Cette année, Les Rencontres d’Arles rendent hommage à la photographie noir et blanc. Les Rencontres d’Arles consacre un support, une manière de photographier qu’on a trop vite enterré à maintes reprises. La photographie en noir et blanc est pourtant bien vivante. Nombreux sont les artistes qui refusent la couleur, préférant le terne, la grisaille, le clair-obscur. La photographie en noir et blanc permet un autre regard, plus posé. Elle est comme un interstice, une pause nécessaire. Elle se différencie des milliers d’images que nous percevons chaque jour, ne serait-ce que par sa poésie.
1974, Beach Pond
 
1974, Jamestown
S’il l’on en vient à parler de poésie, en photographie bien évidemment, comment ne pas mentionner l’artiste fino-américain Arno Rafael Minkkinen. Située dans les ateliers mécaniques d’Arles, la rétrospective de l’artiste proposée par Les Rencontres d’Arles cette année vaut le détour. Elle est sublime en tout point.
Arno Rafael Minkkinen est né en 1945 à Helsinki. Il émigre à l’âge de six ans vers les Etats-Unis. Il habite Brooklyn, étudie la philosophie.  Plus âgé, Minkkinen retourne en Finlande. Ce retour aux sources le marque profondément. Sitôt les premières terres norvégiennes foulées, le photographe finlandais avouera se retrouver lui même en ces terres. Il est loin du fouilli américain, des ses grandes villes verticales. Il préfère l’horizon à la grandeur. Il découvre vraisemblablement les grands ensembles blancs, la neige à perte de vue, éternelle. Il est marqué par les paysages, profondément touché par leur beauté.
Foster Pond
 
 
 
Le photographe va peu à peu se mouvoir dans ces espaces naturels. Il met en scène son corps, jouant avec les auréoles de l’eau, caressant les cimes d’un mont, s’imbriquant entre deux mas. Si l’on aperçoit le corps de Minkkinen, sous presque toutes les coutures, on ne voit toutefois pas son visage. Jamais ou presque. L’artiste n’apprécie guère sa figure. Né dans une famille où tous les êtres sont extrêmement beaux, il est le petit vilain canard. IL trimballe son bec de lièvre, sa figure détonne parmi ces Apollons. Il lui faut alors magnifier son corps autrement. Il choisit alors le reste. Il magnifie ce corps grand, élancé, musclé et sec, affiné par une pratique rigoureuse du yoga. Il s’amuse avec sa main, qui tient sagement le crayon avant de noircir la mer de son encre. Ses pieds se joignent aux restes pour former un être difforme, mais terriblement beau. Avec Minkkinen, le corps prend des proportions qu’on ne soupçonnait pas. Il se tortille de mille manières qui laissent pantois le spectateur. Il force l’admiration devant cette prouesse technique. Minkkinen impressionne, il rejoue son éternel défi contre la pesanteur. Il semble flotter, on l’aurait posé là, sur la pointe d’une falaise, un souffle et il s’envole. Ses courbes demeurent, comme l’arrondi d’une statue grecque.
1997, Peaks and valley, Lake Powell
 
2007, Tree and forest, Malm
 
Fosters Pond
 
 
Mais bien plus encore, sa photographie dégage une douce poésie. Elle laisse rêveur le spectateur, elle le plonge dans un univers aussi agréable que peux l’être un morceau de Satie. C’est un vertige de tendresse, auquel s’ajoute un humour léger.
Au fil de l’exposition, on voit le corps de Minkkinense vieillir, bien naturellement. Avec l’âge, le photographe assume son visage, il nous offre un de ses rares portraits. Il nous invite à contempler les fruits de l’âge, dans un corps toujours splendide, bien qu’ayant perdu de sa vigueur.
Minkkinen n’est pas toujours seul. Il offre le cadre à sa compagne ou à son fils. Leurs photos sont magnifiques, empreinte d’une tendresse sans borne. Ce sont peut être les plus belles. L’amour, en noir et blanc, sous toutes ces formes, dans toutes les positions, voilà de quoi toucher de grands romantiques.

1992, Self-portrait with Maija

 

2002, Lawrence, Ta’cec, Malta
 
Father and son.
Des Races.
 
 
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