A l’occasion de la sortie en DVD du documentaire Coming Back For More (Dance To The Music dans sa version originale) paru en 2008, Sly & The Family Stone revient à l’honneur dans High Five Magazine. Entre tradition et modernité, le groupe a révolutionné la musique au tournant des années 70.

En effet, trop peu cité en France, Sylvester Stewart « Sly Stone » et sa smalla ont pourtant eu un impact considérable, sinon essentiel, sur la musique afro-américaine des seventies et de ses descendants. Funk, disco, hip-Hop, house : tout le monde doit le reconnaître : sans eux, le monde serait différent. En effet, s’il y a bien un groupe qui a puisé dans les origines soul et rhythm & blues pour les mélanger avec la formidable énergie du psychédélisme et de la pop des sixties, c’est bien celui-là.

Autour de Sly, on retrouve ses frères & sœurs Freddie, Rose et Vet, mais aussi ses copains Larry Graham et Cynthia Robinson ainsi que, chose rare pour l’époque, des musiciens blancs qui viennent se greffer : le batteur Greg Errico et le saxophoniste Jerry Martini. Rajoutez un producteur visionnaire – Clive Davis, et hop ! vous obtenez l’un des band les plus prometteurs de la côte ouest à l’époque. Et quoi de mieux que de trainer dans les pas du Jefferson Airplane, Quicksilver Messenger Service et toute la scène du San Francisco Sound pour effectuer leurs premières escarmouches avec le public ?

Rapidement, Sly & The Family Stone effectue son apparition dans l’univers musical américain en 1967 avec leur premier LP A Whole New Thing, que les critiques enthousiastes qualifieront de soul psychédélique. Dans la lignée du tournant pris par Diana Ross & The Supremes qui s’émancipent des formats très pop de la Motown, la joyeuse équipe fait rugir les transistors de la jeunesse chevelue avec Underdog.

La force du groupe ? Une puissante section cuivres, un bassiste précurseur de la méthode du slapping, et surtout son leader, principal chanteur et multi-instrumentiste, qui passe des claviers à l’harmonica tout en triturant des lignes de guitare endiablées sans le moindre souci. Rajoutez les chœurs chantés par les deux sexes, et vous obtenez 4 albums en moins de 3 ans, une poignée de hits dans les charts soul et R&B, ainsi qu’un ticket pour Woodstock –performance exceptionnelle captée par Michael Wadleigh dans son mythique documentaire sur le plus célèbre festival du monde. Le superbe mashup Dance To The Music/ I Want To Take You Higher, repris par toute la foule en liesse, achève d’élever Sly Stone et sa famille au rang de stars nationales.

Mais si l’histoire s’en était tenue là, on n’aurait pas assisté à l’avènement d’un tout nouveau genre musical qui émerge peu à peu : le funk. En poursuivant les avancées du Godfather of Soul papa Brown, les enfants Stone modifient peu à peu leur soul énergique, mettent en avant le rôle de la basse, rajoutent des wah-wah aux guitares et paf, on obtient les premières pierres d’un style qui va définir et influencer la musique afro-américaine jusqu’à aujourd’hui. C’est sur l’album Stand de 1969 qu’on peut véritablement acter cette transition : les lignes de basse sont plus enrobées, les arpèges de guitare plus tranchants, les cuivres plus mélodiques, tout en gardant les chœurs et des rythmes dansants si caractéristiques de la soul : Don’t Call Me Nigger, Whitey en est un parfait exemple.

Peu de temps après, George Clinton peut se trouver satisfait : son groupe Funkadelic s’empare immédiatement des bases lancées par Sly Stone et se le ré-approprie, en y superposant leur univers déjanté : c’est la création du P-Funk, où rock à la Hendrix, soul et rythmiques groovantes fusionnent. La famille peut être fier du fils, Funkadelic et Parliament vont connaître une incroyable carrière et deviendront les chefs de file de ce nouveau genre musical.

