High Five est très heureux de pouvoir vous présenter DROMOS, une performance live audiovisuelle à couper le souffle et dont certains morceaux diffusés seront bientôt disponibles en EP à sortir sur le label Infine. Pour l’occasion, on vous propose un article sur le concept DROMOS (disponible en cliquant ici), une critique de l’EP (disponible en cliquant ici) et une interview de Fraction, un des artistes à l’origine de ce merveilleux projet.

Fraction aka Eric Raynaud est un artiste français atypique, un de ceux qu’on est fier de compter au Panthéon des artistes français électroniques alternatifs, capable de réaliser un très bon morceau et de penser la musique électronique en dehors des limites qui lui sont traditionnellement imposées. Musicien français, compositeur, producteur de musique électronique et expérimentale, et plasticien sonore autodidacte Fraction sort son premier maxi Superposition (cliquer pour écouter) en 2008 sur le désormais incontournable label Infine, fondé par Agoria en 2006. En parallèle d’une activité musicale plus “classique”, Fraction adopte une démarche expérimentale évoluant autour des projets multimédia où il y exploite les déconstructions rythmiques ou la synthèse granulaire (pour les plus calés d’entre vous, une technique consistant en la création d’une onde sonore complexe à partir de différents fragments sonores de l’ordre de la milliseconde joués successivement), couplant ainsi textures bruitistes et couches mélodiques. C’est aussi sur ces bases que se développera la construction du projet Dromos avec l’artiste Maotik dont Fraction a créé tout l’environnement sonore.

1- Bonjour Fraction, pour commencer voulez-vous vous présenter à nos lecteurs ? Quel est votre parcours, vos influences musicales ?

Je m’appelle Eric Raynaud, et je signe sous le nom de Fraction depuis 2005/2006 divers production en lien avec la musique électronique et expérimentale. En fait, je suis venu à la musique d’abord par le rock indépendant, et la « noisy », à la recherche du larsen permanent ! C’est à la fin de mon groupe que je me suis mis à la production électronique, il y a environ 8 ans. Je me suis reconstruit tout un ensemble d’influences à partir de là, qui ne cessent d’évoluer. En ce moment, je suis passionné par la trajectoire d’artistes comme Bernard Parmegiani et Edgard Varese (deux compositeurs français dont vous pouvez voir la biographie en cliquant sur les noms).

2- Comment est né le projet Dromos? Le projet a t’il été pensé pour la Satosphère de la Société des Arts Technologiques? Quel rôle ont joué la Mutek et Montréal dans cette idée?

Le projet est né vers 2009/2010. Maotik (artiste nouveau media) et moi cherchions à travailler sur une oeuvre multimédia avec une résonance philosophique intéressante, et le travail de Paul Virilio est apparu comme une évidence. J’ai proposé l’idée à Mathieu (Maotik) et nous avons développé une première proposition presque purement autour de la vitesse, puis lors de la version finale pour la satosphère, le projet a été adapté en élargissant la thématique et en affinant l’aspect esthétique. Cette version a été présentée à Mutek dans la satosphère, l’espace immersif de la Société des Arts Technologiques (SAT). La SAT a assuré un rôle prépondérant dans la production en nous accompagnant tout au long de la résidence de creation. Mutek a été un relais formidable pour présenter l’oeuvre.

3- Comment fonctionne votre binôme avec l’artiste Maotik lors de vos performances? Quelles sont vos parts respectives de création dans DROMOS?

 Sur Dromos, les choses sont assez définies. Comme c’est un live, chacun de nous s’occupe de son media, le son et l’espace sonore surround pour moi, la génération des visuels et sa diffusion 360 pour Maotik. Nous avons mis en place des facteurs d’interactions entre les deux en préalable, qui opèrent en indépendance.

4- Pourquoi Paris n’a-t-il pas encore accueilli DROMOS ? Quand aurons-nous la chance de vivre ce projet?

Avec Dromos, nous avons mis un pied dans la création dite ‘immersive’. Mais pour diffuser une telle pièce, il faut tout simplement une structure qui permette sa diffusion. Le nec plus ultra est la satosphère à Montreal qui permet une excellent restitution de nos intentions, ainsi qu’une immersion de l’audience quasi parfaite. A Paris, tout comme dans le reste de la France, il n’existe pas de telle infrastructure. Des possibilités existent dans certains planétariums. Nous l’avons expérimenté en janvier dernier dans celui de Vaulx-en-Velin/Lyon, mais bien que l’expérience soit très intéressante, elle reste toutefois assez frustrante à nos yeux par rapport à ce qu’on a pu proposer pendant le Mutek, car la technologie qui les équipe n’est pour l’instant pas vraiment adaptée à une perspective de création numérique. La Géode à Paris pourrait en partie proposer une programmation d’oeuvres immersives, mais la encore, quand ce n’est pas la technologie qui est obsolète, c’est la structure même du lieu qui briderait l’oeuvre. Cela étant, c’est tout à fait  envisageable de penser une autre oeuvre pour un mode de diffusion immersif partiel.

