Le Jeudi 12 Novembre, St Germain affichait son retour à Paris après onze années de silence et la récente sortie de son troisième album. La veille d’une tuerie effroyable qu’on aurait aimé éviter. Ou comment prendre davantage conscience de la bêtise humaine.

Après notre discussion début Octobre avec Ludovic Navarre, sur la terrasse d’une brasserie de Montmartre, on s’était donné rendez-vous fictif à son concert programmé au Bataclan le 12 Novembre, lui signalant avec joie et excitation notre présence. Comment vous dire que l’attente était à son comble ? On ne le répètera jamais assez : St Germain est à lui seul un creuset d’influences musicales diverses et variées, rassemblant plusieurs générations de mélomanes, qu’ils soient amateurs de jazz, de blues, de house ou que sais-je encore.

L’album « St Germain » est sorti le 9 Octobre 2015, on avait apprécié la patte africaine emplissant de n’goni et de kora les basses suaves du compositeur francilien. On avait donc hâte d’observer et écouter tout ça en live, avec les musiciens promis dans l’interview – et surtout de déguster avec gourmandise la revisite de quelques classiques à laquelle on s’attendait.

La scénographie affiche deux profils du masque de Ludovic Navarre qui constituent la couverture de l’album, entourant un sobre et efficace « St Germain ». Le timide et humble chef d’orchestre qu’il est se tient derrière ses machines, en retrait, semblant simplement éclairé par le reflet de ses écrans. A son goût, il n’est effectivement pas la star : ce sont les musiciens devant lui qui transpirent d’une osmose et d’une énergie incroyables. Guitare électrique, basse, batterie, saxophone, n’goni, kora et piano se mélangent, s’additionnent et jouent les morceaux du dernier album. Les sept musiciens originaires du Brésil, du Sénégal, du Mali, de Guadeloupe ou encore de Martinique produisent ses compositions avec un brio inégalable.

On reconnaît « Real Blues« , « Hanky-Panky » ou encore « Forget Me Not » : Ludovic Navarre aligne les samples de voix, module les instruments et orchestre le récital. La beauté du concert réside également dans l’espèce de jam permanent qui semble animer le groupe : le guitariste s’avance pour un solo, puis le batteur réalise le sien aux percussions, avant de voir le pianiste prendre le relais. Tout tourne autour de la virtuose dream team, qui prend un plaisir fou à jouer ensemble « Rose Rouge« , « Sure Thing » ou évidemment « So Flute« . Du plaisir, c’est ce qu’on peut retenir de ces deux heures et quelques de sonorités rafraîchissantes face à un public mêlé de vieux, de jeunes et d’enfants.

Même l’un de nos amis, joueur et amateur de jazz, est bluffé et enchanté par la qualité du travail rendu par les « zicos » et St Germain – alors qu’il imaginait mal un concert d’un type apprécié, mais qu’il pensait producteur de house avant tout. Le Bataclan réunissait donc de beaux artistes, des mélomanes de tous horizons et célébrait un musicien attendu depuis fort longtemps pour certains. Comment ne pas se souvenir des magnifiques rappels et acclamations de ces huit amis par un public enchanté ? Le Bataclan riait, et l’Histoire nous dit qu’on avait bien de la veine.

Le Bataclan, culture parisienne

Car oui, comment imaginer un seul instant que, pendant ce show absolument relax, une espèce décérébrée puisse venir arroser un public pacifique de ses balles mortelles ? Pourtant, c’est ce qui arrivait le lendemain, au même endroit, dans ces mêmes lieux qu’on venait d’arpenter. Là même où on avait pu acheter les vinyles du dernier album de St Germain, des fous furieux vidaient lâchement leurs chargeurs vingt-quatre petites heures plus tard. Peut-être même sur certains visages croisés la veille, le personnel, les amis d’amis.

On peut dès lors se dire que leur sauvagerie est inhumaine et sans limites. Surtout se dire, sur un espace comme High Five Magazine, que c’est aussi grâce à des lieux comme le Bataclan qu’on aime la musique, qu’on peut la ressentir, qu’on peut la fêter, qu’on aime la disséquer. Que finalement, comme on le lit et le dit partout, on ne peut que se relever et retourner au Bataclan dès que possible, par respect et hommage. C’est cet endroit où on a tenté une drague maladroite à une soirée étudiante qui beuglait de la musique électronique crados, cet endroit où on a écouté la veille St Germain et sa musique métissée, cet endroit où certains ont péri pour écouter un gentil groupe de rock californien au nom ironiquement agressif, cet endroit qui anima et animera une vie populaire et festive de Paris depuis 1865 jusqu’à nos jours.

On ne peut que se sentir touché par ce fameux sentiment qu’on a longtemps ignoré, où on se disait « c’est là-bas, ici on est tranquille« . Maintenant, cela arrive au Bataclan, fauchant des amateurs de musique. Tout ça est atrocement lié, et on ne peut que relativiser les petites choses, quand tant de malheur arrive dans un laps de temps si court. Jamais on ne pouvait penser écrire de telles lignes, en s’étant mis d’accord pour publier Lundi le report de St Germain au Bataclan. On ne peut que s’associer modestement à la douleur de tous ceux qui ont perdu, à qui on pense sans cesse depuis, même sans les connaître. On ne peut que se dire qu’on y retournera au Bataclan, qu’on en parlera à nouveau, que d’autres cordes gratteront, que d’autres paumes claqueront, que d’autres pieds taperont et qu’on y emmènera nos enfants. Que vivent la musique et la fête éternellement.

Crédit Photo : http://manuwino.com/2015/11/13/st-germain-paris-le-bataclan-12-novembre-2015/ (Agence Manuwino)

 

Articles similaires