L’Irlande est un pays fier et sûr de ses traditions qui lui ont permis de traverser une Histoire houleuse et agitée. Quelques jours dans ce pays suffisent pour s’apercevoir de l’amour porté pour la musique, présente à chaque coin de rue. Ce fût l’occasion d’un retour sur les Pogues, et un opus monumental.

Cork est la cité rebelle d’Irlande, ville du Sud à l’héroïsme chargé face à l’oppresseur britannique, alors que Dublin se complaisait dans l’occupation. Voilà peu ou prou le tableau dressé par certains habitants, et on ressent dès lors à quel point cette page noire de l’Histoire de l’île est encore récente. Assister à un concert de musique irish traditionnelle est ici synonyme d’humour, de mélancolie, de danse et de chansons traitant du malheur irlandais : des coffin’ ships en direction des Etats-Unis, à la famine, en passant par le joug britannique. Après deux heures où l’on se surprend à taper du pied fougueusement, au rythme du tin whistle, du banjo et de l’accent guttural du coin, un goût de reviens-y nous appelle rapidement.

Avant l’apparition des big shows aseptisés de danse irlandaise et taillés pour les Palais des Congrès du monde entier, on trouvait à la fin des années 80 une autre sorte d’ambassadeur de l’irish culture musicale : les Pogues. Cette bande de joyeux drilles aux dents absentes a bombardé aux sommets des charts les sonorités du cru gaélique, avec à leur tête un songrwriter de talent en la personne de Shane MacGowan. La voix abimée par l’alcool et le tabac, MacGowan est la combinaison rare – mais in fine typiquement irlandaise – du poète buveur de bières. Derrière le rustre apparat du personnage, se cachent un écrivain de génie et une tendresse incommensurable. On vous laisse admirer la douceur de mise pour la célébrissime « Fairytale of New York » qui enchantera nombreux foyers pendant Noël, élue titre le plus joué à cette période de l’année en Grande-Bretagne.

On parle aussi de l’exode irlandais du XIXe siècle en direction du Nouveau Monde, avec « Thousands are Sailing » écrite par le guitariste Phil Chevron. Cet album des Pogues mérite sincèrement qu’on s’y attarde, autant pour la surprise musicale suscitée par un mélange moins facile qu’il n’y paraît entre rock et irish music, que pour les émouvantes paroles qui l’habitent. L’utilisation des traditionnels banjo, cistre et accordéon est aussi magnifiquement transformée dans le cosmopolite « Turkish Song of the Damned« , le refrain vous trottera dans la tête pendant un bon moment.

La moitié des Pogues, dont Shane MacGowan lui-même, est née en Angleterre mais a grandi sous perfusions de saveurs et mélodies irlandaises. En témoigne le joli patchwork de musique traditionnelles « Medley : The Recruiting Sergeant/Rocky Road to Dublin/The Galway Races » : on vous invite à nouveau à consulter les paroles tout en l’écoutant. L’adolescence de Shane MacGowan passée à Londres n’est pas en reste, avec la sympathique ballade « Lullaby of London« . Celle-ci est teintée d’une profonde sympathie pour la capitale anglaise.

Ne vous attendez pas à un rythme criard et inaudible avec les Pogues, l’album « If I Should Fall from Grace with God » est un très grand pan de la musique du XXe siècle. Les nuances sont perceptibles et nombreuses, la qualité au rendez-vous sous tous aspects. Il me semble que même ceux qui pensaient détester les sonorités irlandaises seront séduits. Finissons sur une note finale fêtarde et enjouée avec le titre éponyme qui ouvre ces trois-quart d’heure de pur bonheur.

 

Matthieu

Articles similaires