On aura sans doute jamais vu un anniversaire aussi long et au final aussi jouissif.

Depuis maintenant près de 10 mois, le Rex célèbre ses 25 longues années d’existence, on en parlait récemment Theo Parrish avait fait de notre samedi soir une soirée mémorable où tous les genres s’étaient rassemblés le temps d’un set haut en couleurs.
Et la fête continue jusqu’à fin décembre. Il faut dire qu’ils ont mis les bouchées doubles, la Techno, la House et j’en passe voient leurs pères fondateurs et leurs nouveaux prodiges venir nourrir ce public parisien friand de grandeur et d’excellence.

Quoi de mieux pour continuer que de se rappeler aux bons souvenirs et de faire revenir dans sa demeure celui que certains surnomment Papa ou Monsieur Chewing-Gum dans ses années fastes.
Trêve de plaisanterie, on m’avait loué les louanges d’un vieux de la vieille, celui qui débutait sa carrière en 1980 est aujourd’hui considéré comme un des pionniers de la Techno et de la musique électronique en général. Si son physique a considérablement changé, Sven Väth ne semble cependant pas avoir perdu la main au regard de l’ambiance assez phénoménale qui a régné tout au long de ces (quasi) 4 heures de folie furieuse dans les travées du Boulevard Poissonnière.
Alors oui c’était la première fois que j’avais la chance de voir le bonhomme en action, Arthur m’avait maintes fois répété que c’était l’une des meilleures performances auxquelles il avait pu assister.
D’autres me racontaient cette présence, cette capacité à faire monter graduellement l’intensité, cette puissance sonore qui se dégage de chaque morceau.

Je n’avais pas vu le Rex aussi déchainé depuis un bon bout de temps, la salle était pleine à ras bord mais pour autant les gens ne se bousculaient pas du moins pour la plupart, on avait la place, on se sentait libre et à la fois porté par une foule en délire.
Les groupies faisaient le boulot, l’homme était vu comme un Dieu vivant comme si il allait nous apporter la bonne parole. Et au final quel beau message. Sven Väth était bien là et s’apprêtait à se lancer dans un récital inoubliable.
L’ambiance était déjà à son apogée, Electric Rescue avait la lourde tâche de faire de le Warm-Up ainsi que de passer après l’événement de la soirée.
Portant haut les couleurs de la France, il montrait à tout le monde ce qu’il avait dans le ventre, sa première partie était plus axée sur une Tech-House rapide et énergique histoire de nous chauffer à blanc.
Les discussions se multipliaient et l’attente était d’autant plus importante au fur et à mesure que les minutes défilaient à l’écoute du blondinet français virevoltant.
On murmurait alors à mon oreille que le natif d’Obertshausen avait franchi la porte de la boîte déjà surchauffée et traversait la salle longiligne que l’on connait, il n’est évidemment pas passé inaperçu, une petite troupe s’agglutinait autour de lui tels des fans invétérés.
L’air tranquille, les lunettes bien positionnés, il s’avançait vers ses instruments de prédilections comme pour n’importe quelle action de la vie de tous les jours, c’est ça aussi d’avoir du métier.
Tout était en place, la chaleur humaine était bien présente, nos membres frétillaient à l’idée d’écouter l’allemand, la magie commençait à opérer et les vinyles tournaient avec légèreté.

Si par chance on avait l’occasion de réécouter son set on pourrait mettre en lumière ce talent indéniable qui consiste à faire monter les basses, à rendre une certaine violence qui prenait peu à peu de l’envergure.
Le public était de plus en plus survolté et lorsque le dernier Innervisions sorti tout de droit de l’imagination d’Agoria résonnait dans les enceintes du Rex les frissons commençaient tout juste à montrer le bout de leur nez.
Sven Väth avait un plan bien préparé dans sa tête, tout était minutieusement entrepris, une Techno langoureuse prenait place avec un certain fond de House qui faisait danser tout le monde du deck DJ jusqu’aux escaliers.
Et pendant un temps on crut entendre une partie de la Boiler Room de Tale Of Us, avec les morceaux Another Earth et Gotham lâchés à la suite, notre infime déception fut vite remballée et le gourou repartait dans un voyage qui dura assez longtemps pour que nous ne puissions pas nous en remettre.
Alternant avec brio, il balançait les kicks parfaitement de sorte à ce que le public réponde et en demande encore, les bras levés, les cris de joie et de bonheur s’accumulaient.
Quelle surprise d’entendre Hot Inside – Jimmy Edgar, un parfait mélange entre des vocals électrisantes et des percussions qui laissaient envisager une suite bien moins douce.
Car oui la suite s’annonçait destructrice. Tel un boucher, il s’avançait peu à peu vers une techno agressive et terriblement entraînante, de pépites en pépites tout se mettait en place.
Pas une seule erreur, pas un seul moment de répit, la salle ne désemplissait pas et lorsqu’à 5h il fut pour lui l’heure de rendre les armes et d’adresser quelques mots doux à des spectateurs tombés sous le charme, de longs applaudissements suivirent cette fin de set exceptionnelle.
Je me suis alors mis un instant à la place d’Electric Rescue qui devait sans doute trembler de peur derrière son mentor, comme avant un entretien d’embauche, ou même un examen.
Mais lui en avait décidé autrement et il ne nous laissa pas une seule seconde pour se reposer.
Et quelle belle surprise à nouveau, à l’opposé de son warm-up, il jouait une Techno pour ne pas dire « de boeuf » qui était à la fois surprenante mais aussi très bien accueillie par des Rexeurs devenus complètement fou. Le français se lançait lui aussi dans une partition parfaite, rigoureuse et sans défauts.
Il était l’heure de rentrer, en bas des escaliers certains hésitaient encore entre la sortie et le retour sur la piste, manteau en main les jambes suivant le rythme effréné des morceaux qui continuaient à raisonner dans nos oreilles…

Thibault

 

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