Lorsqu’en janvier dernier les collectifs La Mamie’s et Cracki Records annonçaient conjointement la création d’un nouveau festival cet été alliant les goûts et préférences des deux parties on ne pouvait que se réjouir d’une telle fusion qui donnait alors lieu au Macki Music Festival. D’un côté La Mamie’s que certains ont pu découvrir en terrasse pour le premier nouvel an Concrete il y a de ça 2 ans maintenant pour un mix d’une longueur et d’une intensité folle puis aux nombreuses sessions à la Ferme du Bonheur lieu insolite situé à deux pas du bâtiment F de droit de l’université Paris X Nanterre rien que ça. De l’autre côté le tout jeune label Cracki Records qui regroupe une famille unie où gravitent l’Impératrice, Isaac Delusion ou encore le prometteur Kicks, qui a notamment organisé il y a deux ans un Open Air mémorable dont on m’a longuement vanté les mérites et qualifié de moment le plus cool de l’été ainsi que des salons d’été à Belleville qui auront marqué les esprits. Alors oui les bases sont posées et sont solides, de la touche pop/indé apportée par Cracki Records on y ajoute les connaissances électroniques alliant soul/funk/house/techno de la Mamie’s on découvre alors un festival pointu qui se démarque totalement de ce qui a pu se faire auparavant, le hip-hop vient notamment faire sa niche avec Lords Of The Underground et Rejjie Snow. C’est sans doute l’éclectisme du Macki qui ressort le plus, The Garifuna Collective distillait sa musique venant tout droit des Caraïbes tandis que Daniel Wang s’essayait à son exercice favori la Disco dans son plus simple appareil. Tout était réuni pour faire de ce Macki Music Festival une grande fête où les sourires et les frissons se seraient bousculés à l’entrée.

L’Opening était organisée sur les toits de la Cité de la Mode et du Design avec en terrasse les jeunes artistes de la scène parisienne dont le collectif D.KO que l’on a pu par ailleurs voir à l’oeuvre pour leur premier Rex Club samedi en compagnie des génies JuJu & Jordash, qui fut mémorable. La soirée continuait dans le grand foyer avec Renart (Cracki Records), les habitués Nick V et Blaise Synchrophone ainsi que la légende DJ Bone le tout accompagnés d’un Ball Mona. On ne pouvait malheureusement pas tout faire mais les retours ont été bons malgré la défaite de nos Bleus..

Les festivités commençaient donc le Samedi à partir de midi à Carrières-sur-Seine, les deux collectifs ont étroitement collaboré avec la mairie pour nous offrir un espace de fête grand et accueillant, les riverains pouvaient accéder gratuitement au festival, une ambiance familiale se faisait ressentir et malgré un temps où la pluie devait montrer le bout de son nez on partait à l’aventure sans vraiment se soucier d’un problème qui s’est avéré infime par la suite.

Mathias Karl Gontard under Karl Mathias

© Karl Mathias

Après une marche improvisée depuis la gare guidé par notre instinct, on atteignait l’entrée où raisonnaient déjà les sonorités groovy d’Al Kent, le lieu se répartissait en longueur, le tout en bord de seine, on nous avait pas menti les pieds dans l’eau c’était bien le cas. La scène DJ était encore un peu déserte à notre arrivée mais l’ambiance champêtre associée aux Funktion One qui tapaient donnait un certain attrait, Daniel Wang allait nous régaler c’était devenu une évidence. Il fallait emprunter une chemin pour rejoindre la seconde Scène dite “Cloud” qui avait plus l’aspect concert et il faut l’avouer ils n’avaient pas lésiné sur le système son, en comparaison l’arche d’enceinte était pratiquement le même que celui de la scène été au Weather Festival, Blue Hawaii nous faisait découvrir leur pop psyché, la voix de la chanteuse était délicieuse et ça laissait présager de bonnes choses pour la suite. Tout autour étaient répartis des canapés, un stand de vinyle, un stand de massage, un auditorium où des Talks étaient organisés, on avait à manger à boire et la bonne humeur des gens, que demander de plus ? Le cadre était parfait, seul le soleil faisait encore défaut mais peu importe, on allait prendre notre pied.

