Après deux dimanches de qualité, on retrouvait l’accueillant théâtre du Quai Branly pour une troisième Sieste accompagnés d’Aymeric de Tapiol et de la moitié d’Animalsons. Retour en mots et en images sur une journée pleines d’enseignements.

L’indécision du temps ne laissait guère le choix aux organisateurs qui s’étaient pourtant armés pour affronter une pluie attendue mais qui n’a finalement jamais pointé le bout de son nez.
L’habituelle scène en croissant de lune s’opposait à un intérieur plus sombre mais chacun y trouvait son compte assis, couché ou blotti.
L’intérêt des siestes électroniques prend tout son sens au moment où chaque personne commence à fermer les yeux, se laissant aller au rythme des différentes sonorités qui bercent petit à petit nos oreilles.

Il n’y a pas d’âge pour les siestes électroniques, les habitués prennent leur place rapidement tandis que les novices hésitent, s’aventurent sur la pointe des pieds et finissent par trouver leurs marques. L’atmosphère reposante du lieu entre végétation et grandeur n’est pas étranger à la relative quiétude qui règne sur les marches.
A l’entrée était distribué le programme, comme chaque dimanche deux actes prévus, cette fois-ci deux dj sets.
Un texte de présentation accompagnait le nom des artistes, le premier était long et descriptif quand le second était court et sans grande utilité.
L’un allait se concentrer sur le bourdon et ses formes continues, discontinues, brutes, comme une continuité en évoluant vers différents sons.
L’autre allait privilégier les voix.
Deux univers qui s’opposaient donc, l’antagonisme proposé devenait intéressant d’autant plus lorsqu’on s’intéressait aux artistes présents cet après-midi.

Aymeric de Tapol n’est pas à proprement parlé un habitué du bourdon, non, mais sa musique expérimentale oscille entre une interprétation de l’environnement, des décors, des paysages et une volonté de caractériser par les sons une vision, une façon de voir les choses.

Sorte de synesthésie retravaillée où le bruit du vent trouve une parfaite retranscription dans la musique électronique. Une musique électronique pointue, presque réservée à une élite capable de comprendre et de percevoir une musique sous-jacente.

En cercle autour de la table, où reposait un ordinateur et une table de mixage, on patiente. L’heure n’a pas d’importance, l’entrée du premier artiste passe presque inaperçue. Ici, pas d’accueil spécial, pas d’applaudissements, Aymeric de Tapol prend place comme si il ne voulait réveiller personne – certains ont déjà trouvé sommeil.
Le premier bourdonnement se fait entendre, surprend même et évolue, d’un son plus grave vers des notes plus aiguës. Les différentes séquences s’enchaînent, l’absence de basses lui permet de faire jouer différents sons en même temps.
Le bruit peut-être quelque chose de dérangeant lorsque l’on souhaite se reposer, mais paradoxalement ici le travail d’Aymeric de Tapol est en parfaite adéquation avec l’état d’esprit ambiant, à gauche un couple sexagénaire prend plaisir à s’évader la tête près des enceintes, à droite la jeunesse les imite sans sourciller.
Le set prend un autre tournant lorsqu’une première voix résonne après une séquence longue et cohérente, où une sorte de mélange entre un sonar et du morse avait apporté de la tension.
Le premier acte prend fin, les premiers applaudissements timides retentissent ne sachant pas bien si la fin est bien réelle, Aymeric de Tapol s’éclipse rapidement.

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Aymeric de Tapol

Le mystère résidait donc dans la suite des événements. Producteur de hip-hop Clément Dumoulins moitié d’Animalsons a produit les premiers albums de Booba, son arrivée aux Siestes, lunettes posées sur le nez, fut elle remarquée.
Comme expliqué suite à notre rencontre avec l’ethnomusicologue Renaud Brizard (à lire ici), ce dernier travaille étroitement avec les artistes des Siestes afin de les guider à travers la monumentale bibliothèque de sons du Quai Branly. Pour Animalsons, les échanges n’ont été faits que par téléphone ou internet, sans aucune rencontre physique.
On découvrait donc en même temps que lui ce personnage, excités à l’idée d’entendre quelqu’un qui a baigné dans la rythmique particulière du hip-hop aussi bien au niveau des percussions que des paroles.
Et la surprise fut de taille, la question était de savoir si le contenu allait se focaliser sur les voix et seulement les voix. A la manière d’un chef d’orchestre il amenait avec brio chacune des compositions avec des introductions instrumentales de qualité.
La pluralité des différentes vocales couplée à une multitude de compositions instrumentales donnaient une saveur particulière, sous ses allures de personnage peu sympathique son travail précis et pointu prenait le pas sur tout le reste.
Point d’orgue du set, une longue et belle envolée lyrique au Hang, cet instrument métallique bombé, rare et onéreux. La richesse de la bibliothèque pris une autre dimension tant il sut utiliser ses différentes facettes pour nous faire véritablement voyager.
On se prenait au jeu, reprenant avec humour et finesse les différents dialectes qui venaient nourrir nos oreilles.