Après une première expérience des plus réussies l’année dernière pour notre première couverture de festival à l’Eastern Electrics et un rendez-vous manqué avec le Dimensions 2013 , festival encore tout jeune mais dont la notoriété avait fait un bond en avant après sa première édition en 2012, on partait l’esprit tranquille et reposé. Cette année était donc la bonne et le Dimensions Festival apparaissait alors comme le lieu parfait et idyllique où finir ses vacances non pas dans le calme mais dans une ambiance qui restait tout même assez particulière.

Car au delà du line-up dantesque qui nous était proposé où Theo Parrish, Motor City Drum Ensemble, Ron Morelli, Roy Ayers ou encore Fred P se distinguaient et j’en passe, c’était bien le lieu qui changeait la donne au point de ne plus jamais vouloir en repartir. Si la comparaison avec le Pays imaginaire n’en est pas moins douteuse elle s’avère plutôt justifiée lorsqu’on découvre cette presqu’île réservée exclusivement au festival que ce soit pour danser, dormir ou manger. La magie opère dès les premiers instants et si le surnaturel et les fées ne sont pas présents, d’autres éléments tout aussi magiques laissaient rêveur.

Pour les plus chevronnés, on ne quittait jamais le site du festival, le camping étant collé et séparé par une dizaine de mètres de l’entrée. Le paysage avait quelque chose de spécial, la vue sur la mer Adriatique et le soleil omniprésent durant les 4 jours excepté le dernier soir, nous étions entourés d’îles et de sourires, la bonne humeur régnait et le partage était de mise.

Pas moins de 10 scènes si l’on compte celles en journée sur la plage étaient mises à notre disposition, de quoi satisfaire tout le monde, de la plus grande The Clearing à la plus petite Arija Stage (sans doute la scène la plus inutile du festival, se trouvant entre The Garden et The Moat, pourtant le public répondait présent malgré les retours des autres stages). Toutes équipés d’un système son adapté à l’environnement, le Dimensions Festival a travaillé longuement avec des ingénieurs pour convenir parfaitement à l’endroit.

Il était temps de se lancer et de lâcher prise pendant quelques jours.

Récit d’un voyage musical où les surprises se sont multipliées.

 

Jour 1

Le festival ne pouvait pas mieux débuter avec une première boat party. On m’avait vanté les mérites de cette croisière musicale qui devait me laisser un souvenir impérissable. On embarquait à bord d’un bateau qui aurait pu être conçu spécialement pour, le Dj booth était situé en hauteur tandis que les danseurs invétérés disposaient d’un espace généreux pour se dégourdir plus bas ainsi qu’un bar pour les assoiffés. Qui de mieux que San Soda et Space Dimensions Controler pour ouvrir le bal, le premier est celui qu’on invite pour notre soirée le 12 Septembre le deuxième nous avait fait rire et danser comme jamais lors de sa Boiler room au Dekmantel. Une parfaite manière de débuter le festival et de nous mettre en jambes, sous un soleil de plomb Aroma Pitch le trio casqués s’élançaient dans une heure première heure réussie où le Set It Out d’Omar S résonnait dans les oreilles et provoquait le chant de nombreux matelots présents à bord. De même pour Passion de Gat Decor qui eut son petit effet, la foule chauffée à blanc Space Dimension Controler pouvait à nouveau démontrer toute l’étendue de son talent dans un style on ne peut plus kitsch en débutant avec Everybody Walk the Dinosaur, toujours dans l’humour, malgré une vingtaine de minutes décevantes, la suite nous redonnait le sourire avant que San Soda n’entre en piste. Que dire ? Une claque de plus à ajouter aux nombreuses déjà reçues auparavant, on a décidément aucun souci à se faire il sera bien présent vendredi pour réitérer l’expérience. Retour à quai, les applaudissements fusent et le dernier morceau du belge nous donne les premiers frissons du festival.

On se rend alors compte de l’immensité du site, il faut bien 5 min de marche pour passer de la scène principale aux autres scènes. On se prend déjà à imaginer les trajets en compagnie des autres festivaliers éclairés par quelques ampoules qui jonchent le chemin. On découvre alors la Beach Party qui comportent deux scènes la plus grande qui raisonne de midi jusqu’à 20h et une plus petite et intimiste au fond qui réussit tout de même à attirer l’attention. Le cadre est parfait mais nous n’y avons presque pas mis les pieds, car croyez le ou non le calme est parfois le bienvenu et la plage du camping était plus propice au repos.

