Cher lecteur, comme tu le devines surement aisément, je m’adresse à toi comme à un collègue. A un partenaire, un ami. Selon toutes vraisemblance, je t’ai croisé à l’Eastern Electrics l’année dernière, ou au Dekmantel il y a quelques jours. Et si ce n’est toi, un cousin, une connaissance. Avec toi, plus ou moins régulièrement, la planète électronique se réunit dans des lieux plus ou moins insolites, retirés, ou secrets. Ensemble, cette masse anonyme et extravagante assiste impuissante aux parades abrasives des watts à gros volumes. Elle écume ces meetings comme autant de courses aux performances, aux records. Elle parcourt le globe en quête de mélodies, et de rythmes. Cette année, se tenait en lisière sud d’Amsterdam, aux abords de l’aéroport de Schipol, perdu dans la forêt d’Amsterdam Bos, plus ou moins les championnats d’Europe techno et house (avant les jeux olympiques en croatie, début septembre). Plus ou moins, tout est là. Veuillez faire la queue en ligne, un officiel compostera votre entrée.

DAY 1

Amsterdam est une ville baignée dans l’eau tiède et verte, où les ponts courts et bombés marient les façades pastels aux devantures baroques. Nous accostions l’autre venise du nord en début d’après-midi, faisant le choix de s’y perdre précisement, pour s’y mener vaguement. Deux heures d’errance stupéfiante plus tard, nous mettions le cap sur Schipol, au hasard des vents, comme au gré des marrées. A l’abord du camping, se hâtait à contre courant une masse de cyclistes assez élégants, parcourant sans peine les 30mn de trajet séparant les 4 scènes du festival des cabines du camping. Les non-bataves peinaient davantage sur ce qui sera pour trois soirs la piste principale du ballet nocturne de masses aux pas synchronisées, rendant les armes en cadence une fois 23h passé, à 120 beat par minute et sans le moindre accroc. Nous plantions les piquets au bord de l’eau, mobilisant notre faible expérience de campeurs pour nous ménager un peu d’air frais, et de l’ombre au matin. A la hâte, nous rencontrons nos voisins anglais qui, immobiles et silencieux une fois la nuit tombée, ne se le révélèrent pas vraiment, et français, dont l’expérience festivalière (Dour, Norbergt, Dekmantel in a row à la quarantaine) inspirait de belles conversations, et dont la confiture aux fruits rouge attirait la convoitise au petit-dejeuner.

10593078_930747196952458_5196108380876301997_n

© de fotomeisjes

Il est presque dix-huit heures quand nous quittons le camping, laissant le ciel chargé s’adoucir, quelques nuages mettre les voiles, et le soleil le sien. A la surprise générale, le site du festival laissait une large place a l herbe (..!), et aux brindilles damées. On découvrait le Main stage, dans l’axe de l’entrée, dont un large écran lcd parcourait incurvé sur une cinquantaine de mètres l’arène délimitée. Au centre, seul le toit en toile d’un chapiteau habitait le cirque ininterrompu des danseurs européens. Une centaine de mètre en retrait, un véritable chapiteau teinté de jaune et de bleu accueillait les bpm un peu plus sérieux, les sonorités techno, et les danseurs correspondants. Enfin, un peu plus loin, au bout d’un chemin de terre poussiéreux, se tenaient les deux dernières scènes, plus intimistes. La première logeait sous un large sol-pleureur foudroyant et laissait les derniers rayons du soleil dansoter entre les feuilles. L’autre était montée intégralement sur des lattes de bois claires, avec quelques parcelles d’herbes dans les coins. Côté musique, force est de constater que cette première soirée fut légèrement décevante.

