Notre synesthésie d’Octobre vous propose de vagabonder dans Détroit, ville mythique et surréaliste, tout en y associant les morceaux du père fondateur de la techno, Juan Atkins. 

En 1995 Juan Atkins déclarait dans le documentaire The Last Angel Of History :

« L’information et la technologie se déplacent à une vitesse folle, et la techno est sans aucun doute le son de cet environnement. Nous perpétrons la révolution technologique à travers la musique. La musique technologique est la première chose que les gens entendent s’il veulent être prêts pour le futur technologique, je pense que la musique les préparent au futur » car la techno possède « cette capacité de créer des sons futuristes, des sons de l’espace et d’extraterrestres, et de l’imprimer sur le morceau ».

La techno de Détroit est intrinsèquement liée au futur, et à Détroit. Au futur parce qu’elle est la bande son d’une communauté qui a trouvé avec la techno une manière d’écrire son histoire et son avenir indépendamment de ce que la société pourrait lui dicter. A Détroit parce qu’elle n’aurait pu naître nul part ailleurs que dans cet environnement de désolation que représente la ville dans les années 1980 et 1990. C’est des ruines de la richesse passée, de cet environnement machinique et robotique, et de cette culture noire américaine si étroitement liée que sont venue l’inspiration qui a bercé les esprits des premiers musiciens de techno, Juan Atkins en tête. Flânerie.

Morceau légendaire qui décrit parfaitement l’atmosphère de Détroit, “Techno City” évoque une ville à moitié vide où l’industrie automobile et les machines ont régné pendant des décennies avant de mener la ville à une ère post-capitaliste. Au même instant les nappes sont là pour nous rappeler la douceur car si Détroit est dure, elle possède également ce supplément de soul, ce neverending groove si propre à la ville qui en font un endroit unique. Il ne faut pas oublier également que la ville fut un temps une des plus riches des Etats-Unis ce que l’on peut encore observer aujourd’hui notamment à travers les somptueux buildings art déco de la ville.

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“Digital Forest” nous fait évidemment penser à Belle Isle, cette île de verdure entre le Canada et Détroit donc les habitants de Détroit en font leur terrain de jeu dès l’arrivée des beaux jours. L’île est un symbole de la ville, c’est ici qu’ont commencé les premières émeutes raciales de la ville en 1943, ici aussi que de nombreuses soirées électroniques ont eu lieu dans la décennie 1990. Plus généralement, la nature a repris ses droits dans la ville, et des centaines de champs parsèment Détroit aujourd’hui.

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La répétition robotique du morceau “Infoworld” et des sons qui le composent nous font penser à la chaine de montage, démocratisée à Détroit par Henry Ford à partir de 1913. Aujourd’hui la plupart des immenses usines de la ville sont abandonnées comme la Packard Plant, gigantesque terrain de jeu de plus de 40 bâtiments recouverts de graffitis et des aléas du temps.

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“Urban Tropics”, nom parfait pour désigner cet environnement où l’urbain, la construction, la ville étaient rois avant de payer leur propre déclin puis de surpasser cette désolation. Dans cette urbanité, cette désolation et cette renaissance un point commun, l’humain comme le fil conducteur, l’âme qui fait de Détroit une ville si particulière et lui permet d’évoluer d’étapes en étapes et de toujours se relever.

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Clin d’oeil à une des plus grandes inspirations de Juan Atkins mais aussi à Détroit pour qui George Clinton est un l’incarnation de la figure musicale noire américaine qui épouse en premier les machines, l’électronique et l’espace. “One Nation Under A Groove” résume cette pensée unificatrice de la musique, qu’on retrouve aussi dans l’immense passé et présent musical de Détroit. La photo représente The Mothership, sculpture et DJ booth que le studio Akoaki a concu à Détroit, en même temps qu’un clin d’oeil à la mythologie du Mothership de George Clinton.

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Retrouvez Juan Atkins avec Moritz Von Oswald pour un live de Borderland le 14 novembre dans le cadre du Marathon Festival.

Alia.

Crédit photo couverture ouvrage Black History Sites in Detroit.
Crédit photos article Alia.