La ville de Détroit est, à juste titre, considérée comme le berceau de la techno et de la house. De Jeff Mills à Derrick May en passant par Juan Atkins, ils ont tous fait leurs gammes au sein de la Motor City. Ce n’est qu’au début des années 2000 qu’Omar-S a commencé à produire, se faisant une place aux côtés des plus grands. Sa capacité à sortir des sentiers battus l’a rendu rapidement incontournable.

Rares sont ceux qui peuvent se targuer de maîtriser plusieurs genres de la musique électronique. Le fossé qui sépare la house – qui tire ses racines dans le disco et la soul – et la techno, est aujourd’hui plus large que jamais. Et cela se ressent aussi bien dans les programmations des clubs que dans les directions que prennent les producteurs. Lier les deux catégories semble incohérent pour beaucoup de personnes.
La première partie d’une soirée est souvent consacrée à la house tandis que le deuxième partie ne se fait que très rarement sans techno. Les mentalités n’ont pas changé sur le sujet, il y a 15 ans, la house était en désuétude. Sa perte de vitesse, annoncée dès la fin des années 90, n’a été que plus grande par la suite. La donne a changé depuis quelques temps, mais l’écart reste encore important.

Dès sa première sortie en 2003, Omar-S a surpris son monde avec son premier EP mais aussi la première sortie de son label FXHE Records.
Outre le fait qu’il l’avait intitulé «002», c’est le choix des morceaux qui a tout de suite donné le ton.
Son brillant sample du titre de Midway, «Set it out», se retrouvait pressé aux côtés de «U» et «I Hate», deux morceaux résolument techno et venant marquer un vrai choix dans la direction artistique. Dj Deep ou encore Makam ont parfaitement su jongler entre des sonorités douces et des boucles plus prononcées. Cette double face du producteur n’est que trop peu souvent réussie des deux côtés. L’un prend toujours le dessus sur l’autre.

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Artwork – Still Serious Nic

 

Les sorties ont commencé à s’enchaîner, toujours sur son propre label et la notoriété a pointé le bout de son nez.
Au fur et à mesure, son style s’est étoffé. La construction de ses morceaux est devenue de plus en plus complexe.
Les dates aussi se sont multipliées. Comme pour beaucoup d’artistes américains, la reconnaissance outre-Atlantique n’a rien à voir avec celle en Europe. Aux Etats-Unis, ils sont de simples citoyens. Une fois passés les portes d’un club, ils attirent les regards et c’est pour eux que le public se déplace.
Un premier album en 2005 – qui a suivi déjà quelques maxis -, et le label commence à se faire un véritable nom au sein même de Détroit mais aussi surtout dans le milieu de la musique électronique sur le vieux continent. Omar-S est prolifique et il sort le matériel qu’il pense être le plus méritant. Il raconte avoir, comme beaucoup de producteurs, des milliers de démos en attente et qui finissent par ne jamais voir la lumière.

Le titre «Psychotic Photosynthesis», qu’il sort deux ans plus tard, sonne comme une nouvelle étape de franchie. La richesse du morceau n’a d’égale que son évolution. Hypnotique à l’image de l’artwork, c’est sans doute l’un de ses morceaux les plus aboutis. Entre temps, il produit pour le label de Theo Parrish, Sound Signature, sa première sortie non-estampillé FXHE.
Comme un symbole, son 3ème album «Thank You For Letting Be Myself» sort 10 ans après son premier maxi. Et le résultat est une pièce de musique unique. On ignore combien de temps il lui a fallut pour le réaliser, mais la densité de ce triple LP est remarquable. Tous les genres sont passés en revue, «The Shit Baby» est une envolée jazz couplée à une ligne de basse et un kick lourd, «It’s Money In The D» est une ballade mélancolique sur fond de piano et «Ready My Black Asz» se mue en acid techno. Le reste de l’album déborde de nouvelles sonorités, le travail fait en amont est colossal.

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Artwork – Thank You For Letting Be Myself

L’homme n’est pourtant pas l’artiste le plus communicatif, malgré une musicalité riche et originale qui pourrait laisser penser le contraire. Ses prestations derrière le booth sont toujours réussies voire presque mécaniques, mais son attitude et sa nonchalance laissent parfois perplexe. C’est le personnage qu’il essaye de s’imposer. Marco Shuttle a récemment expliqué que si il ne souriait pas ou qu’il ne regardait même pas l’auditoire pendant qu’il mixait, c’était seulement parce qu’il était extrêmement concentré pour faire son travail de la meilleure manière possible. Un travail dans lequel Omar-S excelle, ses sets surprennent toujours par la tournure qu’ils prennent. Son aisance à passer d’un morceau de disco et un titre beaucoup plus noir et agressif lui confère une certaine légitimité quand il joue.
Alex Omar Smith envoie lui-même les vinyles que l’on peut commander sur le site de son label FXHE Records. Dans sa dernière interview en 2009 donnée à Resident Advisor, il expliquait ne pas connaître Ricardo Villalobos et toujours travailler chez Ford, l’entreprise automobile basée à Dearborn une banlieue Détroit. Dans un langage très fleuri, il réaffirme son attachement à sa ville et à ses valeurs qu’il vient défendre chaque week-end en Europe.

Le personnage à la fois agace et fascine. Ses productions sont nombreuses mais ne sont pas pour autant toutes réussies. La constance dont il fait preuve à chaque fois qu’il tente de raconter une histoire à travers ses mixs ainsi que sa volonté de faire perdurer la tradition de sa ville natale avec son label, lui confèrent un tout autre statut. Kyle Hall et Jus-Ed furent lancés par Omar-S et surfent aujourd’hui sur cette vague de réussite.
Son dernier album «The Best» fait la part belle à ses amis de Détroit, Norm Talley, son cousin Big Strick ou encore Amp Fiddler. Nouvel exercice de style.

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Retrouvez Omar-S au Badaboum ce week-end 

Le site d’FXHE Records