Théo Parrish est une légende de la house qui distille un son d’une qualité rarement égalée depuis maintenant une vingtaine d’années…
Le Dj est connu pour être l’un des chefs de file de cette deep house pleinement ancrée dans la culture afro américaine et qui s’inscrit dans la continuité des autres styles avant elle, du blues à la soul en passant par le funk. Car les musiques électroniques, techno et house, émergent des communautés afro-américaines respectivement de Detroit et Chicago et vont ainsi de différentes manières porter les séquelles comme les revendications de l’histoire noire américaine. Si la techno de Detroit le fait de manière plus implicite notamment en supprimant les voix ou l’humanité dans celles-ci et en se rapprochant des bruits mécaniques avec toute la thématique des machines en arrière fond, la house va le faire de manière plus explicite et notamment à travers la deep house. Celle-ci émerge vers le milieu des années 1980 et peut être considérée comme plus humaine, revendiquant son inscription dans une tradition jazz et soul. Larry Heard disait d’elle qu’elle avait réussi à éloigner la house des « tendances post humaines vers quelque chose de plus riche ». Et notamment à l’aide d’une utilisation importante des voix, la deep house se rapproche de son passé musical noir américain et utilise de nombreux samples comme ceux des discours de droits civiques des années 1960, l’exemple le plus connu étant la version de “Can you feel it” du même Larry Heard où les paroles sont remplacées par le sample du discours historique de Martin Luther King “I have a Dream” lors de la marche sur Washington du 28 août 1963.
MLK
Et alors que la deep house des années 80 revêtait souvent un deuxième sens qui venait s’ajouter au combat pour la dignité du noir américain à savoir celui du combat pour les droits homosexuels, celle des années 90 va encore plus s’inscrire dans son passé noir. L’affirmation va être saillante à travers le nom des morceaux comme chez Glenn Underground (“Negro Music“) ou en utilisant les samples des icônes de musique noire américaine comme c’est particulièrement le cas chez Moodymann qui reprend Gil Scott Heron (Amerika) et rend hommage à Marving Gaye (“Tribute, The day we lost soul”) mais va plus loin encore avec son peudonyme J.A.N. soit “Just Another Negro” qu’il explique sur la pochette d’Amerika : “it’s been proved in history no matter what I do or what I become I’ll always be J.A.N. in this country ….Amerika”.

JAN

Et où se situe Parrish dans tout ça ? A la croisée entre les deux, pleinement dans la house mais profondément lié à Detroit, il nait en 1972 à Washington, passe son enfance à Chicago et n’arrive dans le Michigan qu’au début des années 90. Il représente une des figures tutélaires de la deep house en même temps qu’il adopte certains codes plus présents dans la techno de Detroit et notamment à travers les titres de ses tracks. “Space Station”, “Solitary Flight”, “Parallel Dimensions“, autant de termes appartenant à un vocabulaire “céleste”, un qui permettrait justement de s’échapper des problématiques réelles liées aux races et qui est pleinement à l’œuvre dans la techno originelle, sujet sur lequel nous reviendrons surement. Et cela s’ajoute à sa musique qui elle s’inscrit dans quelque chose de beaucoup plus humain, inspirée pleinement d’autres musiciens avant lui (Miles Davis, Nina Simone, Stevie Wonder…) et très proche du jazz et de la soul notamment à travers des tempos lents ou encore la présence de voix et d’instruments. On citera en exemple “Sky Walking”, “Black Music” ou “Falling up”.
http://www.youtube.com/watch?v=Ji0wlSGMfsc
http://www.youtube.com/watch?v=Chj2fmFLczg

C’est toujours un réel plaisir de pouvoir apprécier ce personnage aux multiples facettes qui nous promet des lives comme des sets mémorables, passant de la house au funk, du funk à la disco avec une agilité sans nom, la même à l’œuvre lorsqu’il déniche des pépites oubliées pour son label Sound Signature ou qu’il appose sa patte sur des classiques pour les rendre encore meilleurs (Sister Sledge, Bill Withers, Sugarhill Gang…).

Voir aussi les reports du Eastern Electrics où mes comparses d’High Five ont déjà eu la chance d’apprécier la magie de ce très grand DJ.

http://www.youtube.com/watch?v=szoAj7vQa3Y 

http://www.youtube.com/watch?v=CQPtya9D1GU
Alia.

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