Depuis le 1er novembre, le Mois de la Photo a débuté à Paris. Les occasions sont donc nombreuses pour sortir sa petite laine, prêt à découvrir une ribambelle d’artistes plus inspirants les uns des autres.

En parallèle de cet événement, plusieurs grandes expositions s’y sont jointes, nous permettant de (re)découvrir quelques grands noms de la photographie. Tel a été le cas avec la rétrospective de Garry Winogrand au Jeu de Paume (notre report ici), et cela continue avec celle consacrée à la photographe Alix Cléo Roubaud à la BNF. Surfant sur l’une des thématiques du Mois de la Photo, « Au cœur de l’intime« , la BNF nous propose une plongée dans l’univers de cette jeune artiste, emportée bien trop tôt par un cancer.

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                                                   Si quelque chose de noir – © Alix Cléo Roubaud

Née à Mexico en 1952, mais Canadienne d’origine, Alix Cléo Roubaud a d’abord étudié l’architecture et la philosophie avant de se consacrer pleinement à la photographie en 1978. De ses études, elle gardera le goût pour la recherche et la théorie, qu’elle retransmettra dans ses « journaux », sorte de petits manuels à usage personnel dans lesquels elle y notera inspirations et écrits sur son travail.

La photographe s’inspire de la pensée du philosophe Ludwig Wittgenstein qui , connu pour sa recherche sur la philosophie du langage, concevait la philosophie comme « une activité de clarification logique des pensées » : pour lui, la vérité ne se manifeste que dans une seule version, le langage de l’image. Alix Cléo Roubaud fait  de ce langage sa propre vérité. Pour elle, le journal intime et la photographie sont deux modes complémentaires de l’écriture de soi; écrits et images ne peuvent donc pas être dissociés.

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                                                     Autoportrait – © Alix Cléo Roubaud

De par cette première rétrospective, la BNF nous entraîne dans l’intimité de l’artiste au travers ses nombreux autoportraits et les clichés de sa vie de couple. «  La photographie de la personne aimée est « objet sentimental, comme l’est la mèche de cheveux, le vêtement laissé par hasard chez vous […]. Le photographe est un maniaque collectionneur ».

Et c’est d’ailleurs grâce au poète Jacques Roubaud – son mari à la ville, et ses donations à différentes collections nationales (dont la BNF) que l’on peut découvrir l’ampleur et la diversité du travail de la photographe.

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                                                  Sans titre – © Alix Cléo Roubaud

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                                                   Le baiser – © Alix Cléo Roubaud

Regroupant plus de 200 photographies ainsi que des documents et des textes inédits, l’exposition nous montre un large panel de sa création : paysages, portraits, recherche expérimentale. Les photographies sont empreintes d’une atmosphère fantomatique, le double et le reflet étant le leitmotiv de son travail.

On déambule donc parmi tous ces clichés en noir et blanc, et on découvre avec plaisir et une certaine curiosité cet état de recherche chimique et théorique propre à l’artiste, qui œuvrait à l’ombre de sa chambre noire. – « La photographie est vraiment une forme de silence. »

 

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                                                       Sans titre, vers 1980 – © Alix Cléo Roubaud

 

A lire :

Journal (1979-1983), Alix Cléo Roubaud. Seuil 2e ed. 2009, Collection Fiction and Cie.

 

Informations :

Exposition Alix Cléo Roubaud, Un sens exact d’asymétrie

Jusqu’au 1er février 2015

Bibliothèque nationale de France

François Mitterrand

Quai François-Mauriac

75013 Paris

 

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