Très honnêtement on ne vous encouragera pas à y aller. Si jamais vous décidez de partir en Islande durant l’hiver, il peut être sympathique de faire coïncider les dates (surtout que le format est sur trois jours de 20h à 2h donc pas très fatiguant) mais on n’a vraiment pas compris pas les hordes de jeunes gens expliquant être venu « spécialement pour le Sonar » pour repartir à la hâte dès le dimanche matin alors qu’on se trouve dans un des pays les plus beaux et naturels au monde…

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Le principal atout du Festival est le lieu puisque les organisateurs ont eu la brillante idée de l’organiser dans l’Harpa Center de Reykjavík, ce qui permet de profiter de ce bâtiment incroyable pendant de longues heures. L’Harpa est sans doute l’une des plus belles créations architecturales dans laquelle il nous aura été donné de rentrer et l’œuvre de l’architecte danois Henning Larsen qui s’est associé à Ólafur Eliasson, un artiste contemporain d’origine islandaise connu pour travailler sur la surface et la lumière dans son génialissime atelier berlinois. L’artiste qui commence par faire de la photographie en Islande intègre l’Académie des beaux-arts du Danemark dont il est diplômé en 1995 puis acquiert un petit studio d’architecte à Berlin qui va très rapidement devenir un emblème de l’art contemporain et du travail qu’il est possible d’effectuer sur la lumière et ses effets. Le studio déménage dans un grand entrepôt désaffecté quelques années plus tard et Ólafur Eliasson s’entoure d’une équipe pluridisciplinaire (historien, architecte etc) pour toujours aller plus loin dans ses recherches (« Un artiste est impliqué dans la vie, dans la réalité du monde, dans l’idée du progrès. Mon studio est construit sur cet engagement. ») et propose même à de prestigieux invités de le rejoindre le temps d’un projet à l’image du philosophe Paul Virilio ou du sociologue Bruno Latour.

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Sur l’Harpa, Ólafur Eliasson a réalisé toute la façade principale en quadrilatère de verre qui s’allument à la nuit tombée ainsi que la coloration de certaines parties des autres façades pour un résultat époustouflant lorsque les rayons du soleil viennent à passer à travers. Les espaces sont très ouverts du rez-de-chaussée au 4ème étage, ce qui donne une impression de majestuosité qui se retrouve dans la vue quasi permanente qu’on a sur l’extérieur et particulièrement sur le côté donnant face à la baie. Les éléments sont bruts, béton, verre et matières sobres constituent cet endroit où l’impression d’infini donné par le plafond composé de dizaines de petits miroirs est vraiment incroyable. Le Harpa, qui a été inauguré en 2011, dispose de plusieurs salles à l’acoustique excellente et autant de bars en plus d’un restaurant et de quelques boutiques dont une antenne de l’illustre 12 Tonar. Pour un festival, l’endroit est donc parfait, les lieux sont pratiques, on n’attend jamais et c’est sans aucun doute l’un des plus beaux endroits au monde dans lequel il nous sera donné de faire la fête.

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Niveau programmation, on ne vous cache pas qu’on a été vraiment déçu, les scènes manquaient de réelle cohérence artistique (passer d’un live électronique planant à une espèce de pop sucrée n’est pas la meilleure des idées) et on ne partage par l’idée de privilégier quelques têtes d’affiches à la Kalkbrenner (qui d’ailleurs n’est pas venu) au détriment d’une sélection plus pointue sur toute la durée du festival. Car un autre atout du Festival était justement de proposer un grand nombre d’artistes islandais mais il aurait été intéressant d’aller jusqu’au bout de cette démarche et de leur laisser la part belle jusqu’au bout de la nuit, pas simplement en warm up pour la plupart.

On retiendra néanmoins quelques très bonnes découvertes qu’on voulait partager avec vous pour nous avoir laisser un souvenir mémorable à commencer par l’incroyable performance du musicien japonais classique Ryūichi Sakamoto avec l’américain Taylor Deupree, photographe et musicien électronique. Les deux nous ont concocté un live brillant, minéral et perché où chaque note cristalline et tranquille apporte une sensation particulière, une envie de prendre son temps, de découvrir le cosmos et de s’abandonner à la rêverie.

On a aussi beaucoup apprécié Kiasmos, un duo composé du pianiste classique Ólafur Arnalds et de Janus Rasmussen, leader du groupe islandais de pop électronique Bloodgroup. On était déjà fan d’Ólafur avant, en tant qu’artiste et pour son excellent label Erased Tapes Records qui recèle de trésors, il ajoute ici une autre corde à son arc avec un projet plus électronique et dansant où le piano garde une place prépondérante pour notre plus grand plaisir.

On citera aussi le DJ Viktor Birgiss auteur d’un live de début de soirée fort agréable et patron du label Lagaffe Tales, petit label islandais de deep house tout aussi agréable. Enfin, Natalie G. Gunnarsdóttir alias DJ Yamaho nous a offert un set oscillant entre house de Chicago et techno de Detroit au beau milieu du parking, un des moments les plus plaisants de ce festival…

Vous l’aurez compris, ce n’est pas la peine d’aller aussi loin juste pour le Sonar par contre, on ne peut que vous encourager vivement à aller visiter l’Islande, ce pays incroyable qui vous laissera, c’est certain, un souvenir impérissable (un report plus général sur ce magnifique pays est disponible en cliquant ici).

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