Le monde de la musique électronique et même de la musique en général est orphelin d’un homme qui a décidé de quitter un univers qui ne lui ressemblait plus et qui allait à l’encontre de ses principes. Porté disparu, Ludovic Navarre que l’on connait le plus souvent sous l’alias St. Germain n’a plus donné signe de vie depuis le milieu des années 2000 (un mystérieux remix d’un morceau de Gregory Porter a pourtant fait une mystérieuse apparition en mai dernier). Timide et d’une humilité rare, il n’a jamais apprécié se retrouver sous le feu des projecteurs, loin des dérives d’un monde qu’il a longtemps côtoyé, c’est dans une volonté de rester dans l’anonymat qu’il s’est éloigné petit à petit au point de ne plus jamais revenir.
Producteur de génie, il a sublimé la musique durant sa pourtant prolifique et longue carrière.
Son ombre plane désormais sur tout ce que l’on peut entendre aujourd’hui, si certains ne le reconnaissent pas forcément il a pourtant été une influence pour bon nombre de personnes qui ont aujourd’hui pris le relais et tentent de faire perdurer un art qui peut parfois s’égarer et qui privilégie la quantité à la qualité.
Combien de fois ai-je entendu dans la bouche de certains ou sur internet « Cela sonne comme du St. Germain », une patte particulière qui se reconnait dans les sonorités jazz et ce rythme toujours si particulier.

Des regrets, de la nostalgie, un certain manque même d’un musicien au sens propre du terme même si certains persistent à croire que la musique électronique n’est pas à mettre dans la même catégorie que les autres musiques contemporaines. Et pourtant Ludovic Navarre en est la preuve vivante, lui qui a toujours insisté et souhaité travailler avec des musiciens guitaristes, batteurs et claviéristes pour son projet St. Germain principalement. C’est d’ailleurs le premier à l’avoir fait, prouvant ainsi à ses détracteurs que ces deux façon de faire de la musique ne sont en aucun cas antithétiques.
Il n’a pourtant jamais joué d’instruments mais utilise sa culture musicale et son talent pour créer des morceaux de toute part.
« Sampler n’est pas piquer la musique d’un autre. C’est interpréter une mélodie, la déformer à l’envie comme le fait n’importe quel instrumentiste »
Les inspirations sont multiples soul, funk, classique, disco le tout allié à la musique électronique qui reste le noyau dur. Difficile d’imaginer quelqu’un détester un travail minutieux où chaque détail compte.

Encore aujourd’hui il m’arrive de découvrir un nouveau morceau, sans jamais avoir épluché sa discographie, le plaisir est d’autant plus intense.
Les surprises sont nombreuses et pour ne pas avoir vécu sa période faste son personnage reste pour moi un mystère.
Sa dernière interview date maintenant de plus de 10 ans, si il ne laisse rien transparaitre il ne laisse rien au hasard.
Ludovic Navarre est un génie de son temps, sans exagération et aucun parti pris il est un Chopin ou Bach des temps modernes, parce qu’il touche à tout et a eu cette influence que peu de personnes peuvent revendiquer.
Au premier abord on découvre le plus souvent sa musique via son alias St. Germain le plus populaire et qui a fait le plus parler de lui, des morceaux qui font voyager à travers l’Histoire, Detroit à St. Germain illustre à merveille cette volonté de joindre les deux mondes et regroupe une partie des morceaux des précédents albums et maxis.
Des productions que chaque génération écouterait avec la même attention et qui s’émerveillerait à chaque note.
On retiendra What’s New et Alabama Blues mais tout est bon à prendre et à garder précieusement.
Au delà du talent indéniable du bonhomme, c’est surtout sa capacité à jouer sur tous les terrains qui fascine, il réussit tout ce qu’il fait et a tout tenté.
Certains l’ignore mais si le morceau Acid Effeil de Laurent Garnier est un des classiques du genre c’est aussi grâce à lui. La face B où apparait le pseudo Soofle c’est aussi lui avec Shazz.

On ne compte plus le nombre de participations de Ludovic Navarre aux multiples projets qui ont vu le jour entre 1990 et 2002.
Dj Deep, Laurent Garnier, Shazz et j’en passe ont collaboré avec lui. On pourrait même penser que Ludovic Navare est en réalité plusieurs personnes, une sorte de schizophrène aux multiples personnalités qui maitrisent tout autant l’acid house ou la techno que le jazz ou la house.
Deep Contest est l’un de ses alias qui m’a dicté les codes de la production, d’une netteté sans pareille, l’erreur est quelque chose qu’il ne connait pas, on est vite découragé lorsqu’il s’agit de trouver une anomalie, il n’y en a sans doute pas.
Sunday Morning est une véritable leçon, une musique langoureuse et profonde qui laisse rêveur quand Sexual Behaviour est d’une agressivité amicale teintée d’acide.
Le BPM n’a aucune limite pour lui, son autre projet Deepside et son morceau French nous narguent sans cesse tant dans la technique que la mélodie.
Ludovic Navarre peut aussi s’improviser remixer et c’est tout naturellement qu’il le fait sous l’alias Ludwig avec Aurora Borealis, en 1993.
En avance sur son temps il a ouvert des portes et aussi fermé quelques unes, personne ne semble aujourd’hui lui arriver à la cheville tant il a exploré de nouveaux horizons et montré au monde entier (et oui 1,5 millions d’album vendus dans le monde tout de même) que les frontières de la musique n’existaient pas. La musique électronique peut avoir un avenir radieux si tous les acteurs se donnent pour mot d’ordre de ne pas limiter les inspirations à un seul genre, d’aller explorer sans cesse.

Aujourd’hui Ludovic Navarre est peut-être à Chatou dans son studio préparant un retour presque inespéré ou alors là où l’attend pas et où on ne l’attendra plus jamais..

Bonus : un des seuls sets que l’on peut trouver de lui sur internet en B2B avec Dj Deep en 1995 par ici

 

Thibault

 

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