(English version below)

Anthony Horton aka Blak Tony est un des membres fondateurs du groupe AUX88 fondé à Détroit en 1993. Il a développé une esthétique electro-funk avant de passer à une musique plus dure et résolument plus techno en rejoignant le mythique groupe Scan 7, intimement lié à Underground Resistance. Si comprendre l’electro-funk et le premier groupe d’Anthony Horton vous intéresse, nous vous invitons à consulter notre article à ce sujet paru il y a quelques jours (disponible ici).

Comment définirais-tu AUX88, le son, le message ?
A mes yeux, AUX88 représente le son de la rue, le son originel de la rue, du monde urbain. C’est le futur et maintenant – si cela a un sens. C’est ce que les gens écoutent à un instant présent mais qui les projette en même temps vers l’avant. C’est une soirée, une block party pour tes oreilles. C’est cette chose essentielle à laquelle on peut toujours revenir peu importe ce qui se passe autour, et se dire ‘ouh tu te rappelles de ce jam’, et le ressortir. C’est comme un voyage dans le temps où tu iras de maintenant jusqu’au futur. Et le message pour le futur c’est que nous faisons ça : nous sommes de vrais musiciens, de vrais innovateurs, nous venons vraiment du ghetto (rires), nous sommes urbains, et nous passons au prochain niveau.

Qu’est-ce que tes parents avaient l’habitude d’écouter, tes influences musicales familiales ?
L’influence familiale c’était la Motown ! On vivait à quelques blocs de la Motown donc vous pouvez imaginer ce que c’était pour moi de grandir à quelque blocs de cette icône musicale et je ne pouvais évidemment pas le blairer parce que j’en entendais tellement, en permanence. Le piano qui est devenu si célèbre – Smokey Robinson et tous ces trucs – je me rappelle m’asseoir sur ce piano, je ne pensais même pas à la musique, je jouais juste, et tous les amis de ma mère étaient là, et leur influence était évidemment la Motown.

Et quand je suis finalement tombé dans la musique, j’étais fasciné par tout ce qui sonnait futuriste, mais aussi par tout ce qui avait avoir avec l’artwork de la pochette, pas forcément une photographie, mais plutôt s’il y avait du surréalisme ou autre chose. Je voulais être un artiste à cette époque, donc si ça attrapait mon regard, si c’était une sorte de vaisseau spatial par exemple, alors je me procurerai la pochette et m’entrainerai. En grandissant, j’ai commencé à écouter cette musique et les messages qu’elle contenait, et j’ai compris certaines choses, et commencé à apprécier la Motown et différentes choses.
Mais j’étais un enfant de la Philly Soul plus qu’autre chose, j’aime la Philly Soul ce qui ne se faisait pas dans une ‘maison Motown’. Si tu n’aimes pas Motown pshiiiit, donc tu ne peux pas ne pas aimer la Motown (rires) ce qui voulait dire qu’ils jouaient plus de choses que je ne voulais en écouter. Mais quand j’allais chez ma tante, elle avait beaucoup de Philly Soul alors je pouvais en écouter, et je pense que c’est probablement ce qui m’a introduit à d’autres formes de musique, aux métaphores, à des artistes comme The O’Jays, des choses en dehors de la structure Motown.
Et je me suis mis à des choses plus jazz et expérimentales qui m’ont complètement fascinées parce qu’elles me permettaient de penser différemment. Je cherche quelque chose qui peut m’inspirer, me permettre de voyager, je ne l’ai pas décidé, ça a été ainsi, même pour les artworks, les images, les messages, ça me rattrapait quoique je fasse.

img_1740Funkadelic – One Nation Under A Groove artwork

Des artworks comme ceux de George Clinton & Funkadelic ?
Je les adore ! Ca n’a pas pris une seconde pour que je devienne un fan de George Clinton, il avait toutes ses pochettes d’albums…c’était de l’art ! Et la musique était parfaite, tu as le funk, tu as l’aspect futuriste, tu as le Black Power, tu as la fierté noire, et toutes ces choses étaient essentielles, c’était quelque chose de différent ! En plus il avait plusieurs alias pour ses différents personnages et c’est quelque chose que nous avons gardé dans ce que nous faisons, nous avons différents alias parce qu’on s’est inspiré de ce qu’a fait George Clinton, c’était fascinant que tu puisses faire ça en tant que Noir. Ça éveille ton imagination, c’était un concept qui m’a permis d’en découvrir beaucoup d’autres, je voulais continuer ça.