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© Dan Medhurst

Les choses sérieuses commençaient après le diner, la légende Roy Ayers ouvrait quasiment la scène The Clearing, pour ceux qui étaient au Weather Festival c’était l’équivalent de la scène été ou alors la scène principale du Macki Music Festival. L’homme le plus samplé au monde avait certes pris un coup de vieux mais le groove et la patte étaient toujours là, la foule reprenait en coeur le fabuleux Everybody Loves Sunshine, la musique électronique n’était pas la seule que l’on pouvait écouter au festival et heureusement, à 73 ans Roy Ayers nous faisait la leçon à nous les jeunes qui ne l’ont jamais connu dans sa période faste mais qui ont pris du plaisir à le découvrir plus tard. Le programme était chargé pour un premier jour, en bon chauvin mais surtout impatient de voir pour la première Jeremy Underground qui officiait avec son compère Brawther dans The Moat sans doute la scène la plus malsaine mais aussi impressionnante du festival, située dans une douve rectangulaire avec vue sur le ciel au plafond, un mur d’enceintes posé tous les 5 mètres, on en ressortait forcément un peu déboussolé. Sans doute poussé par l’engouement, l’énergie de la foule et un Brawther survolté (et plus axé techno), on eut le droit à peu de sons garage house avec vocals caractéristiques des sets de Jeremy mais plutôt des basses lourdes qui au bout d’une bonne heure semblaient légèrement répétitives, il n’empêche que True Force sut à nouveau provoquer une émeute avec « ce piano de Manchester » ainsi qu’un morceau où la vocale « I Like To Slammer » nous fit tous partir en vrille.

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Roy Ayers – © Marc Sethi

Prenait ensuite place Vakula, qu’on avait eu l’occasion de voir en début d’année à la Concrete, véritable digger à la technique sans faille, on avait hâte de retrouver ce DJ Ukrainien qui commence à faire tant parler de lui. Une sélection éclectique nous était à nouveau proposée avec des sons dont on aimerait fortement retrouver les noms mais c’est aussi ça la magie de la musique électronique. On croisa même Move D devant le Dj qui venait profiter de sa première soirée au Dimensions un verre à la main. On s’était promis un peu plus tôt de passer voir San Soda en B2B avec Gratts sur la fameuse scène Arija Stage le temps d’entendre Fred P balancer Quartier Sex – Mad Rey des copains de D.KO Records. Encore une fois pas de déceptions malgré la petitesse de la scène, Slide It In d’Atjazz en point d’orgue. On finissait par la dernière demi-heure de Marcel Dettman toujours aussi chirurgical sur la scène The Void qui tire son nom du système son qui l’entoure, un concentré de technologie dont le design fait penser à un vaisseau spatial, autant vous dire qu’à nouveau on en ressort pas indemne. Le temps de finir sur le « tube de l’été » qui a été entendu à maintes reprises durant ce festival, la version de Re-Plant du titre Never Grow Old de Floorplan qui a, il ne faut pas le nier, toujours un petit impact.

La balade du retour à travers le chemin de traverse avec le lever de soleil était le petit plaisir du matin, on repartait tout émoustillé d’un premier soir qui pouvait laisser présager de grandes choses pour les jours suivants.

 

