Thing for the Basement vol.One sur Kann Records

Quoi de mieux pour commencer l’année que de partager l’une des sorties les plus singulières du label Kann Records par l’artiste Things From the Basement. Cette sortie du label est à la fois complexe à l’écoute mais originale, de par le travail effectué par l’artiste qui ponctue de samples uniques des morceaux plutôt sobres, créant une véritable identité mystérieuse et originale.

Vous connaissez ni l’artiste ni même le label ? Ne vous inquiétez pas!

Malgré quelques collaborations ponctuelles avec des artistes de renom tels que Efdemin ou Sven Weisemann, ce petit label de Leipzig reste très discret. La communication est succincte et ce constat s’applique aussi à l’artiste qui nous intéresse ici : Things From The Basement. Excepté le fait que ce soit sa première sortie sur le label, je serais incapable de vous donner d’autres informations sur lui car très peu de renseignements sur sa vie et son parcours sont disponibles.

 

Cet esprit assez discret du label et de ses artistes s’inscrit dans une démarche locale et passionnée. Le label a été fondé en 2008 par trois artistes de la scène musicale de Leipzig : Map.ache, Bender et Sevensol. Ce trio reprend en 2012 le magasin « Freezone Record » qui était jusque-là en grande difficulté et le transforme en tribune officielle de leur petit label. Redonner vie à ce disquaire, dans une période encore difficile pour l’industrie du vinyle, fait office d’acte de foi pour ce groupe de passionnés et illustre leur démarche, qui consiste à promouvoir une fine sélection d’artistes et de morceaux de leurs goûts en dehors de toute considération autre que musicale.

 

Cette sortie, la vingtième du label, est composée de quatre tracks pour un total de 22minutes. Comme son nom l’indique ce vinyle n’est pas destiné à être passé à quatre heures du matin au pic d’une soirée mais s’adapte mieux à une ambiance confinée. Il convient donc plus à une fin de soirée avec le lever du soleil et les oiseaux qui chantent, ou bien tout simplement à une écoute au calme chez soi.

 

Le style de la production est quasiment inqualifiable mais on pourrait tenter de le définir aussi aléatoirement que cela peut paraître par le terme de « deep house atmosphérique». L’ambiance planante est effectivement le fil conducteur de cet EP car chaque morceau (bien que différent) crée une atmosphère assez mélancolique et douce. Le vinyle garde tout au long de l’écoute un style très spécial et différent des productions que l’on peut entendre plus fréquemment dans le monde de la House notamment celle en provenance des U.S. Plusieurs samples d’origines naturelles ainsi que des vocales se font entendre dans certains des morceaux et créent une texture sonore très organique qui place cette production aux confins de la deep house telle qu’on la connaît actuellement.

Liquid Horizon, le track phare de cet EP, définit à lui seul le vinyle. Sa rythmique très classique est associée à des samples de percussions qui semblent être produits par des instruments physiques plutôt qu’analogues. Une vocale féminine parle au loin et semble vouloir communiquer avec nous. Une voix d’homme répond par intervalle, de manière à la fois proche et dure, établissant presque un dialogue entre ces deux voix. Le tout se teinte parfois de notes presque acides, sans pour autant perdre la douceur qui caractérise ce morceau.

A plusieurs reprises pendant l’écoute on a l’impression que les brefs sons entendus ponctuellement ont été captés et produits par l’artiste lui même.

Cette pratique du samplage « naturel » qui a été utilisée ici à mon avis, donne toute sa saveur à la production. Cette technique, aussi utilisée par des artistes tels que Recondite, souligne l’identité et le travail de l’artiste.

Le track garde contrairement au reste de l’EP une certaine dynamique et est à mon avis le plus accessible à l’écoute.

 

Le son suivant, Hope for tomorrow, est la production la plus mélancolique de ce vinyle. C’est mon coup de cœur. Le morceau commence par un bruit d’orage qui fait place à une pluie averse. Instantanément, on imagine regarder par la fenêtre celle-ci tomber. On penserait presque à un son de Nicolas Jaar, si il n’y avait pas cette voix, américaine, qui surgit au bout d’une minute et accentue la lenteur du morceau. La voix, celle d’un noir américain probablement, semble avoir été enregistrée dans les années soixante-dix ou quatre-vingt. On reconnaît l’accent et le grésillement typique des enregistrements de l’époque. Les paroles portent sur l’origine africaine de la population noire-américaine et de leur milieu original : « the jungle » qui contraste avec leur milieu social moderne.

« We came from the jungle most of us » revient plusieurs fois dans le morceau. Cette redondance lyrique semble se perdre dans la mélancolie du mauvais temps urbain que l’on entend en bruit de fond. Est-ce une critique des conditions économiques urbaines et sociales des afro-amércains de l’époque, ou un simple jeu esthétique de l’artiste ? Je ne peux y répondre. Pour ma part ce morceau me transporte instantanément dans une banlieue américaine délabrée et isolée. Les paroles symbolisent une sorte de passé perdu et contrastent avec le présent grisâtre que l’on imaginer.

 

La face B est composée de deux tracks : Floral Ground, et But The More We Talk, The Less Words Means. Ces deux morceaux plaisent à l’écoute et s’inscrivent bien dans le style atmosphérique du vinyle. Floral Ground gagne en dynamique par rapport aux autres morceaux du vinyle mais perd un peu en originalité car elle ne contient pas de samples aussi singuliers que ceux que l’on a pu entendre sur la face A. C’est une production de deep house classique. Le dernier son, But The Wore We Talk, The Less Words Means a lui quelque chose d’assez spécial mais nous laisse un peu sur notre faim. On l’imagine bien comme introduction d’un set long et mystique à la NU (Cf. Sol, La primera Vera, Luvia Blanca).

 

Globalement le vinyle est très bon et se démarque de part son style. De plus en plus les productions sont jugées et orientées en fonction des critères du dancefloor. Pourtant ce vinyle rompt avec cet aspect parfois monotone de la musique moderne. Il crée un univers musical très différent de ce que l’on peut entendre dans les productions actuelles, notamment par l’utilisation de samples variés et inédits qui semblent avoir été captés et produits par l’artiste même. Si vous cherchez quelque chose de puissant pour compléter votre playlist techno, vous ne trouverez pas votre bonheur ici.  Mais cet ensemble s’ajoutera parfaitement à une sélection plus douce et, moyennant un peu de talent, peut tout à fait s’utiliser ponctuellement dans les parties les plus planantes d’un set.

 

 

SMF

L’acheter : 

http://www.kann-records.com/collections/kann/products/things-from-the-basement-vol-one

 

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