L’histoire continue, et Sly & The Family Stone devient légende non-seulement pour la communauté afro-américaine, mais aussi pour le public blanc : le groupe passe sur les émissions populaires telles que Soul Train, Midnight Special ou le célèbre Mike Douglas Show, mais il atteint également des sommets commerciaux avec l’entrée en 1970 de leur premier best-of à la seconde place du classement Billboard 200, véritable baromètre du succès musical aux Etats-Unis.

Le sommet de la carrière de Sly et ses compères arrive avec leur cinquième album There’s a Riot Goin’ On, clin d’œil à Marvin Gaye qui sortait quelques mois avant l’anthologique What’s Goin’ On. Outre le tube Family Affair, l’opus reflète la difficile transition entre une décennie joyeuse et insouciante, où la jeunesse entrevoyait un avenir composé de musique, de paix et de drogues hallucinogènes, et les 70’s qui se profilent, entre morts de célébrités et désillusions sur le monde. Plus sombre que les précédents albums, Sly et sa bande réalisent néanmoins l’exercice, en radicalisant davantage leur musique, qui laisse dorénavant une plus grande place au versant funk. L’album marche tellement bien qu’il devient certifié disque de platine (1 million d’exemplaires vendus, rien que ça).

En outre, les coupes afro et les costumes paillettes si distinctifs des 70s laissent entrevoir un nouvel aspect de leur œuvre : la culture afro-américaine. En effet, on assiste à une transformation non-seulement dans leur musique, mais aussi dans le message qu’ils portent : les sujets des chansons deviennent plus politisés, les textes traitent davantage des problèmes sociaux de l’époque –le racisme ambiant, le combat pour la reconnaissance de la culture afro-américaine… Pas de doute, Sly & The Family Stone devient acteur de sa société, militant de son temps. De par sa mixité de couleur et de la diversité de ses influences, le groupe parle à tout le monde : non-seulement ses fans, mais aussi aux auditeurs des radios musicales noires et blanches, qui diffusent sans distinction les hits qui s’enchainent année après année. Un parfait exemple de cette politisation assumée peut se retrouver dans Thank You Fallettinme Be Mice Self Again, single de pur funk groovy paru en 1969 puis repris de manière plus lente dans Riot sur la dernière piste de l’album sous le nom Thank You For Talkin’ To Me, Africa.

Malheureusement, la belle histoire s’assombrit peu à peu, puisque rivalités internes et problèmes de drogue divisent progressivement le groupe. La composition de l’orchestre évolue avec le départ du batteur original Gregg Errico, auquel se succèdent des remplaçants temporaires, mais surtout celui de Larry Graham en 1972, qui avait grandement participé à la définition du son made in Stone Family. Malgré les bouleversements, le groupe enregistre deux albums qui succèdent à Riot : Fresh et Small Talk. Mais les dernières productions s’avèrent être moins complètes que les précédents albums, bien qu’on y retrouve de véritables pépites, notamment la fameuse reprise d’une chanson populaire écrite par Jay Livingston et Ray Evans pour l’actrice et chanteuse Doris Day dans le film L’homme qui en savait trop (The man who knew to much) d’Alfred Hitchcock. : Qué Serà, Serà (Whatever Will Be, Will Be).

Finalement, le groupe se dissout en 1975, après « High On You », un dernier projet de Sly Stone paru en solo sur lequel les membres de la Family participent activement. Bien que le leader continue sa carrière en produisant des albums avec l’utilisation du nom du groupe, ce dernier ne se reformera jamais pour jouer ensemble sur de nouvelles compositions, jusqu’en 1997, où Graham, Robinson, Martini et Rose Stone se réunissent sur scène. Durant les années 2000, les membres restant du groupe se reforment occasionnellement à l’occasion de tournées, notamment en présence du disciple Prince, fervent admirateur de la Family Stone.

La révolution dans la continuité, c’est donc ainsi que l’on peut définir le son de ce groupe mythique. D’ailleurs, leur influence est telle que leur musique a maintes fois été samplée : Dr. Dre, A Tribe Called Quest, Mobb Deep, Beastie Boys, Beck… l’héritage de Sly & The Family Stone est immense. Pour ultime preuve, voici pour conclure Encore un Terlude de Dimitri From Paris, qui sample Africa Talks To You ‘’The Asphalt Jungle’’.

Edouard

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