Dimanche dernier, nous avons eu l’occasion de vivre l’une de nos plus belles soirées. Une soirée où le temps file vite, on dit parfois «  trop vite ». Il est bon de se remémorer ces moments là tout en sachant combien il est difficile de décrire un bonheur passé. En 1997 se réunissaient à Paris les pointures de la house américaine. Grâce à l’initiative de DJ Deep, Paris découvrait un son nouveau, frais et joyeux. Kerri Chandler,  Moodymann, Joe Claussell, Nick Jones et bien d’autres nous apportaient cette house conviviale. Je n’étais alors qu’un enfant et les joies de la musique électronique ne m’étaient pas encore contées. En 1997 j’ignorais tout de ces legends. Sans être aujourd’hui des héros, ils ont maintenant tout mon relatif amour.

Il y a quelques temps, une personne saoule me disait incapable de pouvoir comprendre ce qu’étaitla musique des années 60/70 puisque je n’étais pas encore né. Il ne faut pas avoir connu Satie pour comprendre sa poésie, tout comme il ne faut pas non plus connaître le cuisinier pour apprécier sa cuisine. La musique a pour traits principaux qu’elle nous restitue une ambiance, une atmosphère et une époque. Les notes remplacent (parfois) le personnage. Tout particulièrement dans le cadre de la house et de la techno. Le DJ s’efface devant les disques qu’il passe. Jamais il n’est héroïque, jamais il n’est un personnage. S’il peut être superbe, il est aussi celui qui reste humble. Lorsqu’un DJ se prend pour une star, c’est qu’il préfère sa personne aux morceaux qu’il joue.
Il s’est donc peint progressivement une fresque historique. Les quatre amis nous expliquent leur conception de la house. Parfois en solo, souvent à deux, voit à trois, les quatre hommes ont construit un b2b impressionnant. Le  Rex Club se remplit mais l’on ne se marche toutefois pas sur les pieds. De l’espace pour danser, des gens chaleureux, cela confirme que la population nocturne parisienne sait être agréable.
Quoi de mieux pour se chauffer que l’excellent remix par Kerri Chandler du titre Deeper. Jerome Sydenham et Joe Claussell se mêlent à la danse avec leur titre Rhythm. Un morceau incroyable ! Le ton est donné, l’atmosphère devient tribale. Peu après résonnent le vibrant titre de FCL – Let’s go. On aperçoit Joe Claussell rire aux éclats, la bonne humeur est contagieuse. Tandis que Kerri Chandler sirote doucement son champagne, la techno appuyée de Jerome Sydenham vibre longuement. Le morceau Encore nous fait bondir de joie. La musique n’aura de cesse d’osciller entre les genres. A la house vocale et joyeuse de Kerri Chandler se mêle la techno plus frappée de Sydenham. Il me semble reconnaître, dans le désordre, les morceaux Trombipolution et Tonto. Son excellent remix de Time to dance nous transforme.

Plus en retrait, DJ Deep ajoute néanmoins son grain de sel. Le temps d’un hommage rendu à Kerri Chandler et son titre ô combien fédérateur, Atmosphere. Le remix de Speechless par Radio Slave s’invite aussi. A moins que ce ne fut celui de Carl Craig. Les morceaux ne font pas l’essentiel. L’amitié prévaut. A les voir jouer ensemble, il se communique une joie inexplicable. Il se diffuse de la tendresse, de la chaleur, ce que l’on nomme béatement amour. Et parfois les jurons pleuvent, haranguant la foule à s’émanciper.

 

Comme à son habitude, Kerri Chandler prend plusieurs fois le micro. Dans le silence, ce qui peut être surprenant, il prend le temps de raconter l’histoire des soirées Legends. Les hommages fusent. 7 à 8 minutes d’un homme qui harangue la foule sans que la musique ne jaillisse, qui exhorte les ignares à quitter la boite. Ce n’est pas l’homme qui prend le pas mais une invitation à comprendre sa musique comme l’explique DJ Deep sur son facebook. Et si les jurons pleuvent, c’est pour mieux chauffer la salle. Un rappel aux sources, les racines qui reviennent, tout cela peut être interprété différemment. Il n’empêche que l’homme sait jouer avec les émotions.

Si bien qu’il ne s’oublie pas totalement derrière le micro. Vers 5heures, Joe Claussell et Kerri Chandler nous gratifient d’une version incroyable live de Rain. On chante de bon cœur, comme on nous le demande. Peu avant notre départ, Joe Claussell nous redonne le souffle. Une techno si puissante, où les morceaux se mêlent d’une telle façon que l’on ne peut réellement plus les identifier. Il faut souligner la technique impressionnante de ce garçon. Puis vient le temps de sauter dans le métro, de se reposer, las mais bien heureux. Heureux, en effet, d’avoir pu effectuer un saut dans le temps pour mieux vous figurer cela, ou vous en rappeler, voici quelques vidéos. La qualité du son n’est pas toujours au rendez-vous.

 

Des Races

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