On continue les festivités à Détroit avec un weekend rempli de musique. D’abord avec le Tec Troit Festival, trois jours de techno en plein air au cœur de la ville, ensuite avec une excellente soirée au musée d’art contemporain de la ville (à venir dans notre prochain report).

Detroit est décidément une ville de musique, qui l’exprime aussi souvent qu’elle le peut dès l’arrivée des beaux jours et à travers de multiples évènements. On vous parlait fin mai du Movement (ici), le festival tentaculaire et ses nombreux off qui donnaient à la ville des allures berlinoises, place ce weekend au Tec Troit Festival. Lancé en 2010, ce festival gratuit sur trois jours, réunit chaque année un line up 100% made in Detroit, à Harmonie Park au cœur du Downtown de la ville. Le lieu est un petit square, bordé d’immeubles années 20 à l’architecture ravissante, comme c’est souvent le cas avec les buildings du Downtown de Detroit. Le sol du square est parsemé de pastilles, hommage aux plus grandes voix de la musique noire américaine, de Billie Holiday à Cab Calloway, ainsi qu’à l’un des plus anciens quartiers noirs américains des Etats-Unis, Paradise Vallley. Celui ci abritait la plupart des nombreux bars et clubs d’une population noire américaine toujours grandissante dès les années 1910, notamment dans Hastings Street, une des artères culturelles de la communauté. Paradise Valley fut quasiment entièrement rasé de manière assez commode par le gouvernement de Détroit lors de la construction de la Chrysler Freeway à partir de la fin des années 1950. Progressivement, les habitants de Détroit assistèrent à la disparition d’un des quartiers noirs américains les plus célèbres et les plus vieux de la ville et du pays.

harmonie-park1Harmonie Park

Le Tec Troit a donc lieu dans cet endroit rempli d’histoire, et la Main Stage se trouve dehors, au centre d’Harmonie Park. Deux autres scènes sont installées dans un grand bar qui borde la place, une au rez-de-chaussée, une au sous-sol et les gens vont et viennent parmi ses différents line up. Dès le début on est frappé par l’ambiance assez magique qui règne ici…des jeunes, des vieux, des enfants, des noirs, des blancs, des gens venus pour le son, d’autres passant par hasard bref, un public très mélangé qui communie avec la musique dans la bonne humeur. A la nuit tombée, les gangs de vélos customisés (lumières et soundsystem intégrés) rivalisent avec les vieilles Cadillac customisées elles aussi, capables de tourner sur une roue presque en lévitation pour une ambiance des plus irréelles mais toujours bon enfant et chaleureuse.

11057794_1084828664875412_5198031380108154786_nStacey Hotwaxx Hale – Crédit photo Burst Radio

Côté line up, il est composé majoritairement d’artistes locaux qu’on découvre ou redécouvre à l’image de Craig Huckaby (le frère de Mike), DJ Skurge ou John Collins d’Underground Resistance. Notre plus belle découverte, écoutée trois fois pendant le weekend, est celle de Stacey Hotwaxx Hale, surnommée de Godmother of House music. cette DJ de Détroit nous délivre une musique purement house, parfois old school parfois plus soulful, en somme une excellente découverte et l’envie d’aller écouter d’autres de ses sets. On a aussi bien aimé Monty Luke et son passage samedi après-midi pour un set tout en deep house et en douceur à l’ombre des arbres d’Harmonie Park.

God Djs 11222067_10153477440937958_3407336007933580265_nMonty Luke – Crédit photo God DJs

C’est à Eddie Fowlkes que revient l’honneur de clôturer le festival, défi qu’il relève évidemment avec l’excellence qui est la sienne. On attendait de voir le bonhomme depuis quelques années maintenant, lui qui fit partie des créateurs de la techno aux côtés de son grand ami Juan Atkins mais qui, pour des raisons encore difficiles à expliquer aujourd’hui, s’est vu éclipser par la popularité des Belleville Three. Et bien ces années d’attente ne furent pas vaines, quel plaisir de le voir entamer son set avec Marshall Jefferson, et simplement de le voir mixer au cœur de sa ville natale en enchainant les morceaux d’une qualité irréprochable, le tout avec une virtuosité dans les transitions qui donne une grande homogénéité à son set. Le Monsieur est joueur, passe des morceaux où une voix scande des paroles plus que gênantes pour les enfants, prend le micro pour plaisanter avec la foule, prononce le F word avant de penser à sa femme juste derrière qui va probablement « l’engueuler ». Mais il est avant tout un amoureux (et inventeur) de la techno soul, cette techno si mélodieuse et remplie de soul qui ressemble à de la house. Il passe aussi de nombreux morceaux remplis de samples nous rappelant de « party like the good old days », « if you think therefore you are, this is the moment of your life and that house technically belongs to you» (dixit Roland Clark dans l’excellent « Helpless »).

11403436_1084829001542045_3580373200150733900_nEddie Flashin Fowlkes – Crédit photo Burst Radio

Vous l’aurez compris, c’est l’ambiance qui nous a d’abord frappé, une atmosphère si chaleureuse et une foule aussi mélangée réunie pour l’amour de la musique et de la danse, le tout au coeur d’un cadre plus que dépaysant. Ce festival fut un vrai plaisir, un moment agréable où l’on passe, reste et revient et où les gens n’ont qu’une chose en tête, de passer un bon moment en célébrant la techno dans sa ville naissance, bref une très bonne expérience.

10848019_1633093323571325_656377304597296036_nHarmonie Park, vendredi – Crédit photo Frederic Trottier

La page Facebook du Tec Troit Festival ici.

Alia.

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