High Five s’est intéressé au Detroit Sound Conservancy, une association fondée à Détroit en 2012 avec pour but de collecter, archiver et communiquer sur la toute la musique créée dans la ville. Retour sur son rôle, et les différentes problématiques qu’elles soulèvent.

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Le Detroit Sound Conservancy (DSC) est une association née il y a trois ans sous la houlette de l’universitaire américain Carleton Gholz. Ancien journaliste musical né dans le Michigan, après un PdH, il concentre désormais ses recherches sur les paysages sonores urbains (en anglais, Urban Soundscapes). Pour reprendre ses paroles, « le Detroit Sound Conservancy se donne pour but de préserver ce que le producteur de renom et natif de Détroit, Don Was, appelle « la musique indigène de Détroit » ».

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On pourrait penser que le fait d’archiver la musique n’est plus un problème à l’ère des nouvelles technologies où tout se retrouve sur la toile. Mais ce n’est qu’un leurre car aujourd’hui plus qu’hier, le paysage sonore devient tellement vaste qu’il est essentiel de l’analyser, de le collecter et de le protéger. Le DSC va donc se donner cette mission pour souligner de manière factuelle l’importance de Détroit dans le paysage musical américain et mondial. Comme l’explique Keith Owens, écrivain free lance et musicien, dans une vidéo présentant « l’Oral History Project » du Detroit Sound Conservancy : « La nation et le monde ont besoin de connaître l’importance musicale de Détroit pour la musique ». Cette démarche a aussi un aspect militant comme l’explique Carleton Gholz : 

« Nous avons vraiment perdu notre capacité à préserver, protéger et défendre notre propre soundscape et l’histoire de ce soundscape […]. Archiver et préserver l’histoire musicale de Détroit permettra de nous replacer dans l’histoire américaine, de nous replacer sur la carte, de la même manière dont Berry Gordy [fondateur de la Motown et véritable légende de la ville] nous y a placé dans les années 1960. »

Le projet « Oral History Project » illustre bien l’intelligence de la démarche du DSC puisqu’il s’agit de récolter l’histoire orale des acteurs de la communauté musicale de Détroit qui servira de point de départ au travail scientifique de l’association. Cette démarche de recherche part des acteurs c’est-à-dire des personnes directement concernées pour établir une feuille de route de recherche et non tracer un itinéraire pré-établi basé sur la théorie. En cela, elle témoigne d’une légitimité forte et permet aussi de coller au plus près de la réalité des personnes intéressées et donc de rendre un travail d’une grande véracité.

Suivant le précepte du musicien de jazz noir américain Charlie Parker, « They teach you there’s a boundaries line to music. But, man, there’s no boundary line to art », le DSC s’attache à traiter, converser et archiver toute la musique de la ville sans distinction. Carleton Gholz explique : 

« Ce qui est spécial avec le DSC, ce qui est unique, c’est que nous ne nous importunons pas des genres et des barrières […], nous aimons tous les genres. Si vous l’avez créé à Détroit, si cela a été musicked[1] à Détroit si vous avez fait l’expérience de cette musique à Détroit, si vous avez aidé une soirée à s’organiser, si vous avez écrit à son propos, si vous jouez d’un instrument, si vous êtes un DJ, si vous êtes une de ces communautés, nous nous intéressons à ce que vous avez fait et la manière dont vous l’avez fait, et dont vous le chérissez. Cela veut dire que vous pouvez nous contacter pour tous les genres, le blues, le jazz, toutes ces genres – admirablement créés – techno, hip-hop, cela n’a pas d’importance ».

De la même manière que l’association ne s’impose aucune barrière en terme de genres musicaux, elle se donne pour objectif de traiter de ces questions de manière pluridisplinaire. Son conseil d’administration le montre bien car celui-ci réunit des musiciens, des enseignants, des journalistes, des architectes ou encore des ethnomusicologues. Autant de sensibilités différentes réunies autour d’un objet commun débarrassé de ses carcans habituels ce qui renforce la légitimité du travail du DSC, et son action positive pour la culture et a fortiori pour la ville dans son ensemble.

En plus d’archiver, le Detroit Sound Conservancy fait un travail non moins important, celui de communiquer et d’éduquer sur ces dites archives. En ce sens, le DSC est une association 2.0 qui a l’intelligence de se servir des instruments médiatiques contemporains à sa disposition pour amplifier sa voix sur le travail qu’elle mène. Soundcloud, Facebook, un blog… il est rare de voir une association scientifique se servir autant des réseaux sociaux, ce qui fait aussi sa force et lui confère une accessibilité difficilement obtenable autrement.

Des dizaines d’archives et de trésors sont ainsi disponibles librement sur le Soundcloud du DSC, des mix précieux par leur rareté comme celui d’Electrifying Mojo (dont on vous parlait récemment ici) datant de 1983, mais également des conférences ou la série #RecordDET. Cette série vaut vraiment coup d’œil (d’oreille) car elle contient des entretiens menés par Carleton Gholz avec plusieurs personnalités musicales de Détroit. Ce dernier les interroge par exemple sur la relation qu’ils entretiennent avec Détroit, de quel album ou artiste de Détroit se rappellent-ils dans leur jeunesse ou bien encore quel aspect de la musique de Détroit n’est pas assez mise en avant à leurs yeux. La série permet de saisir à quel point Détroit est riche de création musicale dans de très nombreux genres et depuis des décennies.

