Il est de ces « cédéroms » qui tournent sans cesse dans le lecteur cassette de votre 806 estampillée fin des Nineties sur l’autoroute des vacances et qui marquent le départ de votre vie musicale.

Certains chanceux avaient droit aux compilations disco/trance de DJ Papa, tout le monde avait un Michael Jackson, plus pointus étaient ceux bercés par Kraftwerk, ma 806 en question crachait le Best Of des Beatles et un autre de Simon & Garfunkel. Ma préférence allait nettement pour les premiers et se traduisait alors par un chant en yaourt qui aurait largement eu sa place aux NRJ Music Awards (faut avoir de l’ambition).

Mais la mémoire a ceci de fabuleux qu’elle ne vous prévient pas et, subitement, elle vous transmet un air, un sentiment ou une sensation – quelque fût celle-ci – de déjà vu.  Au détour de nombreux films, publicités, passages radios, on finit par se souvenir un jour de ce disque blanc usé et rayé, et naît le désir d’écouter le reste ! Toutes celles qu’on ne connaît pas !

Et à mon humble avis, Parsley, Sage, Rosemary And Thyme – troisième opus du duo – est une pépite acoustique à (re)découvrir chers amis. D’ailleurs affirmons tout de suite que les deux seules faiblesses de l’album sont dues justement à la fée électricité, mais, rassurez-vous, elles conservent le charme inégalé des compositions de Paul Simon.

A ceux qui ne connaissent pas ou peu le duo américain, on pourrait grossièrement répartir les tâches de la façon suivante : le besogneux génie de la mélodie Paul Simon écrit, compose, retouche et chante alors que Art Garfunkel apporte divinement la grâce de sa fabuleuse voix. Au diable ces schémas, puisqu’une bonne étoile a décidé de réunir ces deux formidables talents musicaux – dont les cordes vocales forment une symbiose unique – sous la même bannière.

Il vous suffira d’écouter le premier titre de l’album « Scarborough Fair/Canticle » pour s’en convaincre : une chanson traditionnelle du Moyen-Âge arrangée par le duo où Garfunkel chante en canon un autre cantique. Le mélange est audacieux, merveilleux et symbolise parfaitement la poésie lyrique et musicale, aussi simple qu’accessible, de nos deux artistes.

Des mélodies plus pop émaillent l’oeuvre de Simon & Garfunkel et vous reconnaîtrez sûrement certaines d’entre elles comme « Homeward Bound » et « The 59th Street Bridge Song (Feelin’ Groovy) » – du fameux Best Of. Empreintes de légèreté et de chants en choeur de leurs interprètes, elles illustrent l’indéniable génie du songwriter Paul Simon.

La voix haut perchée, au ton grave et triste de Garfunkel sait enfin s’accommoder des mélancoliques et tendres partitions de son accolyte, et sublimer ainsi son penchant naturel au chagrin. On pensera à « For Emily, Whenever I May Find Her » et à la magistrale descente aux enfers « The Dangling Conversation » – où des amants ne savant plus communiquer se languissent dans une esthétique rare.

Jetez un coup d’oeil aux rimes de « A Poem On the Underground Wall » où même sans en comprendre le sens sa simple musicalité et son rythme vous séduiront à la première écoute. La dernière piste « 7 O’Clock New/Silent Night » mêle la narration d’informations télévisés troublantes et attristantes à la beauté d’un chant de Noël, et conclut un album sur une atmosphère confuse mais terriblement actuelle.

Ces 30 minutes de calme, de joie et de mélancolie mériteraient d’être imposées quotidiennement et, qui sait, adouciraient nos moeurs en y ajoutant sagesse et repos.

Matthieu

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