La trentaine à peine, des sorties incontestablement brillantes et un amour revendiqué pour le live, Matthias et Hauke forment Session Victim depuis 2007. Duo à l’éclectisme musical sans frontières et à l’énergie inépuisable, les deux allemands nous font voyager à chaque nouvelle sortie. Avec eux et d’autres artistes qui les côtoient, nous avons mis des mots sur de la belle musique.

Nous sommes en 1998, dans la petite ville allemande de Lüneburg. Franchement pas beaucoup de culture musicale ici, les soirées se suivent et se ressemblent. À part peut-être un groupe de potes qui, à peine sortis du lycée, mixent chaque semaine dans une usine abandonnée. Matthias Reiling et Hauke Freer font partie de ceux-là, mais ils sont encore très loin de Session Victim.

Ils s’amusent et sortent beaucoup dans les villes alentours, au Golden Pudel de Hambourg, dans les boites de Berlin. Entre temps, ils déambulent parmi les disquaires, à Lüneburg et ailleurs. « Hanging out at the record store is one of my favourite things to do in Hamburg » me confie Matthias. Les deux compères quittent leur ville natale en 2000, rejoignant la ville berceau de Smallville pour le premier alors que le second s’installe dans la capitale berlinoise. Ils prennent deux chemins pour le moins différents : Matthias rejoint un groupe de rock metal hardcore alors que Hauke intègre le staff de Resopal Schallware, un label techno à la patte berlinoise bien présente. C’est lors d’une soirée à Hambourg que les deux sortent et s’entendent sur une musique qu’ils adorent tous les deux, cette chose qu’on appelle house music – ils citent facilement Sound Stream comme première référence commune.

Il faut attendre 2007 et pas mal de balbutiements sur MPC-2000 pour voir éclore le bébé Session Victim. Et finalement, on ne peut s’en plaindre tant la maturité musicale est au rendez-vous depuis. Le duo jongle entre les instruments et les machines, avec des pincées de samples ici et là. Ceux-ci sont bien choisis et confèrent cette patte singulière à Session Victim dont certains commencent à se réclamer aujourd’hui. Les influences sont multiples, Matthias et Hauke piochent partout. Pour Axel Boman, cette utilisation des samples s’explique par l’âge des deux producteurs qui, comme lui, ont grandi dans les années 1990.

I would say they are building on old traditions!! Maybe something that becomes more rare but was the only way in the 90s when hiphop exploded. I feel the ghost of J Dilla and the ways of RZA, Dj Muggs & Dj Premier in their music with the exception of the rap, which in their case maybe are replaced by hooks, live instruments and melodies









.

Yanneck aka Quarion, fondateur du label Retreat avec Hauke, producteur et ami du duo, voit aussi dans Session Victim de forts influences hip-hop … Tout en y ajoutant une réelle plus-value très personnelle, qui donne cette musique si particulière.

Comme dans le hip-hop, Hauke et Matthias utilisent des samples mais travaillent à l’instar d’un DJ Premier: ils découpent les samples, les retravaillent, les mélangent avec des samples d’ autres disques … Cela donne quelque chose d’unique. Quand Hauke m’a montré l’original de « Good Intentions », j’étais bluffé… impossible de reconnaître la partie qu’ils ont utilisé tellement ils ont modifié et rejoué l’original!
Surtout, ce sont aussi des musiciens qui savent jouer des instruments (basse, clavier). Il y a beaucoup de synthés et de guitare sur leurs albums. Surtout pour « See You When You Get There », je trouve qu’ils ont complètement effacé la ligne entre samples et vraie instrumentation… cela donne un tout vraiment particulier… et surtout très groovy !

La discussion se poursuit avec Axel Boman, et vite il explique sa vision de la musique de Matthias et Hauke.

I think the session victim sound has less to do with their equipment though, but with their ideas. They are really suckers for great disco melodies ! They try to create their version of that disco. It is really easy to see how much they believe in the sound they represent when you see them play, it is really honest!

L’impressionnante A1 de la Part. 2 de « See You When You Get There » – le LP a été pressé en trois 12″

Nous sommes en 2015, et malgré une dizaine d’EP, des nombreux remixes et edit à leur actif – on retient ici l’excellent EP de Brame & Hamo – ce sont deux LP qui ont les places de choix dans leur discographie. Le premier est sorti en 2012 et, fort de ses 11 tracks de choix, « The Haunted House of House » avait alors beaucoup fait parler de lui. Move D avait notamment clos son set au Freerotation 2011 avec l’excellent « Good Intentions », et explosé en larmes avec un large sourire – un clin d’œil lorsqu’il l’a ensuite mis sur Soundcloud dans les tags du set : « Freerotation », « Sunday » et « tears on stage and dancefloor ».