Est-ce que tu peux décrire ce que représente l’electro-funk pour toi ? La philosophie de ce genre représentée par des artistes comme AUX88 ou Cybotron.
Tout ce qui fera bouger votre esprit, votre corps et votre âme, ce booty movement (rires), cette musique qui te touche en plein cœur, et en pleine tête donc en plein esprit. Quelque chose doit bouger quand vous posez l’aiguille, c’est un mouvement, un geste. AUX88 c’est un geste, les gens l’écoutent et te disent ‘oh shit’ et tu danses avant même d’avoir découvert qui est sur le vinyle. Il y a toujours des gens qui n’identifient pas certains membres du groupe mais ils connaissent les vinyles rouges qui ont été notre marque de fabrique pendant un moment. On ne faisait même pas attention à ce genre de détails, mais les DJs le faisaient, ils savaient ce que c’était en voyant le rouge, c’était le même groupe. Et des années après ils découvriraient finalement, ‘oh AUX88’ mais en changeant notre line up tu ne savais jamais qui était dans le groupe et qui n’y était pas. Aujourd’hui avec le documentaire, on découvre finalement qu’il y avait quatre membre du groupe, mais on avait des alias et des personnages différents.

Vous aviez une philosophie plutôt ouverte ? Les gens venaient et jouaient, ou ne jouaient pas et ainsi de suite ?
C’est surtout arrivé par erreur (rires). Mais c’était seulement nous quatre, toujours un membre initial et quelqu’un d’autre dirait ‘allez mec, laisse moi jouer avec toi’, mais toujours avec un membre originel. Je ne pense pas qu’on l’ai fait avec des gens de l’extérieur, même si certains auraient voulu, ça n’est jamais arrivé comme ça. Comme je l’ai dit c’était plutôt par erreur que le son restait à ce niveau de funk mais je pense que ça vient du fait d’avoir grandi dans l’Est de Détroit, on a été élevés au funk.

Comment c’était de grandir dans l’Est de Détroit ?
A cette époque, tout le monde était dehors, personne n’était dans les maisons, il n’y avait pas d’ordinateurs, vous entendiez de la musique en vous baladant dans la rue, et il y avait des block parties. J’ai grandi dans une rue appelée Manistique, elle était réputée pour ses blocks parties. Quand je sortais du jeudi au dimanche, les gens installaient des haut parleurs dehors dans la rue, fermaient les deux côtés de la rue avec des barrières pour que la police ne puisse passer, et ils jouaient des vinyles. De toute façon tu allais l’entendre que tu le veuilles ou non, tout ce qu’on écoutait était bon et funky, et quand ça a commencé à évoluer vers la veine électronique on se demandait d’où venaient les sons ‘ouh c’est un synthétiseur, je kiffe ce son’ ‘wow, ça sonne comme un robot’ ! Et c’est un peu comme ça que nous avons construit l’originalité d’AUX88, avec ce que nous aimions, ce que nous entendions dans la rue.

