Sous l’intitulé Tokyo, 1961+William Klein, le célèbre photographe expose ses fameux clichés de Tokyo à la Galerie Polka. Retour sur l’œuvre de cet artiste hors-norme.

On n’est pas sans savoir que l’œuvre de William Klein a largement contribué à l’évolution de l’imaginaire photographique du XXe siècle. Né à New-York en 1928, il découvre l’Europe grâce à son service militaire à la fin des années 40. Il étudiera à la Sorbonne, puis apprendra la peinture auprès de Fernand Léger, et volera vers l’Italie pour s’initier à la photographie. Mais c’est en 1954, lorsqu’il rencontrera Alex Liberman – le directeur artistique du magazine Vogue d’alors – que son travail s’exprimera aux yeux de tous, Monsieur Liberman lui donnant les moyens financiers pour poursuivre ses rêves. Klein retourne vers la Grosse Pomme et reviendra avec un livre, ou plutôt un journal photographique – New-York, sorti en 1956 – qui changera la vision que l’on avait jusqu’alors de la photographie.

Grâce à lui, et à son comparse Robert Frank, la photographie se fait une place dans le monde de l’art contemporain. Klein réussit le pari, à partir des années 50, de déconstruire l’image un peu trop lisse du 6ème art. En créant son propre style photographique, il a su instaurer une rupture avec l’ancienne école, et à imposer son œil novateur. Sa manière de faire, de voir, sera jugée avant-gardiste et transformera le langage photographique de l’époque. La première moitié du XXe siècle a vu paraître des artistes pour qui la photographie documentaire se devait d’être objective – à l’instar de Cartier-Bresson ou encore Doisneau -, la seconde moitié verra naître des œuvres où la réalité est personnelle.

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Tokyo, Japon 1961 © William Klein

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 Tokyo, Japon 1961 © William Klein

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Tokyo, Japon 1961 © William Klein

Klein a été l’un des pionniers de cette seconde partie, en montrant sa vérité provocante, parfois violente. En faisant sienne cette maxime de Cappa  “si tes photos ne sont pas bonnes, c’est que tu n’es pas assez près“, il s’affranchit des règles et casse donc les codes préétablis de l’enseignement photographique en jouant avec le mouvement, le grain, les contrastes, et laisse l’instinct prendre le pas sur le cadrage, où le grand-angle est porté favori.

J’ai toujours trouvé qu’on peut traiter la rue comme un studio,  et composer une image comme je les aime, malgré la fluidité des passants et des foules.

William Klein parcourt le monde – que ce soit pour ses reportages ou en tant que photographe de mode – de New-York à Moscou, en passant par Rome, Milan ou encore Paris, où il vit depuis les années 50. Et redonne un sens à la réalité, en rendant plus vivante, plus percutante la photographie. Même si cette dernière se révèle être dérangeante. Et c’est ce qui deviendra le leitmotiv de son travail.

danseurs crabes (kazuo ono), tokyo 1961

Danseurs Crabes (Kazuo Ono), Tokyo, Japon 1961 © William Klein

danseurs de Butoh (kazuo Ohna) tokyo 1961

 Danseurs de Butoh (Kazuo Ohna) Tokyo, Japon 1961 © William Klein

En 1961, le photographe est invité à Tokyo par un groupe de politiciens japonais afin de les suivre dans leur quotidien et de, par la suite, le faire découvrir. Mais, très vite, il finira par s’en échapper, et filera vagabonder dans les rues de la ville, plus curieux de ce que la métropole a à lui offrir que du protocole que lui imposent les représentants officiels. Il faut dire qu’au début des années 60, la capitale japonaise est en pleine effervescence, les JO de 1964 approchant à grands pas. Il y règne un doux parfum de modernité, qui se mélange habilement avec les traditions nippones. Klein s’imprègne de cette ébullition, et capture Tokyo comme personne ne l’avait fait jusqu’alors.

boxeur peintre (ushio shinohara) tokyo 1961

Boxeur peintre (Ushio Shinohara) Tokyo, Japon 1961 © William Klein

la bourse de tokyo 1961

La Bourse de Tokyo, Japon 1961 © William Klein

La Polka Galerie met donc en avant le travail de Klein à Tokyo, qui est suffisamment riche pour que l’on comprenne rapidement la pensée de l’artiste. Et, bien sûr, elle n’oublie pas de nous rappeler que le photographe est aussi peintre, en nous dévoilant des clichés que l’infatigable touche-à-tout a repeint, peut-être pour en faire sortir l’ironie qui y était cachée. C’est donc avec plaisir que l’on se balade dans cette petite cour nichée au cœur du Marais parisien, qui nous invite au voyage, dans un joyeux bordel où l’esthétisme trouve facilement sa place.

Informations :

Du 7 ars 2015 au 9 mai 2015

Cour de Venise

12, rue Saint-Gilles
75003 Paris

 

Mardi – Samedi

11 h – 19 h 30 ou sur rendez-vous 

Entrée libre

Métro Chemin Vert (L8) / Saint-Paul (L1)
Bus 29, 96, 65, 20
Parking Saint-Paul

 

Photo de couverture :

Tokyo, Japon 1987 © William Klein

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