Cela fait maintenant un peu plus de 15 ans que Soundstream apporte sa patte si particulière à la musique électronique. Comme une marque de fabrique, sa musique et sa capacité à sampler des morceaux disco, des plus inconnus aux classiques, font de lui un des producteurs les plus constants et les plus doués de sa génération. Il distille son art à travers des sorties hautes en couleurs sur ses propres labels acquis entièrement à sa cause et à son nom.

Précurseur, ingénieux, talentueux, tant d’adjectifs qui définissent Frank Timm aka Soundstream. Certains producteurs n’auront pas osé sortir un morceau car le sample aura déjà été utilisé par lui. Comme pour les inventeurs, il existe un brevet certifié Soundstream, c’est lui qui a eu l’idée avant tout le monde et malheureusement pour eux, cette idée est utilisée et transformée à merveille.
Passé maître dans un art qui a permis à la house de piocher dans les musiques discofunksoul, Timm s’est construit une identité au fil des années et son style est aujourd’hui reconnaissable parmi tant d’autres.
C’est peut-être là aussi sa grande victoire, celle d’un artiste que l’on reconnait à la première note, à la première écoute.
Le sampling est un exercice délicat qui demande une certaine attention, on peut alors crier au génie ou simplement au pur plagiat.
Soundstream n’est pas un producteur prolifique, une sortie tous les deux ans maximum, repassant sur son alias Soundhack  sorte de disco-raw moins épurée et plus déstructurée.
Une discographie qui va de pair avec le personnage, allergique à la presse, mystérieux pour ne pas dire ermite.

Nombreux sont ceux qui pensent encore aujourd’hui que Soundstream vient de Chicago ou de Détroit. Comme les pionniers du genres, samplers fous de l’époque, il a pioché dans la culture noire américaine citant aisément Chic, James Brown, Stevie Wonder ou Charles Benson.
La house est la continuité naturelle des musiques souldiscofunk, préposée pour le club et destinée à être mixée.
Résident à Berlin depuis toujours, Frank Timm a trompé son monde avec intelligence.
Berlin n’est pas la ville la plus propice au groove et aux mélodies funky, pourtant introduit à la black music par sa mère, il n’a jamais quitté cette ville qui l’inspire et continue de l’inspirer. Son énergie positive dont de nombreux producteurs revendiquent les bienfaits, l’a poussé à aller voir plus loin sans regarder autour.
Rare exception dans le paysage électronique allemand, Soundstream continue d’inspirer de nombreux djs et producteurs, comme l’a rapporté Borrowed Identity dans nos colonnes.

Un des sets que j’aimerais réécouter est celui de Soundstream au Hinterhog de Bâle il y a deux ans. Il commence de manière tellement douce, prend plus d’une demi-heure pour construire un énergie lente … Puis d’un coup ça explose : il jouait du funk, des beats futuristes, de la house avec des vocals, de la techno, du hip-hop et même du dubstep expérimental, mais cool … Tout ça pris tellement de sens une fois réuni. Je mixais déjà des choses éclectiques avant mais ce set a définitivement changé mon ADN musical.

De la même manière, ses productions ont changé la vision du sampling. En isolant toujours le passage qui va être déterminant pour son prochain morceau, Soundstream fait preuve d’une intelligence inouïe pour saisir la mélodie certes courte mais qui fait la différence.
Sans jamais tomber dans la facilité et faire comme certains en allant se servir chez Roy Ayers, l’artiste le plus samplé au monde.
La critique est pourtant facile, oui le sample est la base de sa musique mais ils sont peu à pouvoir revendiquer cette capacité à lier ce même sample avec un schéma de beats complexes.
L’événement marquant et peut-être une consécration, fut le sortie d’un mystérieux EP sous l’alias SSOL en 2013.

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Pas plus d’informations sur la plateforme Discogs mais la première face fut jouée par Soundstream durant sa première Boiler Room en ouverture. Les spéculations se transformèrent rapidement en certitudes, tant la patte du Berlinois était reconnaissable.
Cette opération de communication ne fit que renforcer un peu plus le mythe.
Sa dernière sortie en date regroupe trois morceaux de choix, l’un reprenant le sample utilisé par Kerri Chandler sur «Get Out». Le reste est bien plus palpitant «Bass Affairs» met à l’honneur la basse tandis que «Starstrike» rappelle «Disco Inferno» dans ses grandes lignes, vocales à l’appui.
Le travail sur le sample est toujours bien présent et la rythmique impressionne comme souvent.

Digger invétéré, enfant chéri d’Hard Wax, il dit avoir trois choses primordiales dans sa vie : ses disques, ses platines et sa famille.
À croire qu’un passage au Berghain un dimanche matin passerait avant toute chose si ce n’est emmener son fils au parc ou passer un moment avec sa femme.
La musique dans la peau, comme un moteur dans la vie.

Thibault