Retour sur le festival Charivari, qui se tenait à Détroit le premier weekend d’aout, dans un nouveau lieu, un grand parc en bord de rivière. Au programme, un line-up entièrement composé de DJs de Détroit, dont on retiendra les performances de Norm Talley, Delano Smith, Rick Wilhite et DJ Godfather, entres autres.

Le festival s’étend sur trois jours, le vendredi faisant office d’événement d’ouverture, gratuit et aux horaires réduits. On n’a pas eu le temps d’y passer, mais on arrive tôt le samedi pour pouvoir profiter de la journée. Le festival a lieu au River Front Park, une grande étendue verte en bordure de la rivière Détroit, qui sépare les Etats-Unis du Canada. C’est toujours un plaisir de faire la fête en plein air, proche de la rivière ou des lacs du Michigan, cet état qui abrite la plus grande concentration d’eau douce de la planète. Le parc est immense, et l’organisation pas forcément adaptée. Aucun panneau ne précise l’entrée alors on peut se retrouver à marcher un bon kilomètre avant que les gens ne nous orientent dans l’autre sens. Les trois scènes sont peut-être un peu trop rapprochées les unes des autres, on entend parfois le son en simultané à certains endroits, mais le cadre est vraiment appréciable, une grande pelouse, avec une promenade en bordure de rivière. En plus des trois scènes, il y a quelques food trucks, ainsi qu’une tente abritant les différents vendeurs de Détroit qui présentent leurs créations vestimentaires, l’endroit parfait pour se trouver un hoodie estampillé Detroit.

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Côté musique et vibe, rien à dire. Ce qu’on aime par dessus tout avec le Charivari c’est l’ambiance, un mélange entre enfants, jeunes et moins jeunes, entre Noirs, Blancs, Latino et autres, un melting pot où règne la bonne humeur et la gentillesse entre les gens. On a fait beaucoup de festivals mais on n’a jamais trouvé une atmosphère comparable à celle du Charivari. Tout comme le line-up, lui aussi très divers, qui permet de venir voir des pointures que l’on connaît bien, en finissant toujours par faire des nouvelles découvertes made in Detroit.

On retiendra le set de Kevin Reynolds à notre arrivée le samedi, un concentré de deep house bien choisie, qui oscille parfois vers un son plus tribal, ou soulful. Mike Huckaby, présent également, nous délivre un set groovy et énergique qui fait danser le public qui commence à être de plus en plus nombreux. On avait vu l’artiste il y a quelques semaines au club TV Lounge à Détroit, où il avait joué des morceaux incroyables, une deep house teinté de funk comme seul Détroit en a le secret.

On a adoré le set de Delano Smith qu’on a vu maintes fois en Europe, mais qui cette fois ci était d’humeur beaucoup plus groovy. La musique qu’il jouait était pleinement soulful, inspiration house originale dans la lignée des soirées lycée Charivari où il a commencé aux côtés de Norm Talley dans les années 1980. Et justement Norm Talley nous fait rêver, on a beau l’avoir vu à peu près une fois par mois depuis au moins un an (l’artiste a une résidence au Motor City Wine, à Détroit, tous les seconds dimanches du mois), il nous emmène à chaque fois dans des contrées différentes. Comme ce dimanche où il joue au musée d’art contemporain de la ville pendant cinq heures, d’incroyables morceaux de jazz, soul et funk qui nous laisse entrevoir l’immensité de sa collection musicale, avant d’enchainer sur un set résolument house dans la soirée. Norm Talley est un connaisseur comme peu de gens peuvent s’en vanter. Sa simplicité et son humilité ne font qu’ajouter un peu plus de sympathie à cet illustre artiste de Détroit.

On assiste avec plaisir au set de DJ Godfather, c’est un peu une tradition quand on va au Charivari maintenant, la ghetto tech de l’artiste est notre moment de défoulement préféré. Avec un beat aussi rapide, autant dire qu’il faut tenir le rythme si vous voulez aller jusqu’au bout du set. On se ne lasse pas des paroles non plus, vulgaires mais drôles à la fois, ça va de la drague plutôt franche à l’appétit sexuel insatiable.

DJ Cent et Bruce Bailey ferment deux des trois scènes du festival, leur musique est un concentré de house qui oscille entre un son deep et un autre plus disco, une parfaite combinaison pour ces deux références de la scène de Détroit. Les deux sont à nos yeux des DJs qui mériteraient amplement de jouer en Europe tant leur virtuosité égalent, voire dépassent, celle de la plupart des DJs de Détroit qui jouent aujourd’hui.

Le dimanche est beaucoup plus court, car le samedi était long, riche en danse et en excitation. On arrive sur la musique de Patrice Scott, qui mélange deep house, et sons techno, comme il a l’habitude de le faire, en live, ou sur son label Sistrum Recordings. Son set terminé, Rick Wilhite prend le contrôle des platines, et nous délivre un set excellent, constante du monsieur qu’on a pu écouter maintes fois à Détroit. Rick Wilhite personnifie la définition du groove, des morceaux rnb des années 1990 au funk des années 1970, de la deep house de Chicago, à l’electro de Détroit, Rick Wilhite joue de tout, avec une dextérité et un amour de la musique communicatifs.

On termine le festival sur un set qui incarne vraiment la quintessence du son de Détroit, orchestré par Gary Chandler, une figure de la Motor City. Le rythme est rapide et le DJ enchaine les classiques que toute personne grandissant dans la scène progressive de Détroit connaît, de Prince à Model 500 en passant par Kraftwerk, des morceaux hip-hop et des classiques comme ‘Gonna Catch You’ de Lonnie Gordon. Le public connaît les paroles par cœur, et se fait un plaisir de les chanter à plein poumon, tout en dansant, l’ambiance est indescriptible, survoltée et joyeuse.

Dans une ville où la domination politique et économique se fait souvent sentir de manière très oppressive, les soirées Charivari des années 1980-  tout comme le festival actuel, apporte un vent de fraicheur et de joie à la ville, lui rappelant l’immense créativité culturelle et artistique qui est la sienne, et qui attire le monde entier.

Alia.

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Crédit photo de couverture, et photo de DJ Minx David.c.tisch @detroitdj.

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