5- L’immersion joue un rôle de plus en plus important chez les artistes, qu’elle soit visuelle – on pense par exemple aux pièces baignées de couleur de l’artiste américain James Turell – ou sonore comme avec DROMOS. L’immersion est-elle entrain de devenir le but «ultime» de l’art? 

 Je ne sais pas si c’est un but ultime, ni même si ça doit le devenir. Chaque forme d’art occupe une place pertinente. Cela étant, personnellement j’ai vécu l’expérience Dromos comme une approche de la performance ‘totale’, dans le sens où on essaie de tirer au maximum des technologies actuelles pour solliciter les sens mobilisées lors d’une performance en temps réel dans le champ expérimental : ouïe, et vision, voire sensation physique! Ca c’est assez trippant. Aller au bout de ses idées grâce à la technologie pour embrasser l’audience de stimulus artistiques. Le pied !

6- Selon vos propres mots, DROMOS c’est «travailler sur la provocation de l’accident génératif dans une œuvre immersive», comment vous est venu l’idée de travail sur l’accident? Comment avez-vous découvert le travail de Virilio?

Comme je le disais, au départ nous avions axé la proposition uniquement sur le travail autour de la vitesse. Seulement pour  Mutek, on nous a demandé de travaillé sur une performance de 40 minutes. Il y avait donc beaucoup de limites esthétiques à ne travailler que sur la vitesse aussi longtemps. Nous avons donc creusé les idées de Virilio. Son idée d’accident intégral est assez punk et ça collait bien avec ce qu’on pouvait développer avec l’immersion : glitch, déformation du champ spatial. Au final on a plus travaillé cet aspect.

7- Que pensez-vous de son discours sur la vitesse? Comme pour Virilio, représente t-elle un danger à vos yeux ? Dans son documentaire Les revers du Progrès (Arte), il parle notamment de «l’optiquement correct» et du fait que l’écran domine l’écrit dans notre société… DROMOS ne serait pas alors une simulation des prophéties les plus pessimistes de Virilio?  

Les ‘prophéties’ de Virilio sont déjà à l’oeuvre. L’accélération de la temporalité humaine grâce à la technologie nous extrait de notre propre histoire. Les réseaux sociaux sont les témoins du déséquilibre entre temps réel-vie réelle et l’espace figuratif où chacun relate le plus vite possible ses émois, envies, goûts, indignations. Pourtant notre biologie fonctionne toujours à l’ancienne. Internet en particulier, en ayant mis l’humanité en réseau est devenu une fournaise où brule le carburant de notre intellect. Il faut aller de plus en plus vite. Un info par seconde, puis oubliée celle d’après. Peut-on objectivement construire une société sereine dans ce paradigme ? Imaginons dans 20 ans… ce rythme aura augmenté et nous aurons de nouveaux outils encore plus rapides à suivre. Personnellement, j’y vois plutôt le risque d’abrutissement, donc de contrôle des libertés critiques que d’émancipation individuelles. Orwell n’est pas loin.

8- Quels sont vos futurs projets ? Pouvez-vous nous parler un peu dObE?

Dans le prolongement de Dromos, la Société des Arts Technologiques (Montreal) nous a demandé une oeuvre à caractère ‘installation’. Nous avons développé avec Maotik une pièce immersive hybride nommée ObE esthétiquement axé sur une travail organique où le spectateur peut interagir avec le contenu sur des plages pré-définies. Cela donne je crois une oeuvre assez originale, présentée dernièrement en janvier et février dans la satosphère. En terme de nouveaux projets, plusieurs choses sont en cours, et je me focalise en ce moment en particulier sur la performance immersive et la production sonore multicanal.

Pour aller plus loin : 

La Page Facebook de Fraction en cliquant ici ; celle de Maotik en cliquant ici

Le documentaire d’Arte “Penser la vitesse” sur Paul Virilio disponible en cliquant ici

Sans oublier notre page Facebook High Five Magazine ici

Amp.