Faire la fête dans un pays étranger a toujours ce côté excitant et à la fois effrayant. Rencontrer de nouvelles personnes, découvrir des lieux atypiques qui changent de l’ordinaire, devoir s’adapter, les chemins à prendre sont divers et nombreux. Et c’est donc dans un lieu qui nous était totalement inconnu que le duo Londonien Krankbrother s’associait au fameux disquaire Phonica pour inviter un plateau d’exception au Fire. L’aventure pouvait commencer..

L’intérêt de pouvoir lier la visite d’une ville étrangère au côté festif et à la musique prend tout son sens lorsque l’on se rend dans des villes comme Londres, Amsterdam ou Berlin où la culture électronique est particulièrement ancrée dans le paysage urbain. Prévoir une soirée à l’avance fait partie de toute démarche préalable à un séjour qui s’annonçait déjà mouvementé.
A la découverte d’une soirée où Move D, Gerd Janson, Levon Vincent, Optimo et autre Roman Flügel allaient se bousculer – voire même se rentrer dedans – pour passer derrière les platines, on se demandait comment les organisateurs allaient se débrouiller pour faire rentrer tout le monde. Ne connaissant pas le lieu, il était difficile de s’imaginer une timetable parfaite qui saurait plaire à tout le monde. Le défi était de taille même l’intérêt de cette soirée résidait dans le fait que la bonne musique allait pouvoir s’écouter partout, dans les différentes salles, tout au long de la nuit. Frankbrother, organisateur de soirées sur Londres et co-promoteur de la soirée aux côtés de Phonicas Records, reconnait que le défi était de taille.

It’s always difficult to book a line up of that level and create a flow amongst there various rooms, but all the DJs were so cool to work with and it went great. All of the DJs were amazing. 

A l’arrivée sur place il nous a fallu longer un grand mur de briques où se dessinait des voutes à l’allure d’un pont avant de rentrer dans l’antre, loin d’être rassurant la première fois. On s’engouffrait alors la peur au ventre, marqués par l’excitation et le mystère, après avoir passé un portail de sécurité des plus renforcés comme si dans les minutes qui suivaient nous allions nous envoler.

Un peu de confusion régnait dans nos têtes, ne sachant pas combien de scènes il y avait ni comment les artistes étaient répartis. Le temps nous était imparti et on se dirigeait rapidement vers le stage le plus proche pour enfin comprendre l’immensité du lieu et dans quelles circonstances nous allions nous laisser aller.
Un rapide coup d’oeil au papier accroché au mur qui servait d’horaires du soir pour nous rediriger vers la Lightbox et entendre raisonner les premières notes du dernier EP de Floating Points, «Nuits Sonores». Move D aux commandes pour les 2 prochaines heures.

La salle semblait immense et le monde qui s’agglutinait ne faisait que renforcer cette idée. Imaginez le Panic Room et ses dizaines de LED au plafond dans une taille bien plus conséquente et une ambiance sombre aux accents rouges.
On se frayait alors un chemin parmi la population peu attentionnée et avide d’espace. Dans un style qu’on lui connait moins David Moufang profite de l’excellent système son pour faire venir des basses et des morceaux à la limite de la techno avant d’arracher un sourire à l’auditoire quand il passe « Lady Science » de Soul Capsule. Etant devenu un véritable classique, plus aucun DJ ne se permet de la passer. Mais quelle atmosphère, quel plaisir d’entendre sur des enceintes dignes de ce nom une des plus belles oeuvres de la musique électronique. Le sosie officiel d’Ezequiel Lavezzi nous gratifie alors d’un son old-school au possible, «The Captain» des deux roublards de JohNick, les bras levés à chaque reprise les sourires se lisent sur toutes les lèvres.
Son set prend une toute autre allure lorsque le très convoité «Antipodes» de Mr G retentit, morceau sorti uniquement sur vinyle lors du Records Store Day 2014 qui s’envole à des prix dérisoires sur Discogs, un de plus.

Au même moment Levon Vincent délivrait un set qu’on supposait éclectique comme à son habitude. Mais après avoir bravé vents et marées on restait pour le début d’OptimoKrankbrother a lui retenu un passage de Levon Vincent  :

Levon Vincent in the main room sampling a famous Dead Kennedy’s vocal was a particular highlight for me.

Dans la continuité du set de Move D avec qui ils avaient partagé les platines le temps d’une Boiler Room, Optimo remet encore plus d’énergie dans la salle et se lance dans un récital oscillant entre morceaux acids et lignes de basse qui prennent à la gorge. Un récital qui ne nous laisse pas le temps de reprendre notre souffle, les transitions s’enchainent à merveille jusqu’à ce que le vent nous amène dans la salle suivante.
Gerd Janson était aux commandes depuis une heure maintenant, ses dernières prestations à Paris m’avaient particulièrement déçu étant donné son immense culture musicale et sa capacité à faire danser les gens. Me faisant mentir avec classe, le patron de Running Back enchaine alors les morceaux discos et les classiques d’un autre temps.

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Gerd Janson during his disco time

L’espace disponible pour danser est le rêve de tout bon amateur de musique, si il n’y avait qu’une chose à retenir c’est ce remix d’un titre de New Order, «Bizzare Love Triangle». Fous rires, pas de danses, joie extrême, s’exclamant à tout va, comme à l’unisson le public était de pair avec le style musical proposé. La géniale reprise de «Haven’t You Heard» ici et le fameux morceau qui avait poussé le MC dans la Boiler Room de MCDE à rembobiner «Never Gonna Let You Go» par là.
Gerd Janson a eu l’intelligence de laisser les morceaux longtemps, sans jamais se faire apostropher par la foule, n’en déplaise à certains. On peut ainsi apprécier la musique, la déguster et la savourer. L’ambiance était à son maximum, la dernière salle nous attendait.

Roman Flügel était aux commandes pour la fin de soirée et la musique à nouveau changeait mais restait toujours aussi bonne et de qualité. Dans son style bien particulier et reconnaissable il agite  les foules avec ses notes acidulées et ses drops efficaces en témoigne sa tête au moment de lâcher les basses vers la fin de son set, une «drop face» comme certains pourraient dire. Le savant fou est une nouvelle fois au rendez-vous bien que sa chevelure ne soit plus la même, son aura reste et sa capacité à donner de l’intensité et à mettre en place une certaine dramaturgie sont bien là.

La bonne musique s’est diffusée toute la soirée, la répartition des artistes était plus que réussie. En changeant de salle on pouvait passer d’un genre à un autre en un claquement de doigts, la magie était bien réelle et il était difficile de passer à autre chose par la suite.

– Nous remercions chaleureusement Krankbrother pour ces quelques mots ainsi que pour cette belle soirée.

 Crédits Photos : © Krankbrother

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