

Es-tu proprement contestataire ?

Je suis un esprit libre. J’aime pas contester par l’amour de la contestation… J’aime contester pour imposer ce que j’aime et ma vision des choses quand c’est juste de le faire.

On imagine que le Brésil te fera découvrir des nouveaux skeuds fabuleux, comme ce morceau de Leila Pinheiro que tu joues souvent…

Cool que tu l’aies reconnu! C’est un morceau que j’ai joué à  » You’re A Melody « la soirée avec Floating Points à Plastic People l’an dernier. Je suis un grand fan de musique brésilienne. Et aussi j’en ai marre des hivers européens, donc aller au Brésil en décembre ça va faire du bien!

Musicalement, tu es le boss du label My Love Is Underground. Celui-ci a su toucher de nombreuses personnes non pas en France, comme on aurait pu le croire, mais en Grande-Bretagne (rassurons-nous, le public français a suivi après coup). Comment expliques-tu cela ?

Je ne sais pas tellement… Je suppose que notre agent anglais y est pour quelque chose, que ce soit pour Brawther ou moi. Et puis, sans descendre les français ou vouloir croire que l’herbe est toujours plus verte ailleurs, les anglais ont quand même une meilleure culture musicale. Ils ont eu des courants importants comme le UK garage qui ressemble pas mal à ce que nous jouons nous (la house bien groovy)… Les brits se sont avérés très réceptifs et ont «propulsé» MLIU.

De même, le label est distribué par Juno en Angleterre. Mon collègue Brawther a carrément déménagé en Angleterre. En toute logique, l’ensemble de ces différents points a causé une ascension plus simple en Grande-Bretagne qu’en France.

Et puis je suis pas du genre lèches-boules ou opportuniste donc je n’ai jamais spécialement essayé de m’intégrer à tout prix à la scène locale. Je préfère me faire un petit nom dans plein de pays européens différents plutôt que d’être hyper reconnu mais juste à l’échelle de Paris. C’est bien plus excitant, non? Maintenant, il est vrai que le vent commence à tourner en France.. Grâce par exemple à Garnier qui joue du MLIU à la Concrète.

Une radio que tu aimes beaucoup est pourtant bien française, il s’agit de FIP.

Ah ça oui! Je le disais dans une autre interview donné pour Phonographe Corp, je suis branché sur FIP en permanence chez moi.

Comment as-tu découvert cette radio ?

J’ai fait ma première éducation musicale sur Nova. J’ai découvert la House et la bonne musique en général grâce à cette radio, à l’époque où DJ Deep, Garnier et compagnie y mixaient régulièrement. À mes yeux cette époque là c’était vraiment l’orgie.. (ndlr : la fin des années 90). Mais récemment j’ai un peu décroché de Nova. C’est souvent les mêmes morceaux playlistés en boucle en journée, et de moins en moins me plaisaient. Je suis pas le seul à penser comme ça et je pense qu’ils ont du prendre un autre chemin avec plus d’impératifs d’audience, schéma classique. Je dis ça avec du respect pour cette radio, pour tout ce qu’elle a pu me faire découvrir. Mais au bout d’un moment il fallait passer à autre chose. Et on m’a dit :

«Mec, écoute FIP, c’est que du lourd toute la journée!»

J’ai donc commencé à écouter et j’ai vite approuvé! Mon poste radio est allumé en permanence chez moi dans ma cuisine. Jsuis toujours là à me demander «Qu’est-ce que c’est que ce truc !?». Ils font du super boulot, vraiment. Et en raison des subventions y’a pas de pub non plus, ce qui est fort appréciable.

On te rejoint sur ce point là. Une question classique qui revient à la fin de nos interviews. Danser pendant des heures, jouer des morceaux avec passion, danser encore, toujours, cela creuse la faim, n’est-ce-pas ? Quel est ton menu idéal pour se remettre d’une grande soirée?

 Ah ben c’est un bon petit-déjeuner! Je rentre à l’hôtel avec les soirées vers 6/7h en général et du coup jprends directement mon petit-dej’. Et en ce moment je tourne à l’eau gazeuse et aux bananes pendant mes sets ahah

 On imagine que celles-ci pourront t’être utiles pour de futurs marathons (la course, pas un set de quinze heures)?

 Je suis davantage porté sur la petite reine en ce moment.. Je fais partie du joyeux peloton Resident Advisor qui va faire Londres-Amsterdam à vélo pour rallier l’ADE en Octobre. Le but étant de récolter des fonds pour financer la construction d’une école de musique en Afrique du Sud.

Du coup, pour m’entraîner, j’ai fait Paris-Lyon en vélo cet été ahah. C’était génial. Traverser toute la Bourgogne, ne voir que des petits villages et ne passer que par les plus petites routes pour éviter les voitures… Tu ne peux qu’aimer la France après ça. Paris et les parisiens me gonflent souvent certes, mais je suis vraiment amoureux de toute la campagne française et de la diversité des paysages que tu peux y trouver.

 Le vélo est effectivement un un moyen de re-découvrir son pays (tout en musclant ses cuisses)…

 C’est très symbolique oui. On s’est éclaté. L’an prochain Paris-Nice!!

Merci à toi Jeremy ! Bonne chance pour ce périple à venir en Octobre et on te voit ce Samedi pour la première MLIU au Rex Club !

 Merci à vous !

Plus d’informations : 

– Ne ratez pas la première My Love Is Underground  au Rex Club ce Samedi ! D’autant qu’on fait gagner des places.

– La page Facebook de My Love Is Underground.

– Le soundcloud de Jeremy.

– Notre page à nous. 

Et en cadeau, notre mix préféré du Monsieur. Enfin, davantage une sélection qu’un mix. Bref un très grand moment de musique.

Propos recueillis par Des Races. Avec l’aimable participation de Marius.