Nous terminerons par vous conseiller trois entretiens passionnants qui prouvent le très grand éclectisme du Detroit Sound Conservancy et son rôle majeur pour la culture et le paysage musical de Détroit.

1 Greg Collier, frère de Ken Collier, pilier du disco de Détroit.

2 Dorothy Simpson, propriétaire d’un des plus vieux vinyles shops de Détroit, Simpson’s Record Shop, spécialisé dans le gospel et la musique noire américaine religieuse.

3 Thomas Kelly, 102 ans, et membre de Masters of Harmony, un groupe de gospel a cappella.

Voir le site du Detroit Sound Conservancy disponible en cliquant ici.
Voir le Soundcloud du DSC disponible ici & la page Facebook ici.

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High Five presents the Detroit Sound Conservancy, an association founded in 2012 in Detroit to collect, archive and talk about the music created in the city. Focus on its role, and the different questions that it raises. 

The DSC is an association born three years ago under the impulsion of the American academic Carleton Gholz. He is a former music journalist with a PhD and he’s now focusing his research on the urban Soundscapes. To quote him, “the Detroit Sound Conservancy will preserve what Detroit-native and renowned musician-producer Don Was has called the “indigenous music of Detroit.”

We may think that archiving music is not a problem anymore with all of our new technologies and the fact that everything leaves a mark in the web. But this is just a delusion because today more than yesterday, the soundscape of our societies becomes so vast that it is essential to preserve it. The DSC has precisely this preserving mission in order to highlight the importance of the Detroit soundscape in the US and in the world. As Keith Owens from Detroit Ink Publishing who also is a freelance writer and a musician, explains in the DSC’s “Oral History Project”: “The nation and the world need to know the importance of Detroit place in music”. The approach of the DSC is also militant as Carleton explains in the same video:

“We really lost the ability to preserve, protect and defend our own soundscape and the history of that soundscape […]. Archiving and preserving Detroit music history is to put us back on the American history, to put us back on the map, the way that Berry Gordy put us on the map in the 1960’s”.

The “Oral History Project” (see the presentation video above) illustrates well the intelligence of the DSC’ approach because it consists in collecting the oral history of the actors of the Detroit musical scene and to use this as a research starting point. This approach starts from the people that are concerned (and not from the theory) to establish a line of action. In this sense, it shows a strong legitimacy and allows the DSC to do a work that is very closed to the reality.

Following the precept of the jazzmen Charlie Parker, « They teach you there’s a boundaries line to music. But, man, there’s no boundary line to art », the DSC treats, conserve and archive all the music of Detroit without any distinction as Carleton explains:

“What’s special about the Sound Conservancy, what’s unique about it is that genres and barriers don’t’ bother us […]. We love all of the genres, if you made it in Detroit, musiqued in Detroit, if you experienced music in Detroit, if you helped a party happened, if you wrote about it, if you played an instrument, if you were a Dj, if you were in any of these communities, we care about what you did and how you did it, and how you cherish it. That means we want to reach out in all of the genres, blues, jazz, all of those things – and clearly we did these things unbelievably well – techno, hip-hop, it just doesn’t matter.”

In addition to archive, the DSC also communicates on his work in an educational way. In this sense, the DSC is a 2.0 association that has the intelligence to use the tools of his time to amplify his voice and his mission. Soundcloud, Facebook, a blog… it is rare to see a scientific association (at least from France) using social networks as much as the DSC, which also made his strength because it offers an accessibility hardly obtainable otherwise.

Several archives are freely available on the Soundcloud like this amazing mix of Electrifying Mojo from 1983, but also conferences and the #RecordDET series. This series is worth seeing (hearing) because it contains several interview of Carleton Gholz with different musical personalities of Detroit. He asks them the relation that they have with the city for example, which album or artist they remembered when they were young or which aspect of Detroit music is not enough highlighted according to them. It allows us to grasp the huge musical creation of Detroit in so many genres and since so many times.

We’ll finish this article by presenting three interviews available on Soundcloud that prove the great eclecticism of the DSC and its major role for the culture and the preservation of Detroit’s soundscape (see above).

1 Greg Collier, brother of Ken Collier, disco reference in Detroit.
2 Dorothy Simpson, owner of one of the oldest vinyl records shop in Detroit, Simpson’s Record Shop, specialized in African American church music.

3 Thomas Kelly, 102 years, member of the Masters of Harmony, an a cappella gospel group.

See the Detroit Sound Conservancy website available here & the DSC Soundcloud here.

Alia.

[1] Musicking est un terme inventé par le musicien et auteur néo-zolandais Christopher Small dans son ouvrage éponyme sorti en 1998. Il créé ce mot de manière à englober les différentes activités musicales, de la composition à l’écoute et étudie ce qui signifie faire de la musique et la manière dont cela forme nos relations sociales, nos cultures etc.

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