A notre arrivée, Talaboman nous fait d’emblée regretter nos errances urbaines en clôturant leur sets par dix minutes d’anthologie ou les mélodies aériennes et estivales côtoient les rythmiques lourdes et tribales. La foule semble encore émoustillée des deux heures précédentes quand Jamie XX entame son set, péniblement, nous poussant même deux sons plus tard à aller checker DJ Harvey. Ce dernier, peu inspiré, soulevait la foule avec une house aux accents disco, tous les quarts d’heures seulement. Pour conclure dans la nuit noire, Jaar entamait son live d’une heure (partiellement nouveau seulement) comme un roi sur la main stage, déjà acquise à son nom. Sa patte fut là, racée et pulsée, alternant synthés d’ambient bien maîtrisés et beats mâle, sexuels, et envoutants. On regrettera néanmoins une certaine cohérence globale d un live trop peu tendu pour fatiguer pour de bon les danseurs, sautillant, domptés au pas sur le chemin du retour.

10369569_930749153618929_999984292124655933_n

Nicolas Jaar – © de fotomeisjes

DAY 2

Le deuxième jour on arriva au festival pour la fin du set de Âme. Sa techno à la fois puissante et hypnotique sut nous tirer de notre torpeur. On n’aurait peut-être pas dû rester sur la scène principale pour voir Bicep, cela nous aurait évité d’entendre Never Grew Old se faire massacrer par un filtrage intempestif des basses. Mais bon, tant pis. De toute façon Joey Anderson commençait sous la tente XLR8R, et les festivaliers présent allaient vivre le meilleur warm-up techno/house du weekend.

Motivés comme jamais a l’idée de retrouver la bande de Détroit, quelle fut notre surprise à la fermeture de la scène « Woods » jusqu’à nouvel ordre. La louable organisation hollandaise n’avait anticipé un mauvais temps et un vent trop fort, craignant donc qu’un des chênes centenaires entourant la scène puisse décider subitement de devenir fragile. Le gaulois redoute que le ciel lui tombe sur la tête, le dutch partyman un chêne centenaire enraciné. Qu’à cela ne tienne, de tels aléas forcent aussi le charme des festivals, et on trouva plus tard Rick Wilhite, Theo Parrish, Marcellus Pittman et Moodymann accompagnés de Kyle Hall et Jay Daniel pour un début endiablé. Le set de la jeune garde ayant été quasi annulé, ce geste était le bienvenu de la part de Three Chairs. Moodymann arborait une serviette en guise de couvre-chef (#ghetto) alors que Parrish semblait attaqué par la fée alcool. En conséquence de ces différences d’appréhension de l’instant présent, et avec un Marcellus officiant comme MC, les nuances stylistiques différaient quelque peu. Parrish nous gratifiait d’une techno lourde et puissante à chaque prise de commandes. Pour autant, la science musicale masquait cette hétérogénéité et des transitions à la corde pour un set haut en couleurs qu’on aurait pu titrer « Du génie et de la limite avec le n’importe quoi »

10590664_930817166945461_5493203699708654591_n

Marcellus Pittman – © de fotomeisjes

En résumé, c’était de la frappe et on a réellement pris notre pied. L’un des objectifs de ce festival était aussi la visite d’une cathédrale électronique, le Trouw. Cette boîte d’anthologie, installée dans un répit administratif permanent depuis quelques années et qui fermera ses portes à la fin de l’année, accueillait l’une des after partys du festival dès minuit. On passa notre tour pour les au revoir de Three Chairs avant de sauter dans les navettes prévues. Malheureusement, un certain sens de l’anticipation nous fit défaut, et dénués de preventes, la queue étant déjà titanesque, il nous fut impossible de rentrer. L’occasion d’une rencontre fortuite se présenta avec un français passionné de gaber pendant cette longue attente, qui s’avéra être une vieille connaissance. Esprit festival, pas de déception malgré une petite frustration. On cherche alors un taxi, le déplacement coûte cher ! Jusqu’à la proposition d’un type moyennant un prix plus raisonnable.   Sa rutilante voiture venait de lui appartenir, la house coulait à fond dans la radio, il shazam la musique. On voyait donc un hollandais lambda, dans un quartier quelconque, à fond dans son élément. L’apanage de tout un pays ? Évitons les clichés, mais on a tout de même dénoté une culture musicale plus agréable et développée qu’ailleurs. Un dernier hasard nous a amusé. Reconnaissant notre langue française, le faux taxi nous sort un autocollant de la Concrète. Il venait d’amener quelques heures plus tôt Brice Coudert le directeur artistique de la péniche électronique sur le festival. Que le monde est petit ! Et on rentra se nicher dans les bras de Morphée, prêts pour le dernier jour.

