À l’occasion du premier week-end de Septembre, un nouveau venu dans le paysage festivalier européen soufflait sa seconde bougie ; le Paral·lel Festival. Suite à une impressionnante première édition où je m’étais rendu (report ici ), j’étais particulièrement excité à l’idée de retrouver mon équipe de bras cassés dans les Pyrénées.

Après les désormais traditionnels retards de Vueling et 2 heures de car, me voilà donc de retour au milieu des montagnes catalanes. Le cadre, toujours aussi mystique et idyllique, n’a pas changé. L’ouverture visuelle, l’espace, l’air, les odeurs, et l’acoustique qu’offrent les montagnes est simplement le meilleur environnement possible pour une expérience musicale de plusieurs jours.

Le concept général du festival reste aussi comme on l’aime : une seule scène, 1000 tickets, des tipis full confort, et une programmation orientée ambient, deep, dub, et minimal  techno. Un peu moins massive que l’année dernière, celle-ci n’en reste pas moins belle ; j’ai particulièrement hâte d’assister aux performances de Dorisburg, Function, Architectural et Neel, des premières pour ma part.

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Prologue (Jour 1)

Après une rapide installation dans le tipi, je me met en mouvement vers la clairière pour écouter la deuxième partie du live de Matthias Grassow. En fervent partisan des warm-up drone-ambient, c’est dans la joie et la bonne humeur que je débute ce voyage de 72 heures. Dans une interview que Refracted, un des programmateurs et artistes du festival, a accordé au média As If No Way! (à lire ici), ce dernier explique qu’il souhaite donner l’impression au public d’assister à un long DJ set, plutôt qu’à une suite successive de performances individuelles. Pari tenu dès le début avec la performance de Nems-B, parfaitement cohérente avec le live précédent de Grassow. Après une entrée en matière ambiante, le marseillais s’aventure vers un groove lent et dubby à souhait suscitant les premiers pas de danse du week-end.

Sans que ce soit pour autant le coup de foudre, j’apprécie les efforts des organisateurs au niveau du soundsystem apprêté cette année par Lambda Lab, que certains décrivent comme l’un des meilleurs au monde à l’heure actuelle (chapeau bas également pour l’aspect visuel de la scène!). Lorsque le très attendu Dorisburg débute son live à 22h, je change complètement d’avis. Pourtant en live full hardware, le rendu sonore est d’encore meilleure qualité, plus profond, et mieux équilibré. Sans en comprendre les raisons (le mixage et le mastering «à la volée» d’un live devrait logiquement être moins bien réalisé que celui d’un morceau commercialisé), je ne m’attarde pas sur ces considérations techniques et apprécie l’énorme performance du suédois. Une heure d’hypnose parfaitement adaptée au contexte, et un juste équilibre entre phases mélodiques et plus mentales. Lorsqu’en fin de set il ré-interprète son tube Irrbloss, les acclamations du public – sorti de sa transe méditative – commencent à se faire entendre, avant un tonnerre d’applaudissement émouvant lors du finish.



Au moment de reprendre les platines, le défi est donc de taille pour Refracted. Après une courte introduction drone-ambiante, des kicks se mettent rapidement à battre la mesure. L’artiste espagnol s’oriente vers une techno très linéaire et mentale. Par moments, l’alchimie fonctionne. Par d’autres j’espère une plus grande prise de risque de sa part qui ne viendra malheureusement pas. Cette première journée n’en reste pas moins réussie. À mesure que le temps passe, je ne cesse de croiser des visages familiers et souriants ; la majorité des festivaliers présents l’année dernière ont en effet décidé de refaire le voyage. Et mine de rien, les liens de la petite famille Paral·lel se resserrent.

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Story (Jour 2)

C’est sur les chapeaux de roues que commence cette journée, avec surement la plus belle découverte du festival pour ma part. Quel warm-up de F-On ! L’espagnol s’attache méticuleusement à jouer tout ce que j’apprécie dans les registres ambient et techno downtempo. C’est parfaitement mixé, et les règlages «smooth» du sound-system pour ce début de journée rendent la performance encore meilleure. Parmi tous les Marco Shuttle et Donato Dozzy qu’il aligna, c’est ce morceau de Transilvanian Galaxi à la ligne de basse ravageuse qui me rendit le plus fou.

Sachant qu’Antonio Vazquez reprend les platines, je me doute que les hostilités ne vont pas tarder à commencer. C’est effectivement ce qui se produit : deux heures de bonne techno puissante et visqueuse, qui une fois devenue un peu trop intense à mon goût m’envoie en ballade. De retour pour Natural/electronic.system, l’ambiance monte d’un cran. Le public se remémore sûrement l’incroyable set de closing des deux italiens de l’année dernière. C’est sur un rythme dub, minimal, et toujours efficace qu’ils guident les festivaliers tout au long de l’après-midi, même si on aurait pu attendre d’eux qu’ils «se contiennent» un petit peu moins.

