John Roberts avait déjà marqué nos esprits au fer rouge avec son album Glass Eights que certains d’entre nous avaient qualifié de chef d’oeuvre ou encore d’ode moderne à la musique. Il est revenu il y a maintenant un peu plus d’un mois avec une nouvelle fantaisie sortie tout droit de son imaginaire créatif cette fois-ci intitulée Fences. Doit-on ici voir une coupure avec le passé ? Une sorte de renouvellement musical pour un artiste pourtant jeune qui cherche à explorer de nouveaux horizons ?
A la première écoute c’est la multitude d’instruments utilisés et les sonorités originales qui marquent les esprits, on décèle rapidement la rupture avec le travail effectué auparavant.
J’ai voulu faire un parallèle avec le travail du photographe Rob Stephenson tant Fences dans son ensemble évoque ses clichés et une profondeur d’esprit incroyable.

Des environnements toujours choisis avec précaution, vides de toute nature humaine et pourtant la présence de notre espèce se fait toujours sentir. Une nature morte à la fois pathétique et attirante.
Bleach malgré sa courte durée évoque avec insistance le temps qui passe, le monde qui se détériore à un rythme lent et lancinant. Les feuilles tombent, la grisaille prend place et ce qui avait au départ fière allure devient un tout autre tableau aux détails qui attirent l’oeil suspendant le temps un court instant.
John Roberts a su lui aussi dépeindre un tableau musical où le hang et les claviers venus d’un autre univers s’entremêlent, l’accent deep-house de Glass Eights est ici laissé de côté, on s’enfonce vers un chemin plus sinueux qui en découragera plus d’un.
Mais il faut aller au dessus de cette “barrière”, celle qui sépare le déjà-vu de l’innovation.
Certains diront qu’il a voulu trop expérimenter, qu’il a perdu sa ligne de conduite pourtant si propre et naturelle mais d’autres s’aventureront et seront amenés à se perdre dans cet océan de quiétude.
Cela peut paraître paradoxal mais le silence règne et cela rapproche encore plus les deux personnages qui ont cherché à trouver un calme ambiant, Chalkdust en est l’illustration parfaite, sans doute la lenteur incarnée mais d’une douceur déstabilisante. Si le silence d’une photographie apparaît évident, il l’est d’autant plus plus lorsqu’on observe les éléments qui composent les environnements choisis par Rob Stephenson, d’un coin de route abandonnée à la nature à la ville ouvrière laissée à l’abandon, rien n’est laissé au hasard, tout laisse à penser qu’il y a ici un brin de mélancolie.

Chaque morceau raconte une histoire, Blanket et Plaster semblent évoquer un voyage ou plus précisément une quête où la solitude est de mise, le rythme y est pour beaucoup, le temps apparaît allongé et les mésaventures se multiplient. Le personnage principal est esseulé, seule la nature lui vient en aide l’accompagnant dans un périple qui dure et qui marque.
Il traverse les paysages d’abandon de l’homme que les clichés tentent d’illustrer et de mettre en lumière.
Fences n’est pas un banal album de musique, c’est à la fois un conte surréaliste et d’un autre temps.
John Roberts a eu le courage de détruire les clichés et de surprendre son monde, le titre éponyme Fences ajoute une touche supplémentaire à l’atmosphère créée par l’artiste New-Yorkais.
Ce n’est surement pas synonyme de maturité mais plus d’un désir d’aller franchir la limite, de choquer et d’émerveiller un monde qui perd de son éclat et de son influence.
Rob Stephenson a lui aussi réussi à capturer des instants et endroits pas forcément agréables parfois même tristes et sans âmes mais qui ont le mérite d’éveiller les sens et de poser les bonnes questions.

Thibault