Yves Marchand et Romain Meffre sont deux photographes parisiens nés respectivement en 1981 et 1987. Ils ont photographié cinq ans durant les monuments abandonnés, les anciennes usines désaffectées, les batiments adminisitratifs vidés et simples immeubles dévastés de la ville de Détroit. On y perçoit avec force l’abandon des populations, l’envers du rêve américain et de son industrialisation galopante.
A cela, et pour mieux contextualiser ce que fut Détroit avant guerre, je vous propose les mots couperets de Louis Ferdinand Celine dans son admirable Voyage au bout de la nuit.

« Les ouvriers penchés soucieux de faire tout le plaisir possible au machines vous écœurent, à leur passer les boulons au calibre, et des boulons encore, au lieu d’en finir une fois pour toutes, avec cette odeur d’huile, cette buée qui brûle les tympans et le dedans des oreilles par la gorge. C’est pas la honte qui leur fait baisser la tête. On cède au bruit comme on cède à la guerre. On se laisse aller aux machines avec les trois idées qui restent à vaciller tout en haut derrière le front de la tête. C’est fini. Partout ce qu’on regarde, tout ce que la main touche, c’est dur à présent. Et tout ce dont on arrive à se souvenir encore un peu est raidi aussi comme du fer et n’a plus de goût dans la pensée.

On est devenu salement vieux d’un seul coup. »

« Tout tremblait dans l’immense édifice et soi-même des pieds aux oreilles possédé par le tremblement, il en venait des vitres au plancher et de la ferraille, des secousses, vibré de haut en bas. On en devenait machine aussi soi-même à force et de toute sa viande encore tremblotante dans ce bruit de rage énorme qui vous prenait le dedans et le tour de la tête et plus bas vous agitant les tripes et remontait aux yeux par petits coups précipités, infinis, inlassables. A mesure qu’on avançait on les perdait les compagnons. On leur faisait un petit sourire à ceux-là en les quittant comme si tout ce qui se passait était bien gentil. »

« J’essayais de lui parler au contremaître à l’oreille, il a grogné comme un cochon en réponse et par les gestes seulement il m’a montré, bien patient, la très simple manœuvre que je devais accomplir désormais pour toujours. Mes minutes, mes heures, mon reste de temps comme ceux d’ici s’en iraient à passer des petites chevilles à l’aveugle d’à côté qui calibrait, lui, depuis des années les chevilles, les mêmes. Moi j’ai fais ça tout de suite très mal. On ne me blâma point, seulement après trois jours de ce labeur initial, je fus transféré, raté déjà, au trimballage du petit chariot rempli de rondelles, celui qui cabotait d’une machine à l’autre. Là, j’en laissais trois, ici douze, là-bas quinze seulement. Personne ne me parlait. On existait plus que par une sorte d’hésitation entre l’hébétude et le délire. Rien n’importait que la continuité fracassante des mille et mille instruments qui commandaient les hommes. »

« Et j’ai vu en effet des grands bâtiments trapus et vitrés, des sortes de cages à mouches sans fin, dans lesquelles on discernait des hommes à remuer, mais remuer à peine, comme s’ils ne se débattaient plus que faiblement contre je ne sais quoi d’impossible. »

« C’est donc ici que je me suis dit… C’est pas excitant… ». C’était même pire que tout le reste.
Je me suis approché de plus près, jusqu’à la porte où c’était écrit sur une ardoise qu’on demandait du monde.»

Detroit, c’était, et c’est, toujours la musique. Toute sorte de choses. C’est peut être cela, aujourd’hui, qui fait vivre l’ancienne capitale industrielle de l’Amérique :

Des Races.



Plus d’infos : 

Le site d’Yves Marchand et de Romain Meffre
La dernière exposition d’Yves Marchand et de Romain Meffre, Gunkanjima : Galerie Polka jusqu’au 3 Aout. Nous vous en dirons plus bientôt, c’est promis.

Source des citations :
1. Caradisiac
2. Céline : Les usines Ford sur Cimartin.
3. doc word.

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