Jour 2

Là intervint, tel un saltimbanque lancé dans la mêlée, l’ami Des Races. Le temps d’un récit court – celui d’une épopée homérienne, peut-être, ou d’un voyage à vingt mille lieux en mer.  Les jambes lourdées, le genou craquant, et déjà brinquebalant, bref, le popotin entre deux échasses, voilà déjà mes membres fatigués que je trainais sans peine. Un jour seulement en mer, et l’on se plaint des sirènes terriennes.  Pourtant il fallait se relancer, et dès quinze heures, sans répit, et ce jusqu’au petit matin. On s’était dit, l’équipage et moi, qu’une virée en bateau (et non en ville) nous saoulerait sufisamment pour ensuite prendre les voiles. Nous voici alors partis, laissant Pénélope derrière. En guise de naïades grecques, on m’avait pourtant refourgué les plus vulgaires anglaises. Un entrelacs de ficelle et de couleurdes criardes, si bien qu’on y confondit les fonds de teint trop appuyés et leurs maillots aux couleurs tapageuses, un sein qui déborde même, et des postures si peu classy… voilà ce qui m’attendait en guise de première épopée. On sut tant bien que mal résister à l’éccueil. Et malgré tout, dans une entreprise risquée, mais ô combien amusante, quelques compagnons d’outre-Manche avaient décidé d’atteindre l’Everest, ou le soleil, que sais-je, et pour ce faire, s’étaient ingénieusement grimpés dessus au grand risque de tomber à la mer. L’équipage avait pourtant prévu le coup : une horde de boués de sauvetage se tenait prête à l’emploi. C’était oublier que l’anglais a le pied marin, en son royaume comme en d’autres. Fixé à mon mat, je contemplais cette joyeuse bande de lurons nous apprendre ce qu’est une fête. Elle se définit comme un lieu de démesure, où l’on vaque aux plus grandes bétises dans un amusement sans faille. Cela, notre cher peuple voisin l’a bien compris.
Aussi ces gentils barbares avaient pris d’assaut le navire. Les pauvres corsaires français – car oui, la boat party Release The Groove battait bien le pavillon de notre hexagone – n’eurent pas de répit. On demanda ainsi à ce vieux loup des mers, un dénommé Jeremy Underground Paris, un briscard à l’oeil grisé, une âme farouche, fier dans ses idéaux, d’ouvrir le banquet. Avec lui à la barre, le navire fit cent fois le tour du monde. On fit escale au Brésil, pour se rincer l’oeil sur cette bonne vieille Leila Pinheiro, et pas mille autres ports d’attache. Puis vint l’escarmouche. La compagnie du roi de France répliquait. La complaisance du matelot Underground Paris n’était qu’un leurre. Les barrils de poudre tonèrent. Voilà que la terrible compagnie de Brawter accostait. Et vlan, paf, de terribles semonces. Pas de répit pour les braves. Il fallait s’accrocher, c’était comme passer Sodome puis Gomorrhe. La violence a du bon, les anglais chancelaient, on crut pouvoir les débouter. Dans notre entreprise, la compagnie corsaire avait cru bon d’inviter le pavillon Belge. L’amiral San Soda s’était une nouvelle fois glissé sur le pont. En bon pontif, il adoucit les moeurs. La guerre était oubliée, on s’aima de nouveau. Vive l’Europe et sa fraternité. Que diable, me voilà enfin en Olympe. Le temps d’accoster, je ramassa mes cannes pour le refiler, l’âme heureuse, à ce vieux compagnon de route. 

Notre programme de la soirée commençait seulement à minuit avec le légendaire Move D qui officiait sur la scène The Void dans un récital de trois heures qu’on lui connait bien. Si David Moufang avait pu être anglais il n’aurait pas hésité une seule seconde, à l’inverse de ses productions sur Smallville Records ou sur Workshop et à l’opposé de son travail avec Juju & Jordash dans Magic Mountain High, ses Djs sets marquent une réelle volonté de baigner dans la House made in UK caractéristique et d’un autre côté la furieuse envie de balancer les classiques aux vocales saisissantes. Move D qui n’avait cette fois-ci pas de verre de vin à la main mais nous a une nouvelle fois enchanté, tel un père de famille qui amuse et divertit ses enfants, Love Story de Layo & Bushwacka poussait alors le niveau d’intensité du set à son maximum, les bras levés on ne faisait qu’accueillir encore et encore les pépites de Mr D.

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Move D – © Dan Medhurst

Changement de registre ensuite pour aller s’enivrer des melodies rugueuses du boss du formidable label L.I.E.S, Ron Morelli qui jouait dans l’antre du démon The Moat. Quel plaisir d’entendre une techno travaillée et pointue, loin des boum-boum répétitifs des amis Chris Liebing ou Len Faki, la comparaison n’est même pas du tout recevable, à notre entrée retentissait Sea to Sea du français Voiski, quoi de mieux pour se rentrer dans le moule, une heure et demi de sonorités venues d’ailleurs pour au final en venir à la conclusion que malgré une tête des plus normales et attirant la sympathie l’ami Ron Morelli n’en était pas moins fou et littéralement dans un autre monde. Une leçon de technique et d’ingéniosité qui faisait de son set l’un des plus étonnants du festival.

