Dans l’imaginaire collectif de la musique électronique, Herbert est un véritable cas à part. Un paradoxe fascinant existe dans sa manière de produire, proposant une structure de base dure associée à des mélodies douces entre jazz et electronica. Sebastião Salgado photographié les ouvriers de la mine Serra Pelada dans sa série The Gold Mine. On y retrouve cette dualité de l’homme, dans la dureté de la condition et l’apparence lisse des mineurs. Synesthésie.

En faisant le choix fort du noir et blanc, Sebastião Salgado saisit l’instant et ne dissocie pas les milliers de mineurs qui les uns après les autres tentent de gravir le flanc de la montagne. Chaque jour, c’est la répétition des mêmes gestes, des mêmes bruits, de la même souffrance. Ses clichés semblent rappeler la lointaine période de l’esclavagisme dans l’Egypte ancienne, où par milliers des servants construisaient pyramides et autre statues en l’honneur des pharaons.

« Jamais depuis la construction des pyramides par des milliers d’esclaves ou la ruée vers l’or du Klondike en Alaska, on n’avait assisté à une tragédie humaine aussi épique : 50 000 hommes enfoncés dans la boue creusant pour trouver de l’or à Serra Pelada, dans l’État brésilien de Pará. […] » peut-on lire dans le texte qui accompagne la série.

L’absence de couleurs alimente l’imagination, la boue est bien présente, les égratignures doivent l’être aussi. Les échelles semblent infinies, certains se bousculent. Qui arrivera le premier ? Creuser pour une de l’or qui ne lui reviendra pas, qu’il devra remettre  La musique d’Herbert se base essentiellement sur des percussions qui s’apparentent à des bruits, comme si un marteau saisissait la pierre ou le fer. Souvent répétitif, volontairement, pour hypnotiser, travailler minutieusement l’auditeur.
La rythmique est toujours pensée avec complexité. Autour des percussions – qui ne sonnent jamais comme celles d’un logiciel de musique assistée par ordinateur, le producteur anglais construit ses morceaux avec des synthés aux notes appuyées. L’ambiance se crée naturellement, souvent répétitive mais lisse. Le titre See You On Monday, est l’archétype du morceau poétique d’Herbert, avec l’atmosphère spéciale qui s’en dégage. Jamais rassurante et qui domine le morceau.

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© Sebastião Salgado

Tension sur le camp

Le remix d’Herbert, du morceau «Gonna Find A Way», symbolise à lui seul cette tension alimentée par la quête du précieux métal. Les ouvriers sans cesse sous la pression des agents qui surveillent et réprimandent si besoin est. Et en même temps, c’est le quotidien de plus de 80 000 hommes. «Gonna Find A Way» a aussi ce côté résigné et défaitiste. Ces mineurs qui ne sont même pas de professionnels acceptent leurs conditions et effectuent ce qui s’apparente à de l’esclavagisme moderne. En 1985, ce genre d’image se fait rare, Sebastião Salgado a tenu à l’immortaliser, dans son propre pays. En choisissant des scènes qui sortent du quotidien répétitif de cette mine clandestine.

© Sebastião Salgado

© Sebastião Salgado

Souffler avant de remonter

C’est après avoir déterré de l’or, que le mineur profite du seul moment libre pour contempler la multitude d’hommes qui se pressent sur les échelles géantes, et, le temps de quelques secondes, respirer avec le bruit des pioches et des marteaux. L’Herbert Breakfast’s remix de «Rog», débute avec des bruits dérangeants, presque robotiques. Cette note si souvent recherchée par Herbert, arrive avec insistance et chasse les percussions. Après le break, elles reprennent de plus belle. Comme pour casser le moment de plénitude du mineur qui repart à l’assaut de la montagne. Shuffler est peut-être moins rude, plus doux et marque aussi ce temps-mort dans les journées qui se rapprochent de l’enfer pour les ouvriers. Herbert arrive toujours à installer cette ambiance particulière avec des sonorités finalement éloignées de la musique électronique. Et c’est ce qui en fait un cas d’étude à part.
Difficile donc de l’associer à des mots ou à des images. Mais les photographies de Sebastião Salgado tentent d’illustrer la misère sans la couleur avec une multitude de détails. Comme pour relativiser et tenter de l’expliquer.

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© Sebastião Salgado

 

 

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