On en avait parlé pendant tout le trajet, Daniel Wang nous avait mis une claque il y a 2 ans sur la terrasse quai de la rapée à la belle époque avec un set haut en couleurs, un répertoire bien garni qui n’avait cessé de nous faire danser. On s’empressait alors de rejoindre la scène DJ pour redécouvrir ce génie au sourire chaleureux, qui nous a totalement surpris en s’adressant à l’auditoire en français, étant originaire de Caroline Du Nord il a notamment passé 8 ans à Taiwan durant son enfance. Interpellant le public a plusieurs reprises il annonçait même au début de son set “vous pouvez venir me demander de mettre une musique, on établit un système démocratique”. Il n’y eu nul besoin de lui demander quoique ce soit tant sa sélection crevait à nouveau l’écran, la disco dans toute sa splendeur avec ses accents italiens, un Sister Sledge par ici et même quelques touches d’acid-disco par là. Il enchainait les disques avec aisance pour notre plus grand plaisir.

Le temps d’aller manger un morceau on tendait l’oreille pour écouter les différents instruments de The Garifuna Collective parfaitement synchronisés au bord de l’eau, si l’envie de se baigner nous avait traversé l’esprit, un festivalier n’avait lui pas hésité et avait été prié de quitter les lieux, on n’a rien sans rien..

L’intriguant Schatrax, producteur talentueux qui avait débuté sa carrière dans les années 90 a totalement disparu des écrans français depuis les années 2000, devenu maraicher en Angleterre, il avait mis de côté son activité de dj et le Macki avait fait de son retour un des points d’orgue du festival. Malheureusement ce ne fut pas à la hauteur des espoirs que j’avais pu placé en lui, pensant trouver un set à l’image de ses productions toutes plus exceptionnelles et recherchées que les autres, on se retrouvait avec un set qui sortait finalement de l’ordinaire bien que plaisant à certains moments, sa techno lourde sans artifices n’a jamais réussi à vraiment convaincre et on se dirigeait vers la grande scène avec curiosité pour écouter Lords Of The Underground.

Mathias Karl Gontard under Karl Mathias

© Karl Mathias

N’ayant jamais assisté à un concert  de hip-hop c’était sans aucun doute le bon moment pour faire le premier pas, quelle fut notre surprise lorsqu’une petite fille de 9 ans entra sur scène accompagnée du DJ membre du trio Lords Of The Underground, maitrisant parfaitement l’anglais et le français, DJ Glo haute comme trois pommes nous a tous littéralement mis une claque et collé un sourire sur toutes les lèvres, un flow impressionnant et imaginez dans 15 ans.. Une première partie inattendue et réussie, la fosse était chauffée à blanc et les deux MCs Mr funk et DoltAll Dupré rejoignaient DJ Lord Jazz sur scène pour se lancer dans un concert épique qui débutait par des hommages nombreux Guru de Gang Starr, Notorious BIG, TupacBig L mais aussi James Brown, le ton était donné et les trois compères étaient bouillants. Sans aucun doute l’un des moments les plus intenses, la performance était participative ils n’étaient pas les seuls à parler, bon nombre d’entres nous se sont retrouvés avec la voix cassée par la suite, les MCs se répondaient parfaitement montrant une complémentarité exemplaire et j’ignorais mais un concert de hip-hop peut s’avérer être éprouvant.. On voyait ainsi Marcelus Pittmann savourer derrière tout en attendant son heure. Le trio terminait sur le devant de la scène à vanter les mérites de la France et à tirer à boulets rouges sur l’Allemagne (ils avaient bien raison).

Mathias Karl Gontard under Karl Mathias

© Karl Mathias

Le temps de prendre congé un instant dans les canapés Marcelus Pittman membre de 3Chairs et ayant déjà fait mixé aux côtés de la Mamie’s à la ferme du bonheur l’été dernier prenait le relais, il nous faisait rapidement nous relever en balançant Something If Feel Like de Ron Trent, le temps de piquer un sprint et d’arriver devant la scène. Le special guest from the D c’était lui et il a à nouveau démontré tout son talent en balançant pépites sur pépites, avec Body Heat de James Brown rappelant cette fameuse vidéo de Funkineven aux Nuits Sonores, ça claquait et tout le monde dansait parents et enfants y compris. Quoi de mieux pour clore une première journée réussie qu’avec le génial Hit It N Quit It , où la pluie n’a pas daigné montrer le bout de son nez et quelques rayons de soleils sont venus éclairer nos visages heureux et rassasiés.

