Ah le synthétiseur Moog.. Ce cher boîtier qui nous accompagne depuis bon nombre d’années, marquant autant les esprits que les oreilles. Mais l’invention de Robert Moog ne serait pas ce qu’elle est aujourd’hui sans l’intervention de Wendy Carlos. Retour sur ce drôle de personnage qui permit l’éclosion de la musique électronique.

En 1964, le salon Audio Engineering Society se déroule à New-York. L’AES, créée en 1948, a pour but de faire se rencontrer les professionnels de l’audio, qu’ils soient ingénieurs, scientifiques, artistes ou encore étudiants. En cette année de 64, une jeune ingénieure du son, Wendy Carlos, s’y rend, sur les conseils de son ancien professeur d’université. En flânant entre les différents stands exposés, l’œil de Carlos est attiré par l’un deux, sans pour autant voir son représentant somnoler sur la banquette d’à côté. Elle trifouille deux-trois machines exposées, et voilà que Robert Moog se réveille de sa sieste. Quelques banalités et un numéro de téléphone échangés, une belle amitié vient de voir le jour.
Quelque temps après, Robert Moog tente de promouvoir un étrange boîtier, et demande à Carlos d’en faire la promo, elle qui avait été bien aiguisée par son prototype présenté lors de l’AES. Le fameux synthétiseur Moog en main, Carlos se met donc à l’ouvrage et sort deux tracks réalisés entièrement au synthé : What’s new pussycat, une reprise de Burt Bacharat, et Eleanor Rigby des Beatles, qui figurera par ailleurs sur leur album By Request.

Mais c’est avec l’album Switched-On Bach, sorti en 1968, que le fameux synthé modulaire et la musicienne se font connaître. En reprenant des morceaux du répertoire de Jean Sebastian Bach, Wendy Carlos permet, à la manière d’un Pierre Henry, la reconnaissance de la musique électronique aux yeux du grand public. Cet album sera d’ailleurs l’album de musique classique le plus vendu au monde, et fera gagner 3 Grammys Awards à sa compositrice.

Mais Wendy Carlos n’a pas attendu sa rencontre avec Robert Moog pour faire ses premières gammes. Intéressée dès son plus jeune âge par la musique, cette artiste née homme sous le nom de Walter Carlos en 1939 à Pawtucket (Rhode-Island) – son changement de sexe ne sera révélé qu’en 1979 -, compose dès ses 10 ans un trio pour clarinette, accordéon et piano. En 1953, à 17 ans, elle invente son premier ordinateur, ainsi que son premier studio dans lequel elle manipule des bandes magnétiques qui lui permettront d’élaborer ses premiers sons électroniques. C’est donc tout naturellement qu’elle s’orientera vers des études de musique et de physique à l’université de Brown, puis se dirigera vers celle de Columbia. Et c’est dans cette dernière qu’elle s’initiera à la musique électronique sur le synthétiseur RCA Mark II – l’ancêtre du Moog -, par le biais de son professeur Vladimir Ussachevsky. Le même qui l’invitera, peu de temps après, à venir travailler au sein du Columbia Princeton Electronic Music Center, centre de recherche musicale qu’il créé en 1955 avec Otto Luening.

A la même période, Carlos assiste aussi Leonard Bernstein – compositeur de génie, qui écrira entre autres la partition de West Side Story – lors de concerts de musique concrète à la Philharmonic Hall du Lincoln Center. Un an après la sortie de son album Switched-On Bach, soit en 1969, elle réitère l’expérience en reprenant des classiques de Monteverdi et Haendel, pour l’album The Well-Tempered Synthetiser, mais cette fois-ci en enregistrant plusieurs couches de synthétiseurs, ce qui pour l’époque est considéré comme complètement révolutionnaire.

moog synthétiseur en 1977

Le synthétiseur Moog dans sa version de 1977

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Wendy Carlos © Vernon Smith

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Studio Brodway, ou le studio dans lequel Wendy Carlos travaille © Vernon Smith

En continuant sur sa lancée de reprises de grands classiques au synthétiseur, Wendy Carlos s’amuse a retranscrire la 9e symphonie de Beethoven. Reprise qui ne tombera pas dans l’oreille d’un sourd, puisque c’est à l’écoute de cette révision que le grand Stanley Kubrick décide de la contacter afin qu’elle réalise la bande originale du film Orange Mécanique, puis de Shining. En 1982, l’artiste s’attaque à la B.O du film de science-fiction Tron de Disney, pour lequel elle combine un orchestre philharmonique à des synthétiseurs. Méthode qu’elle répétera deux ans plus tard pour son album de compositions personnelles Digital Moonscapes.

Entre temps, elle compose pour elle-même, et sort différents albums de productions personnelles, dont Sonic Seasonings en 1972 qui sera considéré comme l’album qui annonce les prémisses du new-age. En 1992, Carlos retravaille son premier album pour en sortir une nouvelle version sous le nom Switched-On Bach 2000, en appliquant de nouvelles techniques électroniques, tout en utilisant la méthode des tempo non égaux tant aimée de ce cher Johann Sebastian Bach. Cette relecture sera un point fort pour la musique électronique ainsi que pour la carrière de cette physicienne de la musique, car il permettra de comprendre, ne serait-ce qu’à l’écoute, des avancées technologiques en matière de musique analogique durant les 25 dernières années.

Peu médiatisée et pourtant tellement importante pour l’histoire de la musique électronique, Wendy Carlos est une figure qui a su utilisé son génie pour laisser son empreinte dans cet univers bien rodé. Pour plus d’informations, n’hésitez pas à aller vous balader sur son site internet (en cliquant juste ici) !

En prime, une vidéo exclue de la BBC avec Derek Cooper nous expliquant l’utilisation du synthétiseur Moog :

Photo de couverture : © Vernon Smith

Clemence

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