Pause clope en admirant une fusée, et puis on retourne danser devant un réacteur de 4 mètres de haut. 

Je m’attendais, dès le moment où j’ai acheté ma prévente, à quelque chose de très grand. On m’a servi une soirée relevant du gigantisme. C’est sans doute ce qui m’a le plus frappé cette nuit là : à la Die Nacht, on fait la fête à une toute autre échelle.Reprenons les choses du début. Nous sommes partis à trois par le dernier RER, ce qui a a posteriori relevé plus de l’imprudence que du pragmatisme. Avec quelque chose comme trois mille personnes attendues, nous ne pouvions que faire la queue en rongeant notre frein avec les autres fêtards, attendant les navettes promises. Et, une fois arrivés devant les bâtiments du Bourget, la queue n’en fut que plus longue. Il ne nous restait que les basses entendues de loin pour attendre. 

C’était le prix à payer pour rejoindre le grand hall de l’aéroport. Après tout, cela peut sembler dérisoire quand on sait ce qui nous attendait par la suite. Nous passons donc l’entrée, puis marchons sur un tarmac peuplé de clubbers, avant de parvenir à l’une des grandes portes du hall. Le son nous était parvenu progressivement, le choc fut donc visuel : à aucun moment je ne n’aurais pu imaginer que deux Concordes placés tête-bêche dans le hall d’aéroport pourraient prendre autant de place. Après vérification, il n’y a rien d’étonnant à cela : chaque avion fait un peu plus de 60 mètres de long et 25 d’envergure. Le hall devait donc s’étendre sur une centaine de mètres dans sa longueur. Ces dimensions donnent une idée d’abord du nombre de participants et de l’importance de la mise en scène, mais aussi de la qualité de l’acoustique. Sonoriser un tel espace ne doit pas être une mince affaire, mais le staff de la Die Nacht s’en est sorti à merveille, l’écho de l’immense hall donnant une résonance et une ampleur inattendue au son. Etant arrivé sur les coups de 2h, j’ai raté une partie du line-up : Olibusta de 22h à minuit, ainsi que Patrice Baumel jusqu’à 1h30. Il me restait donc environ 1h30 du duo formé par Troy Pierce et Tomas More, avant que Kristian Rädle de Âme ne prenne le relai jusqu’à la fin (son coéquipier Frank Wiedemann était en déplacement à Lisbonne). Déçu d’avoir raté la performance du français de Get The Curse, je ne fus pas en reste en découvrant ce que nous proposèrent les trois platinistes restants. C’est là que l’on s’est rapidement aperçut que cette soirée n’était pas une nuit à passer devant un mur d’enceintes à se plonger dans les décibels. Le lieu est avant tout une partie du musée de l’Air et de l’Espace : on avait donc autant, voire plus, à regarder qu’à écouter. Il est assez surprenant de danser aux côtés d’espaces d’expositions expliquant en détail le fonctionnement des Concordes et autres engins volants. Passés ces quelques moments de surprise culturelle, je me suis retrouve à danser dans une foule excitée et hallucinée. Et il y avait de quoi.



Tomas More



La cabine des DJ était installée sous l’aile de l’un des deux avions, assez vaste pour accueillir une scène et ses deux murs d’enceintes. Les fêtards étant agglutinés devant la scène, nous apercevons de loin le duo formé par l’allemand et le français sans pouvoir l’approcher ; le son était pourtant déjà assez puissant pour nous rendre frénétiques, surtout devant le spectacle visuel du corps rond et brillant de l’avion. La surface polie reflétait les lumières qui la rendaient encore plus attirante. Mon regard passait des Dj aux avions, des avions aux Dj, et ne parvenait pas à s’adapter à la différence d’échelle entre celle des hommes et de ce qui me semblait de loin être le vaisseau féérique de la Princesse Leïa … 

En bande son de cette démonstration de gigantisme, Troy Pierce et Tomas More nous ont ciselé une une techno sans compromis qui, dans l’immensité du hall, prenait une toute autre forme. J’étais habitué à des espaces plus restreints, mais aussi à un système son plus réduit. Là, l’endroit était surréaliste, et le son le fut autant. Ce dernier était tout de même très différent que lors des rendez-vous parisiens habituels. Les beats, émoussés par leur propre écho, semblaient plus flous sans pour autant perdre de leur puissance. C’est aussi pour cette raison que je n’ai pas pu être aussi attentif que j’aurais voulu au travail des DJ. Toute la structure du son perdait en précision pour gagner en intensité, les watts se répercutaient partout, et au final nos sens étaient désorientés mais aussi émerveillés.


Troy Pierce


 Le son original est censé être précis, brutal et régulier : il était ici transformé par la résonance, prenait une ampleur inattendue. Le rendu acoustique prenait une autre dimension, éclipsé par les artifices visuels sans perdre de sa beauté. Alors que l’on commençait à peine à s’habituer à cet environnement si original, Kristian Rädle est arrivé pour prendre le relai. Après une transition sans bavure, la moitié de Âme est parvenue à imposer son propre style tout en restant dans la continuité des précédents. Ayant depuis changé d’endroit, j’avais un point de vue différent sur la scène. Une fois plus près des enceintes, le son n’en fut que meilleur, mais je m’aperçut aussi à l’inverse que les jeux de lumière installés derrière la scène étaient trop peu importants devant l’ampleur de l’espace. Mais Rädle rattrapait parfaitement ce petit manque à l’aide d’un son très griffé : en réutilisant les bases, très efficaces, de la techno des précédents, ils ajoutaient des samples plus mélodieux et parfois vocaux qui n’ont fait qu’emplir le hall de sa marque de fabrique. La salle ne désemplissait pas, et la foule s’excitait de plus belle aux côtés des trains d’atterrissage des majestueux appareils.

Encore quelques dizaines de minutes, un petit tour au bar (qui suscite une quasi-émeute), on lit un article sur les fusées et les avions sur un mur de la partie « musée », on admire un réacteur digne de Star-trek, puis on décide de partir, un peu après 5h30. Le retour est au moins aussi difficile que l’aller : les navettes sont prises d’assaut par les hordes de fêtards, qui, les yeux encore épatés par ce qu’ils viennent de voir, en rendent l’accès compliqué voire impossible. 



Kristian Rädle de Âme



Mais que de broutilles pour cette belle soirée, une parenthèse de haut niveau dans ce morne mois de Septembre. Pour compléter le tableau de la Die Nacht 001, on ne pourrait que relever l’entre-deux dont la soirée fut l’objet, car, tout en recréant l’atmosphère des grandes fêtes d’outre-Rhin (et c’était son ambition), elle restait étrangement très française. Après tout, n’est ce pas lancer un cocorico enorgueilli que de faire la fête sous ce qui fut le fleuron de l’aéronautique du pays ? Le b2b de Pierce et More semblait faire un équilibre intéressant entre les scènes allemande et française, mais, à n’en pas douter, la Die Nacht est une grande invention française.
Paris a définitivement une nouvelle nuit. 

Merci ! 


Ps : Le nom de cette soirée, Die Nacht 001, fait référence au tout dernier vol du Concorde en 2003, immatriculé AF001. Si c’est pas un bel hommage ça …

Jb.

Pour continuer à faire la fête avec Die Nacht c’est ici, et pour les belles photos c’est à Alban Gendrot qu’il faut s’adresser. 

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