La notoriété de ce premier album a fait exploser Session Victim. Mais si en 2012 le premier LP avait fait des remous, on est encore ici noyés sous les vagues du second – on en parlait il y a quelques mois dans un review. Entre leurs deux studios en Allemagne et à San Fransisco, Matthias et Hauke ont sorti ce qui ressemble fort à un carton plein tant les tracks font l’unanimité. Matthias revient sur le processus par lequel est né « See You When You Get There ».

 After our first album got released, we found ourselves playing nearly every weekend, so the studio time got less and less. As much as we love DJing and playing live, we need to get together and nerd out on the sequencer at least every other week for a few days.

When we started working on “See You When You Get There” in San Francisco in January 2014, we had one month where we just went to the studio to make beats every day for at least ten hours. That was really important for us personally, and we were able to take that great vibe back home where we had just set up our new studiospace.

The album took about 8 months to get finished ­ 4 months less than we needed for our debut one. We did not get into fights with each other like we did at the end of THHOH. We had more fun and were dancing a lot more in the studio. I think you can feel that a bit when you compare it with our first longplayer !

1399720_249761801842236_251111802_oCrédits photo – © Jordi Wallenburg

Pour aller de pair avec des productions hors-normes, le duo s’amuse sur scène. Peu de temps pour les sets dans leur agenda tant le live prend de la place. Avec Matthias à la basse et au pad pendant que Hauke s’amuse sur contrôleur Evolution UC-33, les deux impressionnent. Lors de leur dernier live sur Paris, ils jouaient à la Bellevilloise avec un beau plateau – Iron Curtis, San Soda et le collectif D.ko. Sans doute par ses racines de rockeur, Matthias se donne. Arthur aka Mézigue, co-fondateur de D.ko et dj, en a fait l’expérience et revient sur le live de Session Victim.

Après leur live, Matthias était en eau tellement il faisait chaud. J’ai été lui filer mon tee-shirt, et suis resté torse nu le reste de la soirée !

Ils sont super lourds en live. L’alliance instruments/machines est quelque chose qui marche très bien. C’est directement issu du funk et du disco mais dans un rythme plus soutenu extrêmement groovy. Ce sont de purs artistes ! La musique parle d’elle même …

Pour se faire une idée, la Boiler Room des deux compères est parfaite. La symbiose est impressionnante, et le rendu un délice pour nos oreilles. Hauke nous explique comment il voit le live.

We have tried to create much room for error and improvisation. Having played live for 5 years now, we feel confident to just try spontaneous changes and react on each other. It’s important to challenge ourselves and to keep evolving the live. If we are having fun, chances are the audience does as well !

Matthias et Hauke jouent « Never Forget » en live pour RA Sessions – sorti sur « See You When You Get There »

Si Session Victim occupe bien leurs journées, Matthias et Hauke tiennent tous les deux à continuer leurs projets en solo en parallèle. Pour Matthias, c’est la maison Giegling qui l’a pris sous son aile pour deux albums « Das Despenst Von Altona » et « Doppelgänger », deux projets très portés sur l’instrumental qui s’inscrivent dans la droite lignée de l’éducation musicale de leur producteur. Quant à Hauke, il est à l’origine avec Yanneck aka Quarion du très bon label Retreat. En vinyl-only, il rassemble sur six ans 15 sorties, toutes aussi bonnes les unes que les autres. De Hunee à Iron Curtis en passant par Johannes Albert tout en n’oubliant pas évidemment les deux compères de Session Victim, c’est une bien belle écurie qu’on vous encourage à aller découvrir.

Pour conclure sur les mots de Hauke, quand je l’ai interrogé à propos des samples, il m’a simplement répondu ce message. Une simple illustration d’une belle mentalité.

Simply recreating things is rather boring, you need to add things and put them in a different context.

We deeply thank Matthias, Hauke, Axel, Yanneck and Arthur for their enthusiasm to participate to this non-exhaustive portrait.

En partenariat avec le Badaboum, on organise un concours pour gagner 3×2 places pour la soirée du 07/03/15. Pour participer c’est par ici.

Crédits photo couverture : © Abandon Silence.

Amaury.

Articles similaires