La Roumanie vous connaissez ? Pour ma part très peu je dois l’avouer. Seulement deux aspects significatifs et pour le peu hétéroclite viennent instinctivement à mon esprit. En premier l’image que l’on a des « Roms » en France, et de l’autre la musique roumaine. Je vais içi m’attarder uniquement sur le deuxième aspect : la musique roumaine et son emblème : le Sunwave. Par musique roumaine, certains penseront immédiatement à un festival interbalkanique d’accordéon. Pour ma part cela veut dire une tripotée d’artistes aux noms singuliers : Raresh, Petre Insperescu, Rhadoo, Gescu, Vlad Caia, Cristi Cons, Barac et j’en passe, à la musique aussi perchée que leurs noms. Vous en doutez ? Écoutez donc ce morceau tout à fait originale. Le style est assez spécial et je comprends parfaitement que certains n’apprécient pas. Cependant ayant fait la découverte de ces artistes par le biais d’un ami il y a quelques années, j’ai de plus en plus apprécié leurs morceaux aux sonorités variées, souvent affiliées au minimalisme inqualifiable de Ricardo Villalobos, maître à penser de cette nouvelle génération roumaine et acteur des premiers jours de ce festival unique. Les plus connus de ce mouvement tels que les trois membres du trio A:pria:r (RPR) ont une visibilité internationale assez élevée, et on peut facilement les voir dans les grandes capitales. A l’inverse les membres les plus obscurs de ce sous-courant musical font peu de publicité et se déplacent peu. Il est donc assez difficile de les voir jouer.

A part leur nationalité et le type de sonorités qu’ils chérissent ces artistes n’ont donc pas tant que cela en commun mis à part un élément : le Sunwaves. En effet ce petit festival est le fil conducteur qui unit et réunit ce talentueux mélange d’artistes. A tel point que malgré la distance et les galères une envie prenante nous pousse vers ce lieu pour le moins inhabituel.

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Le festival semble ainsi extraordinaire pour deux raisons :

– Premièrement, le line up est l’un des plus pointus que je connaisse en matière de musique électronique. La direction stylistique est assumée à travers la mise en avant des plus beaux ambassadeurs de la musique roumaine et leurs homologues internationaux. Les organisateurs ne cherchent pas à faire consensus, en invitant par exemple des grosses têtes d’affiches de tous les genres afin d’attirer une population le plus large possible. L’objectif est de cibler un public spécifique et de mettre en avant une sous culture musicale locale très spécifique (mis à part les quelques invités internationaux).

– Deuxièmement, la communication autour de l’évènement est extrêmement réduite. Une fois que la date et la location du festival sont dévoilées, environ 6 mois à l’avance, quasiment aucune information ne sort. C’est seulement quelques semaines avant le début du festival que le line-up est révélé. Cette absence de communication autour de l’événement m’a conduit à me demander si je ne m’étais pas trompé sur la date, ou sur l’existence même du festival. Enfin, la grande distance nous séparant du festival rajoute à son mystère : le Sunwaves reste éloigné de notre scène musicale classique, et mis à part quelques rares exceptions, je n’avais quasiment jamais rencontré quelqu’un s’y étant rendu.

Ainsi le Sunwaves associe attrait et intrigue, la combinaison parfaite pour faire saliver nos oreilles.

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Pour comprendre ce festival il ne faut pas simplement parler du festival au terme restreint, mais aussi du trajet, du pays des personnes etc… Et le mot qui me revient le plus pour essayer de matérialiser tous les aspects autour du  festival est celui de bancalité (bien que ce mot ne soit pas affilié au petit Larousse, chacun comprendra ce que je veux dire). Pour ma part il n’implique pas une critique d’un festival très bien maitrisé mais un sentiment général de désorganisation et de bordel propre à ce pays, aux personnes et surtout à notre groupe.
La bancalité commence dès Paris. Pour accéder à la Roumanie avec un budget restreint, il faut partir de l’aéroport de Beauvais où le coût d’impression du ticket d’embarquement (pour ceux qui ne l’ont pas fait avant) équivaut à 15% du billet d’avion. Après ce petit extra sympathique sur notre budget on décolle sur la compagnie Wizz qui fait passer Easyjet pour du haut de gamme. Après 3 heures de vols on arrive à Bucarest et l’on on découvre que le festival n’est pas en banlieue de Bucarest mais sur la mer Noire à trois heures au sud. Après avoir trouvé notre taxi, on commence à se détendre jusqu’à ce que le chauffeur nous explique de manière assez bancale qu’en fait on va devoir payer le double de ce que l’on pensait. Puis en arrivant à l’hôtel on découvre que le système de classification des hôtels par étoiles ne doit pas fonctionner comme en France, et que l’on va payer par nuit à peu de choses près le budget sommeil que l’on avait prévu pour l’ensemble du séjour.
Ah, il reste encore quelques mésaventures, rassurez-vous, telle que l’absence quasi-totale d’endroit où manger quelque chose de bon ou encore la difficulté à se procurer du cash, dans une station balnéaire à l’architecture infâme, rappelant l’époque de Ceausescu. Mais très honnêtement, ces galères multiples n’entament pas notre appétit et après une longue journée de trajet de Paris à Constanta, nous entrons dans le vif du sujet. Et là, toutes les galères disparaissent comme par enchantement au fur et à mesure que l’on se rapproche du martèlement qui émane de ces grandes tantes posées sur la plage.