Pas le temps de se reposer, j’avais notamment fait une concession en manquant la première partie du set de Theo Parrish pour Ron Morelli et pourtant c’est dire à quel point le natif de Detroit était au-dessus du reste pour moi. Peu importe, on assistait à une vraie mise en scène pensée et créée pour l’occasion par l’homme au bob. Munie de sa DJR 400, il jouait sans cesse avec la foule baissant les aigus puis les basses, tel un marionnettiste, on le voyait patienter devant ses platines le sourire qu’on lui connait au coin des lèvres, la foule tantôt énervée tantôt excitée. Les notes de Footwork laissait place à un quart d’heure d’une lenteur délicieuse, peut-être son exercice favori tant ses productions reflètent ce passage musical. On prenait à nouveau un cours de mix, qui pouvait aussi parfois être irritant mais qui au final s’avérait magique. Le final reste pour moi le meilleur moment du festival où après une track techno Theo Parrish enchaînait à ma grand surprise avec Second Wind de Tata Vega qui tapait comme jamais sur le système son Void, un brin accéléré, la foule était dans un état d’extase sans pareil. Dans son habituelle classe le guru finissait par un morceau de jazz qui venait nous donner le coup de grâce. Je repartais avec un sourire indélébile accompagné du même lever de soleil, les paroles en écho qui se répétaient sans cesse dans ma tête.

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Theo Parrish – © Dan Medhurst

Jour 3

La fatigue commençait à se faire sentir mais peu importe les plus belles choses étaient encore à venir, après une journée de repos bien méritée sans aucun impératif particulier, on se rendait au festival vers 22h pour voir le local Petar Dundov (dont vous pouvez lire l’interview ici) dans la fameuse douve, me direz-vous est-il un peu tôt pour écouter de la techno ? Allez demander aux quelques 200 personnes qui étaient déjà présentes. Pendant près d’une heure et demi le croate nous a gratifié d’un set d’une rare intensité, si vous vouliez planer en début de soirée c’est ici qu’il fallait être. Une techno mélodieuse où les synthés sont rois, aucune vocale bien entendu mais quel plaisir pour les oreilles, tout s’enchainait tel un conte que l’on récite aux enfants, on voyageait et si par moment la techno devenait plus agressive et plus noire on en redemandait encore. Si ses productions nous avaient laissé penser qu’un live aurait été le plus approprié, son dj set en fut d’autant plus une belle surprise.

Léger changement de registre ensuite pour aller voir le charismatique Funkineven, ce dernier qui au Macki Music Festival avait rayonné cette journée grisâtre de son talent avec les trublions Jay Daniel et Kyle Hall. Direction Fort Arena 1, sorte de bunker à ciel ouvert avec des murs de taggés de toute part. Peut-être l’un des sets les plus surprenants du Dimensions, quelle aisance, quelle sélection. Et oui quand on a le culot de retourner la scène avec un The Bells de Jeff Mills décéléré comme jamais et mixé à la perfection à minuit alors oui on se tait et on apprend. Ce style si particulier qu’on peut qualifié de « Raw » lui sied parfaitement et il le maitrise à merveille, pourtant ce n’est pas la musique que j’écouterai forcément chez moi mais là c’était un véritable plaisir auditif, passant de la techno à la house en un claquement de doigt et puis dans sa gestuelle, Funkineven a tout simplement la classe. Enfin un temps pour se reposer, on prenait place à l’écart devant The Clearing en attendant Moodymann. Il laissa d’abord la place à l’une de ses Moodygirl qui après un premier morceau enchainait avec You’re In My System remixé par Kerri Chandler, les frissons étaient toujours au rendez-vous et Moodymann prenait ensuite la parole : « I’m still your favorite bartender for the night, I still got some vodka for you on the front », on était prévenu.. Deep Burnt de Pepe Bradock s’en suivait à notre plus grand étonnement. Le groove était toujours là avant une nouvelle prise de parole de Kenny Dixon Jr. « It was already in 1971 », l’originale de Glory Box de Portishead mettait un coup d’arrêt au reste et on restait là savourant un moment unique, le pas lent, on aurait pu sortir les briquets..

