Si aujourd’hui dans la multitude de personnalités et de visages qui composent la scène électronique je ne devais en retenir qu’un pour illustrer et promouvoir un mouvement qui a réellement pris de l’ampleur ces dernières années, je choisirai San Soda sans aucune hésitation possible. On ne parle surement pas assez de lui et pourtant il a tout pour plaire. D’une part un producteur de génie qui visite les genres et transforme la musique, d’autre part un dj d’exception qui collectionne avec intelligence et conviction les vinyles. Une collection qui s’agrandit chaque jour, c’est le genre de personne qui a sans doute sympathisé avec le postier à force de lui ouvrir la porte chaque matin lorsqu’il n’est pas à l’étranger pour démontrer son talent. Une personnalité singulière pour un personnage simple et sans artifices.

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J’ai eu la chance de le voir deux fois, la première au Glazart en plein soleil, les pieds dans le sable de la plage artificielle près de la Villette où il nous avait distillé un set funky à souhait en accord parfait avec l’auditoire, on a dansé, dansé jusqu’au coucher du soleil sans se soucier de ce qui allait arriver le lendemain, puis une deuxième fois à la Bellevilloise cadre moins ensoleillé mais tout aussi plaisant, d’une house léchée et maitrisée, il virait rapidement vers une techno mélodieuse, encore une fois « adapter » est le mot d’ordre, le mec le sent les choses et nous les rend bien. On ne peut pas forcément dire ça de tout le monde mais Nicolas Geysens de son vrai nom vit sa musique, quand certains Dj n’esquisseront pas un sourire ou un mouvement, lui sera crispé pendant tout son set, un corps qui réagit, des mains qui dansent et le regard toujours concentré pour ne pas faire d’erreurs. Il fait parti avec Move D ou Christopher Rau de ces Djs qui ne mixent presque qu’exclusivement sur vinyles et qui le maitrisent à la perfection, l’erreur leur est rare et le plaisir décuplé, beau à voir jouer et agréable à écouter. Ce qui le caractérise le mieux c’est sans doute le pluralisme musicale, il touche à tout, écoute tout. Un exemple, Tyree Cooper fut le premier artiste qu’il a pu voir, son set avait varié entre disco, house, funk et soul, un mélange des genres qui l’a totalement influencé et poussé à découvrir la musique dans son ensemble et non sur un genre défini. C’est peut-être là aussi la touche en plus qui fait de lui une personne originale, loin de moi l’idée de remettre en cause les artistes qui se focalisent sur genre spécifique, certains aspects de cette orientation pousse aussi à décortiquer tous les recoins de la Techno par exemple comme peuvent le faire les pionniers que l’on connait aujourd’hui. Inversement s’étendre et ne pas se poser de limites apparait comme une marque d’intelligence, une sorte d’ouverture qui n’est pas commune mais qui force l’admiration.

San Soda a fait ses débuts dans un petit club à Deinze en Belgique en jouant de la musique, tout le monde se connaissait et ce petit cercle restreint donnait une saveur particulière à chacune de ses prestations. Si son titre It’s You l’a propulsé sur le devant de la scène, il est le premier à rejeter cette popularité soudaine, humble par sa personne il l’est aussi dans sa manière de se comporter, ne vous détrompez-pas l’interview faite durant le Dimensions Festival n’avait rien de très sérieux et l’on comprend mieux en écoutant le ton ironique du bonhomme ce qu’il prétend être et ce qu’il aspire à devenir. Il est aussi à l’origine du talentueux label We Play House qui sort pépites sur pépites chaque année avec son compère Red D avec qui il forme par ailleurs le duo FCL. Ce label est à l’image de ses créateurs, des productions qui se démarquent, qui ne cherchent jamais à suivre la mouvance, on s’attend toujours à une surprise et on est rarement déçu. C’est d’ailleurs Red D qui a poussé San Soda à se lancer dans la production, lui même faisait parti de ce petit groupe de personnes qui enchantait chaque nuit de fête un public aux anges, si ça ne tenait qu’à lui il n’aurait sorti qu’à peine 20% de ses productions, heureusement il n’en a pas été ainsi. Côté production l’homme est un spectacle à lui seul, penchant parfois pour une rythme lent et relaxant comme avec NBMsucks qui est sans doute un des morceaux les mieux composés à ma connaissance, à chaque écoute une larme au coin de l’oeil (sans exagération), entre mélancolie et joie, tout y est, les synthés sont saisissants et apportent un réel message ou bien pour un rythme accéléré avec une certaine violence dans les sonorités à l’image d’Hypocrisy. Ces deux morceaux font partis de l’album Immers & Daarentegen recommandé chaudement et qui mérite bon nombre d’éloges. San Soda a seulement 27 ans et encore toute la vie devant lui pour convaincre les indécis, accompagnez le vous ne serez jamais déçus.

Thibault 

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