On le répète sans cesse mais Sven Weisemann a une petite histoire avec les débuts de ce blog, son premier LP  Xine sorti il y a maintenant près de 4 ans contenait le morceau Suna’s Flow qui avait sonné le début d’High Five Magazine et ouvert les premières pages. Ce premier acte était une ode lente et somptueuse mélangeant musique classique et électronique.
L’homme est aussi connu pour son projet Desolate qui nous avait totalement remis à notre place avec son album The Celestial Being.

Quelques années ont passé depuis et le natif de Postdam revient avec un second album intitulé Inner Motions. Que dire du personnage ? Un gamin de 27 ans, la mèche sur le front, les lunettes toujours bien positionnées. Lorsqu’il patiente avant de jouer sur ses instruments favoris, il semble gêné, peu extravagant, l’air calme il écoute son prédécesseur sans esquisser un seul mouvement si ce n’est ce geste évocateur mais discret en suivant le rythme avec sa tête.
Il entre alors en scène, un sac de vinyles posé à ses pieds, la foule est dans l’attente et son alter-go prend le dessus. Pendant sa performance il délivre une énergie incroyable, on croit alors avoir à faire avec quelqu’un de différent, impliqué et vivant au son de la musique.
Sven Weisemann maîtrise à la perfection le piano, il est passionné de musique classique et a déjà écrit une valse. A côté de cela il semble avoir une culture musicale sans limites en témoigne ses mixs qu’il poste de manière régulière sur sa page soudcloud, ces derniers regorgent de pépites alliant tous les horizons, de la Techno à la Soul en passant par le Classique.
Si dans la diversité de ses choix musicaux on distingue un genre particulièrement présent, à savoir le House, le bonhomme ne s’est jamais réellement lancé dans des productions qui s’en rapprochent.
Et à voir ce qu’il arrive déjà à faire on se dit que c’est un beau gâchis..
On ne peut pas donner d’étiquette à Inner Motions, Sven Weisemann explore de nouveaux horizons, donne à un sens à la musique, son sens à lui.

Si vous vouliez un album énergique il faudra passer votre chemin mais pour les autres restez à l’écoute.
Comme toujours ce qui reste frappant c’est cette capacité à faire intervenir une multitude d’instruments, les percussions sont langoureuses avec l’usage d’un tam-tam lançant des échos à travers nos oreilles, les flûtes donnent un tout autre sens aux morceaux où elles interviennent, le piano est lent mais toujours d’une extrême clarté, tout paraît beau et parfait.
L’album contient douze titres qui forment une longue histoire racontée avec élégance, on est rapidement envoyé dans un autre univers, un voyage sans fin qui procure de nombreuses sensations.
Je ne vais pas tous les décrire car vous serez plus à même d’apprécier son travail mais j’en ai quand même retenus trois qui m’ont particulièrement marqués, le reste est tout aussi immanquable.

D Psalm commence avec une voix masculine grave qui laisse rêveuse prononçant un discours pendant que le synthé se répète et résonne, au fur et à mesure les sonorités prennent le dessus, la voix féminine arrive et vient ajouter une touche de sensualité. Les instruments se superposent et l’intensité monte lentement. C’est la beauté même, l’Allemand arrive à provoquer des sensations inconnues, c’est comme si tout était censé s’enchaîner de la sorte, comme si personne ne pouvait remettre en cause la construction du morceau.
Planetary Nebula est sans doute le titre le plus abouti d’Inner Motions, dès les premières secondes on nous prend aux tripes avec ces notes de pianos qui s’ajoutent aux percussions, le chemin semble sinueux mais peu à peu le son devient plus clair, plus pur. C’est alors qu’un son de flûte nous emporte définitivement, le tam-tam rythme avec brio une mélodie véritablement magique.
Dès la première écoute on ne se fait pas d’illusions et le morceau évolue vers une atmosphère féérique au milieu du morceau, Sven Weisemann réussit un coup de maître pour finir dans une dernière minute où seul des notes continues et lancinantes adoucissent nos oreilles.
Enfin Killiny Beach semble être celui qui évolue le mieux, d’un début aux apparences noires avec des notes graves et une basse lourde, il tend peu à peu vers un avenir plus joyeux, l’écho est toujours présent, tout s’entrechoque parfaitement. C’est peut-être récurrent dans ses productions mais ça a l’extraordinaire talent de surprendre à chaque fois, on se demande souvent qu’est ce qui passe par sa tête, comment expliquer cette complexité ?
Des heures de travail semblent maintenant derrière lui mais quel résultat au final, à la limite du chef d’oeuvre, il n’a rien à envier aux productions d’aujourd’hui tant les siennes sont pleines de messages, d’amour même et surtout de beauté.

Thibault

 

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