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Moodymann & his Moodygirls © Marc Sethi

On ne pouvait évidemment pas manquer la dernière demi-heure du savant fou Roman Flügel qui ne l’est plus tellement depuis qu’il s’est coupé les cheveux, quelle erreur ! Son dernier remix du titre de Daniel Avery All I Need était toujours aussi génial à écouter sur de telles enceintes. C’était enfin pour la 4ème fois du festival au tour de San Soda de prendre les commandes des platines, toujours aussi à l’aise et éclectique, il délivrait une nouvelle prestation 5 étoiles, décidément.. On appris par la suite qu’il avait terminé avec un remix du grand Larry Levan. J’étais pour ma part assez curieux de voir Blawan dans la douve, le niveau de decibels était surement à son maximum, une simple boucherie si on peut l’appeler comme ça. L’anglais nous achevait à coup de basses tapageuses et sonorités saccadées (il faut l’avouer quasiment inaudibles) et pourtant on se prenait au jeu entourés de gens plus ou moins absorbés par la musique, rien de mieux avant d’aller se coucher. Il fallait bien essayer..

La journée du lendemain s’annonçait déjà magique depuis qu’on nous avait annoncé la timetable, je repartais une nouvelle avec une grand sourire dans l’attente d’une soirée mémorable..

Jour 4

La nouvelle tombait rapidement dans le camping, la soirée allait être accompagnée d’un orage a priori violent, on était prévenu et au fur et à mesure que le temps passait on se demandait si le ciel allait vraiment nous tomber sur la tête en regardant le ciel où les nuages étaient peu nombreux. Mais on le sait tous le temps peut changer à tout moment et on en fit vite la bonne ou mauvaise expérience pour certains. Une autre nouvelle nous était aussi parvenue et pas des moindre un B2B géant allait peut-être se mettre en place sur la scène The Void, Jeremy Undergrnoud, Floating Points et Motor City Drum Ensemble, sinon tout va bien ?

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Jeremy Underground – © Zoe Lower

Mais d’abord on avait hâte de découvrir le live Bordeland de Moritz Von Oswald et de Juan Atkins. Présent à la bonne heure et après plus d’une demi-heure d’attente on pris notre courage à deux mains et on alla se délecter d’une sélection spéciale « You’re a melody » comme l’avait annoncé cette semaine Jeremy Underground. Il y avait peu de monde mais quel bonheur d’écouter de la Soul, du disco et même de la chanson française avec Rien N’est Impossible de Nicole Martin sur un système son de cette ampleur. On dansait allègrement, les sourires sur toutes les lèvres avant que des trombes d’eau ne s’abattirent sur nous accompagnées d’un orage d’une rare intensité, le tout avec un vent violent qui fit envoler l’un des vinyles de Jeremy. On a été pris de court et dans la précipitation on a sans doute choisi le plus mauvais spot sous un arbre avant de rebrousser chemin et de s’abriter sous une bâche minuscule à droite du Dj. Tel un radeau de fortune on observait un éclair tomber sur une des ampoules à 20m à peine de nous. Tous nos espoirs de B2B légendaire commençaient à sentir le roussis, toutes les scènes avaient fermé excepté l’infatigable The Moat. On patientait jusqu’à ce que les techniciens installent à nouveau les platines, le spectacle allait reprendre, le boss de My Love Is Undergrnoud reprenait de plus belle avec des morceaux plus énergiques avant de laisser place à l’anglais Floating Points et à l’allemand Motor City Drum Ensemble. Durant près de 5H les deux énergumènes se sont adonnés à un exercice de style périlleux alliant tous les genres, la pluie ne s’arrêtait pas et la foule non plus, la scène est restée pleine jusqu’à la fin. Bon nombre de danseurs avaient eu l’intelligence d’emmener des ponchos d’autres avaient improvisé mais tous réagissaient en coeur au récital auquel nous avons eu droit. De la disco ravageuse de MCDE (Venus Dodson – Shining) aux productions méticuleuses de Floating Points (ARP3) en passant par la track acid à souhait Downfall d’Armando, même si Don’t You Want It de Davina était clairement la plus grandiose. On a eu le droit à tout et c’était d’une qualité rare. Et pour clore un set rondement mené Floating Points ajoutait sa touche You’re a Melody avec le délicieux I Think I’m Fallin In love – Leroy Hutson.

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Motor City Drum Ensemble & Floating Points – © Dan Medhurst

Le son s’est malheureusement arrêté à 5h30 et on a décida qu’il fallait mieux finir sur cette belle et superbe note. Un peu de nostalgie commençait à montrer le bout de son nez et mais on repartait cette fois-ci sans le moindre rayon de soleil mais avec le sentiment du devoir accompli après un festival riche en surprises et en aventures.