Les artistes les plus accomplis recherchent la quiétude du silence. Captivant l’innommable, ils font de leur art un métal doré aux multiples ciselures. Ils martèlent de leurs mots, de leurs sons, de leurs yeux attentifs ce que l’oeil inattentif ne saurait admirer. Ils subliment l’ordinaire par ce qu’ils ont d’extraordinaire.

De ces orfèvres aux doigts soyeux, Ricardo Villalobos et Max Loderbauer sont parmi les plus doués.
L’un s’illustre voila maintenant une décennie, sinon plus, sur la scène électronique par ses talents multiples. L’autre éclate par son talent de compositeur, nous nourrit de ses mélodies frugales. Les deux musiciens se sont associés le temps d’un album, Re:ECM, où le silence des sons est maitre.
Quand au photographe qui leur sera associé, Matias Montecino, né en 1986 au Chili, se démarque par ses paysages sans mot, d’une nature puissante, sinon extrême.

Les trois artistes confrontent l’auditeur, le spectateur à soi même. Par ses sens, son toucher et sa ouïe, l’homme devient petitesse. C’est l’immensité des silences qui résonnent à travers les voix géorgiennes susurrées des deux musiciens. À l’instar, Matias Montecinos confronte l’homme minuscule et ridicule à la grandeur des paysages immenses. Bouches bées, le spectateur est stupéfié, reste quoi devant le spectacle saisissant qui nous est offert.

Les sens s’affolent dans la paisible quiétude qui se dégage de l’ensemble mélangé des deux artistes. En effet, ce que réussissent à offrir Ricardo Villalobos, Max Loderbauer et Matias Montecinos, c’est bien la beauté sensitive. La musique nous fait ressentir chaque notes comme un véritable périple initiatique, la grâce d’une nouvelle naissance tandis que les clichés de Montecinos viennent compléter par cette beauté admirable une musique apaisante. La représentation de la nature y est complète, dans son immensité, dans sa largeur et sa grâce divine. Chaque photographie se fait un peu plus belle, captivant du regard ce que le quotidien nous offre pourtant chaque jour.

Pourtant, et même, cette musique et ces photographies se complètent dans leurs différences.  Chaque compositions, car ce ne sont pas de banales musiques mais biens de véritables chef d’oeuvre qu’ont composé les deux musiciens, rappellent un bruit amplifié et peaufiné d’une corde soufflée dans un hangar vide, clos mais au plafond haut. Le bruit y est démesurée, spacieux, les notes se font profondes. À l’inverse, les instantanées de Montecinos peignent la beauté vaste, sans limite. Elles reportent la douceur naturelle de notre monde, et décloisonnent l’esprit par un espace sans frontière, par des montagnes franchissables.

Mais c’est bien dans ce franchissement des limites qu’excellent nos artistes. Ils nous permettent de confondre les sens, d’exposer les saveurs de l’ouïe et de la vue afin de combiner une synesthésie parfaite. L’ambiance y est feutrée mais non confinée, l’imagination débordante se parfait dans un bain doré.
Car ce sont ces artistes où les limites sont exposées qui nous permettent, à nous mortels insignifiants de dépasser par nos sens les barrières de nos êtres. Ces chers artistes dorés aux talents d’orfèvre.

Enjoy, Des races.

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