Report : Rex Club 25 years présente Legends : DJ Deep, Volcov et Theo Parrish (14/09/2013)

Les festivités reprenaient ainsi ce weekend. Après une longue absence estivale, le Rex nous accueillait à bras ouvert. Qu’il fut bon de retrouver un endroit aimé après un long moment d’absence. Les petites taquineries des videurs du Rex nous avaient manqués. Ce Samedi, la file à l’entrée était longue, longue, longue. On fut quelque peu surpris. Beaucoup de parisiens – ou non – étaient venus célébrer ensemble ce merveilleux anniversaire.
A l’affiche des réjouissances, plusieurs guignols et clowns se partageaient les lieux. La «  maitresse de maison » DJ Deep avait invité dans le cadre des soirées Legends l’admirable Theo Parrish. Rassurez-vous, Deep ne s’est pas pour autant travesti. En « première partie » du spectacle, on retrouvait l’italien Volcov, connu aussi sous son autre alias, Isoul8.

Samedi dernier, le Rex Club soufflait une fois de plus ses vingt-cinquièmes bougies. Les anniversaires se célèbrent longtemps au 5 boulevard Poissonnière. Longtemps ? L’année entière ! On se souvient ainsi de la mémorable fête donnée en Février dernier. Le magicien Kerri Chandler et sa joyeuse troupe nous officiaient alors, ils nous avaient envoutés la nuit durant. Un vieux de la vieille, Laurent Garnier, avait lui aussi partagé son gâteau en quatre dates épiques pour l’occasion. Plus récemment (la semaine dernière) le Rex Club avait accueilli un oiseau rare en la personne de Lil’ Louis.
L’excellent Volcov et un petit Carl Craig qui tourne.
L’italien a la maigre tache d’introduire Theo Parrish pendant deux heures. Lorsque l’on connaît la difficulté d’être un bon « opening DJ » (en référence à cet article là), on se dit qu’ouvrir avant le fantasque Theo Parrish ne doit pas être pas une mince affaire. Volcov s’en sort parfaitement. Dans une salle qui se remplit rapidement, sans être toutefois trop blindée, le producteur italien délivre deux heures durant un mix dynamique mêlant disco et funk. Commencer la soirée avec des sonorités plutôt eighties s’avère être parfait, on danse allègrement sur quelques flutes de pans et les xylophones aux tons clairs viennent nous chatoyer les tympans. Un petit air de Daniel Wang dans cet homme là. On se perd dans une forêt de rythmiques et rejoignions ces voix chaudes, typiques des vocals discos. C’est merveilleux ! Pendant deux heures, Volcov chauffe progressivement la salle. Lui même s’excite alors, les yeux fermés, il scande à tue-tête les refrains des différentes plaques qu’il joue.  Il éclare de joie, en arborant un sourire timide, comme honteux d’avoir montré une joie si pure. Volcov laisse une salle comblée à la vedette de la soirée, Theo Parrish.
Le natif de Washington D.C. délaisse son bob pour l’occasion. Pour mémoire, certains d’entre nous ont pu l’entendre jouer au festival Eastern Electrics cet été. Parrish avait alors conté une fable merveilleuse, un long voyage où les genres musicaux s’entrechoquaient à merveille. Parrish ne semblait avoir aucune limite dans ces sélections, ce fut aussi le cas Samedi soir.
Si le style de Parrish peut déplaire (ce n’est pas le cas ici), il faut pourtant avouer que le personnage est attachant. Il faut voir ce bonhomme s’ébranler soudainement, sauter avec hargne sur ses beats, se balancer de haut en bas, tanguer, se mouvoir avec force. C’est admirable. Le regarder vous donne immédiatement le sourire. Parrish, c’est un peu l’antithèse des DJ tapageurs et soporifiques allemands aux sourires figés. Il ôte son masque et revêt son  plus grand sourire.
Que dire alors du style musical ? Il est triste de penser la musique dans les seuls carcans de l’électronique car cette dernière est née de la multitude de courants avant elle qui l’ont vu éclore et murir avec les années. Et Théo Parrish nous a offert un set d’une rare intensité, qui tissait une toile entre les différents genres musicaux pour nous immerger complètement dans la culture noire américaine. Alors bien sur, on n’a de cesse de dire que seuls les DJ à la Lolo peuvent se permettre un retour dans le temps, un inventaire complet de ce qu’il y avait avant et nous ne sommes pas d’accord : Lolo le fait à merveille dans la culture qui est la sienne, ayons l’ouverture d’esprit d’accepter quand cela vient d’une culture différente. Du reggae au Rex Club ? Un pur plaisir ! Un solo de piano typiquement jazz, un morceau de techno puis un retour sur du funk ? Autant de raisons d’apprécier encore plus un artiste qui au lieu de nous placer dans l’ambiance (excellente, mais hebdomadaire) de la fête, prend des risques pour aller plus loin et nous faire découvrir autre chose. Méditons cette phrase de Charlie Parker, saxophoniste de légende qui permettra peut-être de saisir l’esprit de Theo Parrish qui a en tout cas fait l’unanimité chez High Five : « Music is your own experience, your own thoughts, your wisdom. They teach you there’s a boundary line to music. But, man, there’s no boundary line to art » (la musique est ta propre expérience, tes pensées propres, ta sagesse. On nous apprend qu’il y a des limites dans la musique mais il n’y a aucune limite dans l’art).

 

Du début à la fin, Théo Parrish ne nous a jamais déçu. Au grand contraire, quelle ne fut pas la surprise d’entendre le maitre jouer si large dans son répertoire. On le sait, Theo Parrish est un DJ marqué par ses influences jazz. Sa dernière compilation, Black Jazz Signature, qui reprend des morceaux du label fondé en 1972 par G. Russell en témoigne. Cette façon de concevoir un mix est unique en son genre. Peu d’artistes sont capables de mêler comme lui ces différentes musiques. Cela demande une immense culture musicale certes, mais aussi un grand toupet. Bien des DJ préfèrent jouer un style de musique particulier en soirée (ce qui s’avère très bien aussi). Parrish fait le choix de l’éclectisme (oui ce mot qui divise tant).
Lorsque le public se relâche un peu, Parrish le sent. Il est alors temps d’asséner un grand coup de massue, une lourde techno qui rappelle les échos métalliques de la motor city. Ça calme un peu tout le monde, ou l’inverse, et c’est grandiose !
La Légende joue bien plus que ses deux heures initialement prévues. En presque trois heures il nous régale. Si certains se plaignent de la qualité  du mixage sonore proposée par le Rex, beaucoup pourtant restent. Lorsque DJ Deep reprend les platines vers les cinq heures du matin, une foule bien remplie danse encore.
Durant quatre heures, Cyril Etienne des Rosales a.k.a DJ Deep observait discrètement les deux platines tourner encore et encore. L’homme était à l’affut. On sentait un grand bouillonnement chez le producteur et boss du label Deeply Rooted. Il se tenait bien droit, un peu en retrait des deux premiers artistes, comme pour mieux nous surprendre. Le bouillon mijotait tranquillement mais surement. Il attendait son heure. Cuit à point, le plat fut sacrément relevé. Deep réveille les consciences avec des beats monstrueusement lourds, de quoi gainer le peu de force restant dans nos guiboles. Elles se remuent facilement, et nous dansons comme des décharnés, avec la simple joie de finir une soirée sur une note acide et sèche. Merci !
Alia et Des Races.

Les célébrations des vingt-cinq ans du Rex Club continueront jusqu’en Décembre.Le programme des festivités, par ici.Photos crédits Alban Gendrotsans oublier Notre Page Facebook

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