Scan7We don’t die, we multiply – Scan 7

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Ensuite tu es devenu membre du légendaire groupe Scan 7 [collectif de techno formé par Lou Robinson aka Trackmaster Lou à Détroit en 1993, et intimement lié à Underground Resistance par son histoire et son évolution], tu peux nous expliquer comment c’est arrivé et quelle serait la plus grande différence entre Scan 7 et AUX88 en terme de musique, de philosophie, etc ?
A cette époque, j’étais intéressé par une musique plus dure, je voulais représenter mon peuple d’une certaine manière et j’ai été élevé dans la contestation, ça semblait naturel. Comme Mike [Mike Banks from UR] le dit souvent, nous sommes des riots babies, j’ai grandi pendant 1967 [1967 est l’année de l’émeute raciale la plus meurtrière de Détroit qui dura 5 jours, et entraina la mort de 43 personnes, 467 personnes blessées et plus de 2000 bâtiments détruits], je suis habitué à cette ambiance révolutionnaire. Après AUX88, AUX Men et d’autres groupes dont je faisais parti, sous différents alias parfois, il était temps pour moi de progresser. Je n’étais pas heureux à l’époque avec pas mal de choses liées à AUX88 donc c’était le moment de partir. Avec Scan 7 j’ai appris des choses que je n’aurais jamais appris avec AUX88, je suis parti en tournée, c’était la première fois que je traversais l’Atlantique, la première fois que je prenais un avion, j’ai commencé à faire attention au public, j’ai commencé à réfléchir différemment, plus profondément que le classique ‘je veux me barrer, je n’en peux plus de Détroit’, je n’étais pas fatigué de Détroit mais de toutes les choses auxquelles tu dois faire face lorsque tu habites à Détroit. Quand tu viens en Europe, tu te rends compte que quelque part tu es représentatif de ce que peuvent être les possibilités, les perspectives d’avenir pour les gens de Détroit. Et j’ai vraiment découvert ça à travers Scan 7 et Trackmaster Lou. J’ai acheté ma première drum machine avec Scan 7, j’ai sorti mes premiers hits, ça a renforcé ma confiance dans mes possibilités vocales parce que Lou me laissait faire ce que je voulais, et je pense que je l’ai choqué un peu, parce que ce que je suis est entièrement ressorti sur ce disque. A la première prise ! Le morceau c’était You Have A Right et je pense d’ailleurs que ça a choqué beaucoup de monde, parce que dans AUX88 j’étais un peu le 4ème membre, je ne produisais pas à l’époque, c’était un peu ma chance de briller ! Ca m’a donné une voix, j’étais déjà écouté avant, mais là j’étais reconnu, et ça m’a permis d’attirer les regards sur Détroit, et ce n’était pas simplement le vinyle, mais ce que je ressentais.

Remerciements chaleureux à BlackTony pour sa gentillesse et sa funkiness tout au long de cette interview à Submerge. 

AUX88 sera présent vendredi 18/12 à la Machine du Moulin Rouge pour un live exceptionnel, dans le cadre de la nuit SNTWN LIVES ACTS pour les 7 ans de Sonotown. 

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Anthony Horton aka Blak Tony is one of the founding member of AUX88 in Detroit, Michigan. He developed an electro-funk aesthetic before going into a sound definitely more techno and joining Scan 7, closely related to Underground Resistance. Discussion about music, artworks, Funkadelic’s universe and the Detroit way of life. 

What is AUX88 to you, by that I mean the sound and the message?
What is AUX 88 to me? It’s the initial sound of the urban street, it’s the future and now – if that makes any sense. It’s what people are listening to at the moment, and something taken them further at the same time, it’s a party, a bloc party for your ears. It’s that essential thing that you can always go to no matter what, and be like “oh you remember that jam” and you can put it out. It’s like a time travel thing when you go from now to the future. The message for the future is that we do this: we are real musicians, we are real innovators, we are really from the hood (laughs), we are really urban, we are really grasp in the next level.

What were your parents used to listen to? Your familial influences?
My family’s musical influence was Motown! We lived a couple of blocks from it so if you can imagine me growing up, a couple a blocks from this musical icon thing, and I could stand it at first because I heard it so much so I’m so used to it. The piano that became so famous – Smokey Robinson and all that kind of stuff – I remember sitting on that piano, I wasn’t thinking about music, just playing but I remember sitting here, and visit this place so often and most of my mother’s friends were there. So their influence was Motown.

And when I finally got caught on to music, it was anything that was futuristic sounded, and it had more to do with the artwork on the cover, not photography but I mean anything that had surrealist art or whatever cause I wanted to be an artist, so if they caught my eye, if it was some kind of spaceship, then I’d get that album cover and practice. And as I got older, I started listening to the music and then I understood why my mother and her friends were gather and listen to the music and the messages in it and I started to picking up on that and I started to appreciate it for Motown and different things.
I was a Philly soul kid if anything, I like Philly Soul which was a no-no in a Motown house. You didn’t like Motown pshiiiit, so you can not, not like Motown (laughs) which means they played more stuff that I didn’t want to hear, but when I was going over to my aunt’s house, she has Philly soul so I can listen to that kind of stuff and I think that probably introduce me to other forms you know, metaphors, stuff like O’Jays album, more stuff outside of the Motown structure.
Then jazz things started coming in and experimental music and I got hooked on that because it let me thank differently. Because I’m looking for something to be inspired, so it kind led me to travel, let’s put it like this, I didn’t have a choice, even the pictures, the images, the messages or whatever, it was a sign of what I was going to be.

