Déjà 26 éditions et le Dour Festival s’en sort plutôt bien puisque il a attendu jusqu’à maintenant pour recenser le premier décès. Blague à part, vous n’imaginez pas tout ce qu’il est possible d’observer niveau claque cérébrale là-bas, tant chaleur et drogues font dur mélange pour le cerveau humain lambda.

En plus du nombre ahurissant de festivaliers, comptabilisés à 195.000 sur les quatre jours, du jamais vu pour le rendez-vous belge, la foule formait un véritable bloc, laissant à peine visible la Last Arena. Impossible d’y accéder. C’est vrai quoi, au lieu de laisser pendre sur les extrémités de la plus grande scène du festival des banderoles de 20 mètres de long avec écrit pitoyablement «DOUR», pourquoi ne pas investir comme le Pukkelpop dans des écrans géants? Faites entrer 195 000 personnes dans l’arène, faites le show en grand jusqu’au bout.

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Crédits photos – Hugo Gales

Pour la première journée, on avait l’enchainement Mount Kimbie/DARKSIDE sur La Petite Maison dans la Prairie. Un sacré bordel quand même. On regrettera juste les enceintes qui couinent durant le live de Jaar, mais le bonhomme, sereinement, continue le show et nous inonde de son. Franchement je me suis régalé même après ce qu’avait pu faire ressentir Mount Kimbie en final, tech-house bien envoyée, une bonne entame de soirée – on le savait d’avance mais ça coûtait pas grand-chose de le vérifier tant qu’à y être –  recommandée pour ceux qui ne cherchaient pas non plus à péter les planches de La Petite Maison dans la Prairie en sirotant une bière.

Ceux qui voulaient tout défoncer pouvaient se cantonner à la Cannibal Stage du premier soir, niveau techno on peut dire qu’il y avait de quoi faire. Boddika Blawan, Jeff Mills et Chris Liebig, un massacre. Non pas Chris Liebig mais bien Jeff Mills : on a senti le papa derrière les platines, serein. Si bien que certains n’y ont rien compris : au bout de 25 minutes l’extraterrestre reçoit carrément une bouteille d’eau dans la tronche ; évidemment il part, un ange passe, le temps que le type à la bouteille prenne sans doute une sacrée ramassée, et Jeff revient, vengeur, avec des basses coup de poings, un truc que je n’avais jamais entendu. Démentiel, on aurait cru à un live tellement le mix était imperceptible.

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Crédits photos – Laura Palumbo

Journée assommante le lendemain, la faute à Mme Gueule de Bois, saloperie. Je suis allé me balader dans les confins du festival à la sueur de mon front, voir à quoi ressemblait la nouvelle « scène » derrière le Dub Corner, le Terril. Pas franchement bondée, je dirais même presque vide, avec un système son carrément coincé en face d’une butte de terre de 10-15 mètres de haut. Si bien que vous assistez carrément à match de ping pong tellement les basses rebondissaient, BASSE-BUTE, BUTE-BASSE, BASSE-BUTE, mais à 120 BPM – si ce n’était pas plus – c’est un vrai régal vous aurez compris. J’en suis reparti en train d’admirer les traces laissées sans doute par la Battle of Dour, excusez-moi The Battle of Dour organisée par Spray Can Arts la veille, quand je dis admirer je pense qu’il y a de quoi.

 

Retour sur la scène principale, avec un Paul Kalkbrenner qui nous a libéré de notre enveloppe charnelle et nous a transporté dans la love-attitude Très dansant et pas mal sur les colonnes de la Last Arena, il était bon mais rien de fantastique. Je ne comprends pas vraiment ces gens qui le considèrent comme un demi-dieu, c’est  bien mais d’autres en font autant. Je pars sur la Red Bull Elektropedia,  avec un Subb-an en live, franchement balèze. Merci aux sponsors Red Bull, sans quoi le son de cette scène aurait été misérable, comme quoi l’argent peut faire le bonheur. Je suis sûr qu’au niveau matos il en avait autant – si c’est pas plus – qu’à la Last Arena, je vous laisse imaginer le RAMDAM quand Tale of Us arrive derrière les platines.

