Retour sur le Charivari Festival à Détroit, deux jours de musique électronique en plein air réunissant quelques uns des artistes les plus talentueux de la ville, notamment Norm Talley, Delano Smith ou encore Jay Daniel. 

High Five continue son immersion dans Détroit en assistant au Charivari, festival de house ayant lieu le premier weekend d’août sur Belle Isle. Cette île qui se situe entre le Canada et Détroit, est un véritable havre de paix et de verdure aménagée en parc dans les années 1880 par Frederick Law Olmsted, aussi connu pour avoir conçu Central Park à New-York. Aujourd’hui, Belle Isle est le terrain de jeux des habitants de la ville qui viennent y faire leurs barbecues familiaux en nombre le weekend – avec DJ et vinyles exclusivement – ou emmener leurs enfants profiter de la plage et du lac.

Charivari tire son nom des premières soirées éponymes que les fondateurs du festival organisaient dans les années 1980. Celles-ci ont vu défiler de futurs grands noms de la house à l’image de Delano Smith ou Norm Talley mais entretenaient surtout une ambiance et un esprit que beaucoup qualifient d’unique dans la scène électronique de Détroit. Charivari (Sharevari) est aussi évidemment le titre d’un morceau produit par le groupe A Number Of Names en 1981. Le morceau sera considéré, au même titre qu’Alleys Of Your Mind de Cybotron, comme un des tout premiers morceaux électroniques de Détroit qui mènera à la techno quelques années plus tard.

Au programme du Charivari donc, deux journées, de 12h à 22h, trois scènes, une sous de grands arbres centenaires, une autre bordant le lac et une troisième un peu plus grande, sur un des parkings de l’île. Ajoutez une météo parfaite, une bonne dose de foodtrucks, des stands de vendeurs made in Detroit comme celui de Moodymann, et une quantité impressionnante de barbecues et vous obtiendrez un des meilleurs cadres qu’il nous ai été donné d’apprécier pour un festival. L’atmosphère est à la hauteur du cadre, l’ambiance bonne enfant, et le public aussi joyeux que mélangé, avec une bonne prédominance d’anciens habitués des soirées Charivari.

Côté line up, étaient présents une flopée d’artistes made in Detroit, des plus « petits » aux plus « grands » comme Norm Talley, Jay Daniel, Delano Smith, Alton Miller ou encore Bruce Bailey. Une petite appartée sur Bruce Bailey (voir la vidéo ci-dessus), une référence de Détroit qui mériterait d’être beaucoup plus connu qu’il ne l’est aujourd’hui, particulièrement sur nos terres européennes. Ami de longue date de Norm Talley, Delano Smith et Eddie Fowlkes, le monsieur délivre une house au groove infini, emprunte de soul et de disco, parfois soulful, parfois plus énergique – quintessence de la Detroit house en somme.

Côté musique nos oreilles nous disent merci d’avoir été bercées pendant deux jours de si bonne musique sur chacune des scènes, l’esprit était au groove et à la house sous toutes ses coutures. Nous retiendrons particulièrement le set de Norm Talley qui faisait le closing de la scène principale le samedi et nous a transporté dans des contrées si diverses et variées qu’il était difficile de résister de danser, comme lorsqu’il joue l’enivrant « Work is Work (Her Wer Shoes) » de Tony Humphries (en écoute ici). Les sets de Stacey Hale (dont on vous parlait ici) et DJ Cent étaient des concentrés de house oscillant entre la Chicago house et la early techo de Detroit quand celui d’Alton Miller respirait la house soulful. Rick Wilhite est aussi présent, il est surement le DJ que l’on a le plus vu depuis notre arrivée à Détroit mais on ne s’en lasse pas. Capable de vous passer un vieux classique R’n’b comme J Dilla en plus du domaine house qu’il maitrise sur le bout des doigts, c’est surtout son attitude qui vous fait l’apprécier encore plus. Assez timide, il laisse échapper de grands sourires, et chante la quasi totalité des lyrics de ses morceaux, parfois même en esquissant quelques pas de danse, irrésistible.

charivari

Nous retiendrons deux moments particulièrement Detroit vibe, d’abord le passage de DJ Godfather, roi de la Ghettotech, cette musique descendante de la Miami Bass, inspirée de la house et de la techno avec un rythme plus rapide et aux lyrics très crus voire carrément porno. La ghettotech émerge à la fin des années 1980 à Détroit et créé un véritable mouvement culturel autour d’elle, notamment à travers les rassemblements qui avaient lieu à Belle Isle justement. Et DJ Godfather fait encore des adeptes puisqu’il transforme littéralement la scène, plongeant les gens en transe, le tout dans une ambiance déjantée assez hallucinante. Garry Chandler prend ensuite les platines, monument de la scène électronique de Détroit dans les années 1990, son set est un pur concentré de classiques techno à la Big Fun mais aussi de hip-hop carrément funky ou de house tendance gospel. Le public est survolté, scande les paroles des morceaux et applaudi pendant une bonne dizaine de minutes quand il finit et clôture une des scènes du Charivari.

Le Charivari était surement l’un des meilleurs festivals qu’il nous a été donné d’apprécier. Dans un cadre idyllique, gratuit, rempli de très bonne musique et de gens adorables, il nous laissera un souvenir impérissable de l’atmosphère de Détroit… Ain’t no party like a Detroit party !

rick acronym creative studio
Rick Wilhite

Alia.

La page Facebook du Charivari ici.
Crédits photo de couverture de Bruce Bailey et photographie de Rick Wilhite : Acronym Creative Studio