Artworks like the ones from George Clinton?
I love it. It didn’t take any time for me to be a George Clinton fan because he had these album covers…man it was art! And the music was perfect, you got funk, you got futuristic, you got Black Power, you got Black pride, and those were the things that I wanted to be and everything I grew up on so that was essential, it was something different! And then he had different aliases for his personas, and we carry that over what we do, we have different aliases because of what George Clinton did, it was fascinating that you could that as a Black person. It sparks your interest in your imagination, it was a concept and it hooked me on a lot of concepts, I wanted to continue that.

Could you describe electro funk music for us? Represented by groups like Cybotron or AUX88, what’s the philosophy of the genre?
Anything that will move your mind, body and soul, that booty movement (laughs), it hits you in the heart, in your head meaning your mind! Something is gonna move when you put the needle down, it’s movement, it’s motion. AUX88 is motion, people hear it and be like “oh shit”, and you’re dancing before even find out who was on the record. There is still people that don’t identified some of the people who are in the group with the name, but they know that red record cause that was our identity for a minute. We didn’t even pay attention to that, DJs did, they knew what it was when they seen a red record, it had to be the same group. And years later they would find out “oh AUX88” but by changing our line up, you never knew who was in the group and who was not because it was different people coming in, out of the group. Now that we’re doing the documentary, now you’re find out there is 4 people in the group, but we had different aliases and personas.

funkaFunkadelic – One Nation Under A Groove artwork

So you had kind of an open philosophy? People come and play or don’t play…
Oh that happened by mistake (laughs). But it was only the 4 of us, always some initial members and somebody else would say “oh come on man, play with me”, but there was always an initial member since the beginning, I don’t think with anybody else, even tough they would have want to be in it, it’s just never happened that way. Like I say it was a mistake that the sound kind of just stay at that funk level but I think it comes from growing up in the East side anyway, we were raised on funk.

How was it, growing up in the East side?
At the time everybody was outside, they weren’t inside the house, there were no computer so you heard music just rolling down the street, or there were block parties. I grew up on a street called Manistique, it was notorious for block parties, so if I came out at a certain time from Thursday to Sunday, people were taken their speakers systems outside on the block, cut off the street and the police couldn’t get in, and they were play all their records. So you were hear it regardless you wanted to or not, everything we heard was funky and good, and most of that stuff when it started changing or going to the electronic vein you wanted to find out what it was “ouh, that’s a synthesizer, I like that sound! Oh, that sounds like a robot!”, and that’s kind of how we started to found our originality in the group (AUX88) by what we like, what we heard in the street.

aux-88From left to right Keith Tucker (K-1), William “Posatronix” Smith, Blak Tony, Tommy (Tom Tom) Hamilton

Then you became a part of the legendary Scan 7, can you explain us how this happened, the main difference that you see between AUX88 and Scan 7 in term of philosophy, of music, etc?
At that time I was interested in harder edge music, I wanted to represent my people in a certain way and I grew up on protest, like Mike [Mike Banks from UR] would say, a “riot baby”, I grew up in 1967, so I’m used to this revolutionary thing. So after AUX88, Aux Men and some other groups I was before, with different aliases and stuff, it was time for me to progress. I wasn’t happy at the time with a lot of things going on with AUX88 so it was just time for me to move on. Through Scan 7 I learn things that I wouldn’t have learn when I was a member of AUX88 or others. I went on tour, that was the first time I went overseas, the first time I was taking on a plane, I started to pay attention to the crowd, I started to look at it in a different way instead of the classical “I want to get out of here, I’m sick of Detroit”, I’m not sick of Detroit because of Detroit but because of all the things we go through in Detroit. When you go overseas you discover that somehow you’re representative of what the possibilities can be, and I didn’t find out doing my AUX88 thing, I found out though Scan 7 and Trackmaster Lou. I bought my first drum machine trough Scan 7, I made my first hit record, yeah that gave me more belief in my vocal ability because he let me do what I wanted to do, and I think I shocked him, because who I really am totally came out on that record, first take! And that was “You have a right”, and I think it kind of shocked everybody, because when you’re in AUX88 you’re like the 4th guy, I wasn’t a producer at the time you know, and then I got a chance to shine! It gave me a voice, I was heard before, but now I was recognized, made a lot of people look over here, and it’s not just the record, it was exactly what I was feeling.

Warmest thanks to BlakTony, for his kindness and his funkiness. 

AUX88 sera présent vendredi 18/12 à la Machine du Moulin Rouge pour un live exceptionnel, dans le cadre de la nuit SNTWN LIVES ACTS pour les 7 ans de Sonotown. 

Alia.

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