La Cité de la Musique organise en ce moment une exposition consacrée à la Great Black Music. Entretien avec le commissaire scientifique de l’exposition, Emmanuel Parent et petit tour d’horizon de l’exposition disponible en cliquant ici.

Comment définirais-tu la Great Black Music ?

L’exposition de la cité de la musique a pris la liberté d’utiliser le terme « Great Black Music »,  forgé par un groupe d’avant-garde de jazz des années 1960, l’Art Ensemble of Chicago. Ce terme est utile pour désigner l’ensemble des musiques de la diaspora africaine au 20e siècle, en insistant sur les liens qui peuvent réunir toutes ces musiques (Black music, au singulier), et en célébrant cet ensemble (le mot « Great »), en soulignant la fierté que les afro-descendants ont pu tirer de la musique dans leur quête de reconnaissance et d’égalité à l’époque moderne. Voilà, c’est un peu le but de l’expo : faire réfléchir sur ce qui peut réunir des expressions musicales parfois très différentes (entre la musique malienne et le son de Cuba ou le hip hop américain), et en quoi ces musiques racontent aussi l’histoire politique du 20e siècle, en Afrique, en Europe et en Amérique.

Quel rôle (et quelle importance) a eu la musique noire américaine dans la lutte pour les droits civiques ?

Cette question est liée à la précédente. La musique, pour les Noirs de la diaspora et les Noirs américains en particulier, a eu un rôle central dans la redéfinition de soi et du groupe après l’expérience traumatique de l’esclavage. Dans les années 1950, la musique noire, au travers du jazz, a commencé à acquérir un statut nouveau et une reconnaissance, elle prouvait l’importance de la contribution des Noirs à la culture occidentale. Mais les autres musiques noires de cette époque, plus populaires, comme le Rythm and blues, bientôt la soul et la funk, ont servi de véhicule d’un esprit communautaire dans lesquelles les valeurs propres au groupe pouvaient être célébrées. La fierté raciale, qui avait déjà été revendiquée par les intellectuels noirs dans les années 20 (Harlem Renaissance), se redéployait à un niveau plus massif, jamais atteint. En ce sens, la musique a servi de catalyseur pour la lutte pour les droits civiques et a joué son rôle. Toutefois, l’art des chanteurs ne suppléa jamais le courage des hommes et des femmes qui bravèrent la ségrégation au péril de leur vie.
Comment expliquer la quasi absence de la house et la techno dans l’exposition, deux styles ayant pourtant émergé il y a plusieurs décennies ? 
Je n’ai pas forcément à l’expliquer, mais plutôt à le reconnaître! Toute narration possède ses points aveugles et les courant house, techno, et dans une moindre mesure le hip hop, ne sont pas assez bien traités dans l’expo, c’est vrai L’équipe de Mondomix, qui a réalisé les documentaires servant de trame à l’exposition, sont davantage versés dans la world music acoustique que dans les courants de danse et d’électro. Il y a là une partie de la réponse. Mais c’est vrai que c’est dommage car la house notamment a été un courant musical d’une importance sociale sans précédent puisqu’il a fait tomber plusieurs barrières, de race et de genre dans les années 70 et 80.  L’exercice de raconter l’ensemble des musiques noires était très complexe, et je trouve que l’expo prend ce risque plutôt que de dire : c’est impossible car on ne produira jamais une image fidèle. C’est au visiteur de décider si cela valait néanmoins la peine d’essayer.
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Great Black Music jusqu’au 21 août à la Cité de la Musique, 221, avenue Jean Jaurès, 75019 Paris
Billet à 9€, 7,20€ en tarif réduit et 5€ pour les moins de 26ans.
Amp.
Crédit photo : Qobuz

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