High Five Magazine s’est rendu à la troisième édition du festival Terraforma, qui s’est tenu près de Milan, l’avant-dernier week-end de juin. Véritable OVNI dans la multitude de festivals proposés en Europe, de par sa taille et sa programmation ultra-pointue, Terraforma surpasse toutes les attentes.

C’est dans un cadre quasi surnaturel que le festival Terraforma pose ses valises pour la troisième année consécutive : La Villa Arconati. Demeure au style baroque datant du XVIIe-XVIIIe siècle et situé à une quinzaine de kilomètres de Milan, elle accueille sur tout le domaine les festivaliers du vendredi au dimanche soir. Avantage non négligeable pour les organisateurs, le festival est délimité naturellement par les murailles et portails qui entourent le château, offrant la possibilité de créer un espace à la fois confiné et libre le temps d’un week-end. Les jardins à perte de vue, accueillent des arbres taillés en boule et en colimaçon, longeant l’allée principale du château. Au premier abord, difficile de croire que les prochaines 48 heures se dérouleront dans ce décor tout droit sorti de la Rome antique.

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© Michela Di Savino

Trois scènes, une seule performance à la fois

Pour placer la musique au centre du festival et éviter que les participants n’aient à faire de choix, une seule scène est ouverte sur les trois, à tour de rôle. Impossible donc de rater une performance, Terraforma marquant une coupure assez longue pour passer d’une scène à l’autre sans se presser. Comme l’année précédente, le main stage arbore une structure triangulaire qui répond parfaitement aux installations lumineuses de la même forme géométrique qui parsèment l’allée d’écorces en face. Le Labyrinthe, nouveauté de l’édition 2017, est en réalité une scène entourée d’un cercle de plantations et de six murs d’enceintes disposés à chaque extrémité.
La troisième et dernière scène, accueille un système son conçu pour l’occasion et où les sonorités dub résonneront tout le week-end.
Ici, on vient écouter la musique comme un spectacle aussi bien contemplatif que sonore. Les oreilles avisées des personnes présentes sont préparées à entendre toute sorte de bruits, de notes, de sons.
Cette ambiance venue d’ailleurs n’est jamais redescendue jusqu’à la fin du festival, où les nationalités, Italiens bien sûr, mais aussi beaucoup de Français, des Anglais, des Allemands ou encore des Hollandais, se mélangeaient naturellement.
Par la complexité des morceaux et des lives proposés, l’auditeur se confronte à une programmation que les organisateurs semblent solidifier et entretenir chaque année.
À l’image du trio KAFR, composé de Rully Shabara, Wukir Suryadi et du Libanais Rabih Beaini aka Morphosis, qui pendant plus d’une heure, a tenté de faire coexister percussions instrumentales, boîtes à rythme et chants ethniques indonésiens. Un public parfois interloqué mais jamais réfractaire, toujours friand de nouveauté. Cette nouveauté qui a caractérisé chaque instant de ce festival.

© Michela Di Savino

© Michela Di Savino

Assis par terre, debout en dansant

Symbole de cette place si particulière laissée à la musique, les moments où l’auditoire s’assis en cercle autour de la scène. Certains s’aventureront à quelques pas de danse, emportés par l’instant présent, mais qu’importe, tout le monde est attentif, prêt à se laisser aller.
A l’image du live du Suzanne Ciani, dans le Labyrinthe, debout sur une estrade et dos au public, en tailleur au sol, comme si il allait écouter une histoire de sa grand-mère. Car du haut de ses 70 ans, cette pionnière de la musique électronique n’a plus grand chose à prouver. A l’aide d’un synthétiseur modulaire, elle captive l’attention du public avec de sons virant de l’aiguë au grave de façon discontinue. Laissant échapper quelques sourires avant une coupure de courant fatidique, l’Italienne en aura fasciné plus d’un.
Le matin même, Donato Dozzy magnifiait une sélection ambient sur les trois platines vinyles à sa disposition, et accompagnait le réveil des festivaliers pendant plus de trois heures.
La veille, les programmateurs du festival avait eu bon goût de mettre sur la même scène : Arpanet -moitié de Drexciya, Aurora Halal et Objekt. Ce dernier, jamais avide de surprises, a éclaboussé la scène de son talent et de sa technique. Morceau après morceau, transition impossible après transition impossible, l’Anglais désormais installé à Berlin, a navigué à travers les genres sans aucune concession.

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Donato Dozzy en closing surprise © Michela Di Savino

Le lieu, acteur du festival

Les participants étaient libres de errer sur le site totalement acquis à la cause du festival. Si à tout moment les acouphènes devenaient trop présents, les endroits pour se reposer ne manquaient pas. Si la chaleur en a découragé plus d’un, une rivière artificielle avec un courant d’eau, a fait le bonheur des plus intrépides. Des conférences étaient organisées à l’entrée du festival par Red Bull Academy Radio.
Mais c’est souvent la nature qui prenait le dessus, le bruit des cigales se mariaient parfaitement aux sonorités qui sortaient tout droit des enceintes, jusqu’à penser à certains moments qu’elles faisaient partis du morceau. Dans un souci d’éco-responsabilité, des cendriers de poches étaient distribués au début du festival. Les organisateurs se sont malgré tout laissés dépasser à certains moments par l’affluence, grandissante pour cette troisième édition. Et pourtant, la magie du lieu prenait toujours le dessus sur toute forme de contestation.
Et c’est sur un closing tenu secret, qui aura alimenté les rumeurs durant les deux jours, que Donato Dozzy fit une nouvelle apparition pour un set prolongé sur le système son dub. Des disques sélectionnés avec attention, qui n’ont pas manqué de donner un dernier frisson à ceux qui étaient restés.

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