Mathias Karl Gontard under Karl Mathias

 © Karl Mathias

La deuxième journée avait de la gueule, sur la scène DJ s’enchainait Jay Daniel (l’homme qui sautait sans cesse), Funkineven et Kyle Hall, de Détroit à Londres, il ne faisait nul doute qu’une tournante allait s’instaurer entre les trois prodiges. La grande scène faisait place à la famille Cracki avec l’Impératrice et Isaac Delusion, mais aussi Fatima and The Eglo Live Band (produit par Floating Points) qui était de la partie ainsi que Rejjie Snow.

Si les trombes d’eau nous ont un peu refroidit au moment du départ, on était équipé en K-way, parapluie et autre botte pour affronter le mauvais temps. Mais rapidement l’ambiance assez singulière qui y régnait nous donna une pêche extraordinaire, on était tous dans le même endroit, avec la même pluie alors on dansait tous ensemble et que dire des trois gus. Si à notre arrivée Jay Daniel était aux commandes il fut vite rejoint par le compère Funkineven, partant dans un B2B mémorable qui ne nous a clairement pas laissé indifférent, revisitant tous les genres, d’une soul maitrisée à une house acidulée, à chaque morceau une surprise et le don de faire danser une foule en délire, la boue n’avait plus aucun secret pour nous et le titre Missing You de Larry Heard faisait les yeux doux au soleil qui transperçait par moment les nuages. Kyle Hall entrait ensuite en scène pour prendre les commandes et le miracle fut, vers 18h le soleil venait s’installer durablement contre toute attente, les pépites funky étaient de sortie pour un soleil qui mettait l’ambiance et changeait totalement la donne. Un John Nick venait un peu plus mettre un brin de folie à un auditoire déchainée. Les sourires se bousculaient à nouveau et on sentait qu’on vivait quelque chose d’unique et de grand.

La pluie avait malheureusement obligé les organisateurs à ouvrir la grande scène seulement à 16h et certains groupes n’avaient pas pu s’exprimer musicalement.

Il était encore l’heure d’aller se restaurer, cette fois-ci à l’écoute de l’Impératrice qui ouvrait donc la scène principale et qui comme à son habitude délivrait une performance disco/funk plaisante et qui avait toujours ce groove si particulier. On se rappelle encore de leur reprise étonnante de Voyager de Daft Punk qui nous avait cloué le bec l’été dernier à la Ferme.

Mathias Karl Gontard under Karl Mathias

 © Karl Mathias

La soleil était maintenant permanent et on allait se poser en face de la grande scène sur les aménagements en bois du festival, Isaac Delusion (dont vous pouvez lire notre interview ici) ont fait étalage de leur talent, avec cette voix toujours aussi particulière rappelant avec insistance Bon Iver, les performances lives n’ont rien à envier aux sons enregistrés en studio, la voix gagne même en intensité, le groupe est chaleureux et la performance était d’autant plus plaisante avec le coucher de soleil. Leur premier titre Mignight Sun donnait des frissons et on ne voulait certainement pas que ça s’arrête.

La journée de dimanche se finissait par un B2B2B annoncé sur la timetable, qui de mieux que les trois compères de l’après-midi pour clore une journée belle et enrichissante à tous points de vue. N’hésitant pas à balancer des morceaux d’acid sur les coupes de 22h, Jay Daniel, Funkineven et Kyle Hall ont à nouveau démontré leur talent mais aussi leur complémentarité avec notamment un morceau fantastique : Los Hermanos – Birth Of 3000
Et pour finir un dernier son choisi avec soin par le trio déjanté Saturday Love – Cherelle

Mathias Karl Gontard under Karl Mathias

© Karl Mathias

Ils auraient pu continuer des heures mais il était temps de rentrer après deux jours de fête dont on se souviendra (la fête continuait au Badaboum avec Marcelus Pittman mais les jambes se faisaient lourdes) et qu’on espère retrouver l’année prochaine, tant le lieu, les artistes, la population étaient exempts de tout reproche et même la sécurité était souriante et agréable.. Merci !

Et un grand merci à Karl Mathias pour ces magnifiques photos, la suite par ici

La page Facebook du Macki Music Festival

 

Thibault