Un aperçu de Villalobos. © Obi 1311

Il faut le reconnaître : En terme d’organisation le festival fut vraiment bien géré. Deux grosse tentes nous accueillent pour les événements principaux, deux plus petites ouvertes sur l’extérieur sont spécialement conçues pour les afters et les derniers jours du festival. A l’entrée chaque personne reçoit un bracelet lui permettant d’entrer et sortir à volonté (ce qui est assez agréable lorsque l’on a envie de sortir 5mn se poser dans le sable pour faire une pause face à la mer). De plus, les prix sont vraiment dérisoires (comparés à Paris). Pour vous donner une idée l’ensemble du festival (du jeudi au lundi) coûte 27euros, ceci pour un accès 24H sur 24H. Le festival est relativement petit, comparé à d’autres. Cela peut s’avérer petre une force. Ainsi, au pic de la soirée on danse facilement. Mais surtout le système son s’avère surpuissant. A chaque coin de la scène 8 enceintes de la célèbre marque Funktion One sont installées, offrant ainsi un son excellent et extrêmement puissant. C’était pour ma part la première fois que j’essayai le fameux système son et j’en fus très honnêtement surpris. C’est assez inégalable. Je suis depuis retourné au Weather festival à Paris et j’ai trouvé en comparaison le système vraiment faible, aussi bien en termes de puissance que de qualité. A noter cependant qu’après quelques jours de festival je me mettais des bouchons dans les oreilles de manière à apaiser un peu les acouphènes.
Mais venons-en au fait : la musique ! Comme je l’avais mentionné précédemment le line-up était plus qu’alléchant. J’avais décidé de me concentrer sur les artistes locaux, c’est-à-dire les stars du label a:rpia:r : RPR soundsystem plus quelques autres artistes comme Barac et Cristi Cons. Quelques grandes stars internationale étaient aussi présente tels que l’inévitable Ricardo, Marco Carola (dont on ne m’avait pas dit que du bien), Tale of Us, et pour la première fois en Roumanie Seth Troxler. Je m’étais dit que cela ne servait à rien d’aller voir Seth et Marco Carola car on pouvait très bien les voir en France. Autant profiter des autres artistes. Cependant comme dans tout festival on finit souvent par faire l’inverse de ce que l’on avait prévu. La plus belle soirée pour ma part fut le set de Troxler le samedi matin de 4h à 10h30. Pour sa première fois dans le pays il avait ameuté une foule archi enthousiaste, ce qui décuplait l’atmosphère si particulière de l’endroit.  Ses dernières heures au petit matin avec le soleil qui éclairait en grand la salle étaient, je dois l’avouer,  assez particulières. Il joua ainsi un mélange de house et de disco avec des sons où les vocaux occupaient une place majeure, offrant une rupture très nette avec la techno/minimale plus sombre et moins enjouée des autres artistes. Son set en était d’autant plus spécial. Ajoutons à cela son attitude unique, faite de petits déhanchés espiègles et d’une bonne humeur contagieuse dans ces circonstances. Après une bonne heure de rappel, il enchaine l’incontournable « Everywhere you go » de Villalobos suivit du dernier Hercules and the Love Affaire, combo assez incroyable, puis laissa tomber les platines à notre grand regret à tous.