10530924_930817366945441_1870680462835874542_n

Theo Parrish – © de fotomeisjes

DAY 3

Pour le troisième jour les organisateurs avaient envoyé du lourd. Efdemin & Marcel Fengler en ouverture sous la tente (sûrement la salle la plus intense), puis de 18h à 23h se mêlaient sur quatre scènes Robert Hood, Surgeon, Jeff Mills, Marcel Dettmann & Luke Slater, Ben Klock & Ryan Elliott, DJ Koze, Tale of Us et DVS1. Paf. Il fallait faire des choix.

Le premier, indéniable, fut de se lever tôt pour aller apprécier la techno « tribale » d’Efdemin (merci Amp). Malheureusement un passage au stand bières en ville nous a ralenti dans notre entreprise, et il ne restait que 30min lorsque l’on arriva sous la tente. Rétrospectivement cela était peut-être préférable, tant la demi-heure fut intense. 2h comme ça et on était plié pour la journée. Car ensuite, après une pause déjeuner au main stage où clairement c’était pas Makam, on n’a pas réussi à s’arrêter. Pour commencer Ben UFO officiait sur la scène Selectors Warsteiner, à mi-chemin entre le Main Stage et The Woods où on avait pu admirer 3Chairs la veille. Toute en longueur, la piste de danse bordées par des arbres centenaires entraînait les festivaliers vers la cabane du DJ surplombée par un gigantesque saule pleureur. Et alors que mère feuillage englobait toute la foule de son aura, l’OVNI anglais au visage enfantin délivra un set d’une rare qualité. Une sélection aux petits oignons, taillée pour une après-midi ensoleillée, embrassait la foule. Entre pépites house, UFO lâchait le beat raggaeton de Temperature de Sean Paul, revisité (peut être l’originale ?), et tous se rappelaient leurs jeunes souvenirs de Top 50 avec allégresse. Dans un esprit jungle, UFO a gratifié le public de congas et autres percussions bien sentis, un sourire permanent en coin, sûr de sa réussite.

10599205_931051786921999_1630517541444549850_n

© de fotomeisjes

Cependant, il était temps de se rendre devant l’un des maîtres de ce festival, celui qui se distingue par sa bonhomie, sa sobriété et sa classe. J’ai nommé DJ Koze. Tout en lenteur et en basses soufflantes, tirant le meilleur parti du système son Funktion One, Koze a bluffé son auditoire. 2h de set impressionnantes, la seule envie en résultant était d’en réclamer plus, et on sortait frustrés comme jamais d’une fin trop précoce. La seule ombre tableau est la modestie de l’allemand qui n’a joué aucun de ses morceaux ! Finissant sur une note burlesque avec Waldemar Schwartz « La Taza Del Oro », il rappelait sa culture non-électronique. Peut-être est ce là tout le secret du savoureux talent de Kosi. On attend avec impatience une prochaine rencontre, tant celle-ci était différente de  l’Eastern Electrics de Londres l’année passée. Les festivaliers n’avaient sûrement pas lu la critique dithyrambique d’H5 du set de Tale of Us l’année dernière au même festival, mais l’ambiance était électrique lorsque les men in black italiens sont arrivés sur scène. Restant de marbre toute la première heure, lunettes noires vissées sur le nez, le duo s’est déridé progressivement la conquête du public avançant. Car c’est un vrai duel que nous livrait les deux DJ armés d’une techno futuriste. Alors que le public, vaincu, laissait éclater sa joie, les conquérants esquissaient leurs premières sourires. Rejoins par Marcel Dettmann pour la fin de leur set, leur dernier son Can’t Do Without You de Caribou ponctuait parfaitement cette dernière journée.

 

Article à trois mains, Bonny – Marius – Matthieu

Articles similaires