Suite à la malheureuse annulation de Function pour des raisons biens obscures, les performances de NES, Yuka, et Neel sont chacune prolongées. Les 3 heures de set de Yuka se déroulent aussi sous le signe de la vibe avec un grand V. La russe a bien conscience que le festival est passé en «format nuit», ce qu’elle fait comprendre au public en tapant bien et fort. À la fin de son set mes oreilles fatiguent, c’est l’heure de prendre une petite pause avant que le professeur Neel arrive.

Une fois derrière les platines, le niveau augmente encore d’un cran. À mon plus grand plaisir, l’intensité baisse. Les basses sont plus sèches, le système son vrombit un peu moins dans les infra-basses, l’espace revient. L’italien s’attache particulièrement à alterner entre «weapons» et morceaux plus mentaux. En termes de technique, je me prend une véritable claque ; chaque transition est parfaitement exécutée et n’occasionne aucune augmentation de volume sonore. On reconnait l’expertise d’un des ingénieurs en mastering les plus réputés sur la scène électronique à l’heure actuelle. Le mindfuck devient indescriptible lorsqu’il joue cette balle de Michal Woiski sorti sur Eerie, le label de Marco Shuttle.



Vers 4 heures, alors que tous le monde s’attend à le voir jouer une heure de plus, Neel est finalement rejoint par le duo Natural/electronic.system et Antonio Vazquez pour un grand B2B2B2B surprise des familles. Très beau geste de leur part suite à l’annulation de Function! Lancé par un morceau introductif bien barge d’Antonio Vazquez (encore unreleased), les quatre compères apportent chacun leur propre style distinctif à cette belle performance. Malgré la fatigue et l’état plus ou moins avancé de chacun, l’ambiance reste excellente sur la piste de danse jusqu’à la fin de la soirée. Quand mon corps commence à ne plus suivre vers 5h30, le dernier morceau, joué par Neel, finit de résonner. Retour au campement pour une nuit de sommeil amplement méritée après cette très belle journée.

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Epilogue (Jour 3)

Un réveil tardif m’empêche d’assister à la performance de Jana Sleep : pas de mise en jambe progressive au programme pour ma part, je débute cette dernière journée avec la deep-techno d’Architectural. Sans faire aussi bien que le set monumental de Cio d’Or qui jouait à la même heure l’année dernière, l’espagnol s’en sort à merveille. Mes jambes ne ressentent plus aucune fatigue, la température est aussi parfaite que la veille, et les montagnes ne cessent de danser au gré du vent. Cette troisième journée débute, comme les précédentes, on ne peut plus parfaitement. Suite au comme toujours très bon live des français Polar Inertia, je fais le choix de quitter la clairière pour me reposer un peu. À vrai dire, le closing qui s’annonce très acid/old-school de Steve Bicknell ne m’enchante guère.

De retour deux heures plus tard, pas de surprises : au programme, les sonorités classiques de l’acid-techno/house version vieille école. C’est raw, pas très distingué, mais fort heureusement ça a l’air de plaire au public. J’ai personnellement du mal à rentrer dans l’ambiance défouloir, et passe donc une fin de festival mitigée. L’ambiance complètement barge au bar à la fin du set de Steve Bicknell rattrapera largement ce passage en demi-teinte. Accompagné de la meilleure des co-pilotes, ces quelques tournées de chupitos nous donne la motivation pour entamer une très belle randonnée nocturne dans la montagne. Après 3 heures de marche et un retour en fanfare, premier retour à la réalité.

Plutôt que de bêtement rester sur une ou deux performances peu appréciées, c’est l’atmosphère phénoménale de cette seconde édition que je retiens. On peut affirmer sans prétention que le Paral-lel s’impose déjà comme un festival ayant un des meilleurs publics du monde. Y faire la fête à ses côtés dans un tel environnement sonore et visuel, c’est s’assurer 3 jours de bonheur plein et savouré. La volonté des organisateurs de s’améliorer chaque année se ressent, leur passion aussi. Pendant un de nos échanges post-festival, Feliç Beltran, co-fondateur du festival, me confiait également qu’ils avaient conscience que certains points (douches, éclairage, éco-durabilité) méritait quelques améliorations. Chaque année est d’ailleurs envoyé à tous les participants du Paral-lel un questionnaire en ligne leur demandant un retour sur expérience, et quelles améliorations seraient envisageables pour l’année prochaine. J’apprécie personnellement beaucoup ce genre d’approche réflexive, contribuant d’ailleurs à rapprocher encore plus le public des organisateurs.

En bref peu de choses à redire, le Paral-lel Festival s’affirme un peu plus comme ze brêche spatio-temporelle aux sonorités ultra-quali du premier week-end de Septembre. Remerciements tout particuliers à Feliç pour sa gentillesse, sa passion et son accueil, et à Romane-Lou pour ses photos.

A l’année prochaine,

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Joseph.

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