© Ob1313

Autre surprise : Marco Carola. Voilà un artiste qui ne m’a jamais pourtant beaucoup attiré, un peu banal et cheap à mon gout. Quelle surprise de le voir au festival. Par un hasard de circonstances,  je me suis retrouvé devant son set le samedi soir (dimanche matin) de minuit à 4h. Une très belle surprise ! Son set très techno fut contre toute attente peu répétitif et très dansant. La techno semble parfois être une musique trop facile, tombant dans une répétition et une lourdeur parfois conséquente, il est donc toujours plaisant de voir un homme bien manier le rythme, tout en faisant progresser ses mélodies.
Après Marco Carola nous enchainons sur le set tant attendu de Ricardo Villalobos. Tant attendu car voir Ricardo dans une salle bien insonorisée et peu blindée est un plaisir rare (Souvenez-vous de ces derniers passages parisiens). Pour ma part, j’attendais aussi ce moment, me souvenant avec joie de son set joué au Sunwaves en 2013, ponctué de morceaux aux accents latinos (Les premières minutes de ce set étant fabuleuse :  un solo de piano puis de guitare andalouse s’arrêtant pour laisser place à un rythme donné par de petites maracasses et autres carillons). À mon grand regret, Ricardo choisit une optique plus techno. Objectivement le set était génial mais je m’attendais à quelque chose de plus unique, bien qu’il nous ait lâché plusieurs perles au cours de son marathon (de 4h à 13h environ). Ce qui impressionne le plus avec cet artiste est sa capacité à être complètement explosé et à pourtant avoir besoin de moins de 3 secondes au casque pour caller le rythme de son deuxième vinyl sur celui du premier. Qui plus est, on apprécie toujours ses expressions corporelles si uniques. Nous avons même eu la chance de le voir s’emmêler accidentellement dans son câble de casque ce qui je dois dire à encore plus augmenté mon admiration pour l’énergumène.
Les autres artistes étaient eux aussi été là la hauteur.  Les mecs de RPR ont rendu une copie excellente, restant fidèle à leur style. Tale of US furent eux aussi très bons, dans un style proche de celui de leur Boiler Room aux Nuis Sonores 2013 (l’une des meilleure à mon avis).  Pour ma part l’un des artistes que j’ai le plus retenu fut le roumain Barac, que l’on a vu à plusieurs reprises et qui au final bien que totalement inconnus jusque-là (pour moi du moins) à toujours fais des set très propre; chose pas forcément aisée lorsque le public en est à son 4eme jour de festival.

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L’un des aspects les plus sympathiques de ce festival fut je dois dire la spontanéité des artistes. Lorsque un artiste se sent en forme et se surpasse, son successeur n’hésite pas à se désister, lui permettant ainsi de continuer sa performance. On pu ainsi assister aux marathons de Troxler et Villalobos. La liberté ne s’arrête pas là. Faisant peu fi des règles officicielles, le festival a pu continuer après sa date limite (le Dimanche), les artistes improvisant des b2b. Le lundi après midi, au moment de notre départ, nous entendions encore au loin le crachement des enceintes, sans discontinuer.
L’autre atout majeur de l’endroit est qu’il bénéficie de l’opacité des lois Roumaines. Les organisateurs ont donc une marge de manœuvre très large. Le volume sonore n’est absolument pas restreint. D’à peu près toutes les chambres d’hôtels que j’ai visité au cours de ces quelques jours on pouvait distinctement entendre les basses. Qui plus es l’absence quasi-totale de contrôle aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur crée une atmosphère très détendue de décadence entrainant parfois quelques dérivent. Mais malgré les quelques siestes spontanées de certains sur la plage ou les petites séances de nudisme psychédélique sur une voiture dont nous avons été témoins l’atmosphère globale reste tout de même moins malsaine que dans les soirées ultra contrôlées des warehouse de Londres ou de Paris.

J’aimerais terminer par une petite reflexion sur la scene musicale parisienne : Premièrement force est de constater qu’elle s’améliore énormément. A mes souvenirs quand j’ai commencé à rechercher des soirées plus pointues musicalement il y a environ quatre ans la sélection hebdomadaire était vite vue car il n’y avait en général que deux ou trois soirées alléchantes par Week end, dont une inévitablement au Rex. Tandis que maintenant quasiment tous les jours on peut se débrouiller pour trouver un événement avec un bon potentiel sonore et ce dans des endroits nouveau à chaque fois. Finis donc l’aspect un peu répétitif de nos sorties d’antans. Cependant cette offre croissante est stimulée par une demande croissante. Et c’est cela mon deuxième constat : Bien que les soirées soient toujours plus nombreuses, le nombre de participants à chaque événement a lui aussi explosé.
En contraste le Sunwave possède à mon avis plusieurs atouts qui répondent grandement aux lacunes des soirées parisiennes : Prix abordable, population variée, espace large et bien insonorisé et surtout ligne musicale claire et cohérente. Pour tous ceux en quête de renouveau musical et festif c’est donc une expérience qui vaut clairement le coup d’être vécue et permet aux plus motivés de remettre un peu de nouveauté dans leur calendrier.

SMF

(article de lecteur)