Un son scandaleux, c’était à la limite du supportable pour ce qui est de la basse, mes oreilles s’en souviennent encore alors que je vous écris. Je m’attendais peut être à quelque chose de plus planant voire noir que de la violence Sans doute était-ce l’heure tardive qui les a poussé à s’adapter au besoin dévorant des bass-people de Dour ou bien était ce le rendu des monstrueuses colonnes de la Red Bull Elektropedia ? Trêve de supposition, on s’est retrouvé comme des petits fous devant un mix miné d’unreleased tracks. Ils nous ont passé un « Insane in Da Brain » parfait, suivi comme Cypress Hill le criera le lendemain soir de son « Hello I’m Dr Greenthumb. J’ai d’ailleurs lu de pauvres journalistes belges en dire du mal : « Cypress Hill, à peine audible gnagna… ». Cypress Hill, au même titre que Nas la veille d’ailleurs ont été plus qu’audibles. Grosse ambiance pour ce dernier, faisant revivre le Hip-Hop comme on l’aime POUM TCHAC. En même temps vous me direz, Nas qui interprète Illmatics à l’occasion de son 20ème anniversaire, c’était à marquer d’une pierre blanche. C’était sans compter sur le monde agglutiné devant la scène, une calamité, impossible d’avancer à partir de 100 mètres sans avoir à jouer des coudes pour avoir une place, quand bien même vous auriez réussi à entre-apercevoir le type microphoné sur scène alors vous seriez content de vous être dit « Ah ces tâches là bas qui courent et crient c’est Cypress Hill ». Dégoûté de ne pas m’être retrouvé en face de Machinedrum j’ai compensé grâce à une découverte en fin de soirée, une bruitiste m’ dit, « mais non c’est de la techno, mais sans véritable mélodie – Quoi ? ». Avant de partir pour la Cannubal Stage pour une fin de soirée portée sur la techno, je me suis arrêté au Dance Hall pour le live de Rone. Mélodieux  magnifique, il fallait s’accrocher pour en suivre les sons inédits tant le monde était là et la pluie intense. J’ai là découvert l’utilité des K-way, et ce pour quoi Dour est réputé, sa GADOU. Très agréable au toucher et un glissé splendide, c’est ce que certains on du se dire en atterrissant la tête la première dedans.

Je me suis retrouvé ensuite à enfin la Cannibal Stage pour le début de Paula Temple, alors que la soirée entamait sa fin.  Arrivé juste avant l’heure j’ai dû subir le « final » de LFO, je ne sais pas si c’est parce que je suis arrivé au mauvais moment, toujours est il que c’était une abomination, un son hyper aigu avec des basses surpitchées, ma foi très spécial, mais ce qui a suivi était tout aussi spécial. Paula nous a envoyé des trucs que jamais je n’aurais soupçonné imaginer, une vraie découverte, un nouvel espace de la techno s’ouvrait à moi, d’un chuchotement de porte elle donnait envie de tout péter tant sa techno est violente. Une vraie misère qu’elle nous a fait vivre.

 

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Crédits photo – Laura Palumbo

La boue aura égayé ma soirée, ou plutôt MES soirées parce qu’à partir de là, la boue s’est invité jusqu’à la fin. Un vrai champ de bataille, on aurait pu aller sur le site en péniche tellement le sol était mou. Une fois arrivé tant bien que mal au dernier jour du festival tout en ayant esquivé les drogués paranos, les catins en chaleur et les orgas babacools, j’ai enfin pu apprécier Moodymann. J’avais entendu parler dans des interviews, des trucs à droite à gauche, comme quoi il était un mec du genre à se tromper de côté de vinyle pendant son set. Mais le génie du bonhomme rattrapait toujours le coup, faisait une annonce pendant qu’il retournait habilement sa galette de l’autre main. Bref il me plaisait avant même de l’avoir vu mixer, j’avais assez hâte. Et je ne m’étais pas trompé sur son compte, il nous a livré un mix-cocktail, cocktail parce qu’il a réussi à enchaîner une grosse house-jazzy à mort avec un son techno limite tout en infrabasse, avec pour suivre un morceau de rock, bref il avait du talent, je me suis régalé, il a rejoint mon podium. Et après avoir pataugé au plaisir dans la gadou tout le long de la soirée, j’ai rigolé sur le set de Boys Noize beaucoup trop scénarisé pour être apprécié(able). A coup de « je coupe le son », de poing levé en signe de ralliement, la musique avait perdu en qualité après Moodymann. J’ai vite bifurqué après ça, vérifié que Len Faki était toujours une valeur aussi sûre (avec son petit marcel noir vous me direz que lui aussi se met en scène, je vous l’accorde et en rit avec vous), pour finalement achevé mon festival sur Boris Brejcha que j’attendais pas mal aussi, avec son « You Will Rise » pour finir son set qui a vachement bien rendu sur la Red Bull.

Très noir et très drôle à la fois de voir les gens en déprime, « c’est la fin là ? NOON », et si mes petits, c’est la fin malheureusement.

 

 

 

Hugo GALES pour High Five Magazine

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