La Motown Party organise ce samedi une soirée au Djoon en hommage à Larry Levan et au Paradise Garage, l’opportunité pour nous de vous présenter les artistes participants, Danny Krivit et Reverend P, mais surtout la légende que représente Larry Levan…

Né dans le Bronx en 1954, Larry Levan est un des acteurs les plus importants des musiques électroniques, et avec lui le club mythique où il officia pendant une dizaine d’années, le Paradise Garage. Il commence à mixer au début des années 1970 au côté de Frankie Knuckles (son portrait disponible ici) au Continental Baths de New York, un club gay hédoniste, tout en étant biberonné au disco dans l’enceinte du Loft, premier club dédié au genre et fondé par David Mancuso. La musique y est encore psychédélique, associée aux prémisses du genre disco, et la soul de Booker T se mélange au trippant Dark Side of the Moon pour repartir vers des contrées plus jazz ou funk. Lorsque Levan commence à jouer au Paradise en 1978, il garde ce grand éclectisme et l’enrichit encore par sa culture noire américaine et le gospel ou le R&B qui en découlent notamment.

from-disco-to-disco-paradise-garageLe Paradise Garage, au 84 King Street à New York

Créé en 1978 par Michael Brody et Mel Cheren (fondateur du mythique label de disco et de garage, West End Records), le Paradise Garage est ouvert pendant dix ans, dix années pendant lesquels Larry Levan remodèle le rôle du Dj et sa place dans l’espace qu’est le club. Il insiste par exemple pour placer le Dj au coeur du lieu, et broder l’organisation de l’espace autour de lui ce qui préfigure aussi notre époque où le Dj est une des composantes essentielles de la nuit – poussé parfois à l’excès aujourd’hui, avec des Djs superstars qui prennent le pas sur la musique. Le Paradise Garage est aussi un lieu majeur de la culture noire et gays, deux communautés encore malmenées dans les années 1970, et qui participaient à faire du club un lieu de grande tolérance et d’amour, et ce sans tomber dans l’extrême communautaire inverse, car même si les noirs américains et les gays étaient souvent les plus nombreux, les hétéros et les blancs étaient aussi présents (et bienvenus) que les autres.

Larry Levan était une personnalité exceptionnelle, un magicien de la musique, capable d’amener son public à tous les sentiments possibles, de l’émerveillement à la surprise, en passant par le plaisir ou même la confusion. Doté d’une culture musicale incroyable, il excellait autant dans la technique que dans les morceaux choisis, passant aisément du gospel à l’ambient, de la Philly Soul au post-punk, pouvant jouer un même morceau trois, quatre fois dans la soirée, si celui-ci lui plaisait. Comme l’explique Dave Piccioni, Dj anglais qui déménagea à New York en 1986, dans Mixmag (l’article ici), « ce qui rendait Larry si mémorable,  c’était sa bravoure dans la musique, et son sens du moment opportun… Larry pouvait jouer un morceau et tout le club se disait ‘Mais qu’est-ce que ça ? Ca sonne comme de la merde’, mais parce que vous saviez que Larry devenait des différents personnages selon ce qu’il passait, vous pensiez ‘Larry joue ça, et bien je vais lui donner une chance ».

danny-krivit-larrydavidUne nuit au Paradis

Larry Levan, comme beaucoup de génies de son niveau, était un personnage tourmenté, sous l’emprise de choses plus ou moins fortes la plupart du temps, capable de se perdre dans ses morceaux, dans leur répétition et à terme, dans sa tête à lui. A partir des années 1980, il était considéré – et traité – comme un dieu par nombre des danseurs, drag queens, et autres personnages fantasques qui peuplaient le Paradise Garage, le tout sur fond d’hécatombe lié au SIDA qu’on ne connaissait pas encore, mais qui faisait déjà de nombreuses victimes. En 1987 furent programmées 48 heures de fêtes qui devaient mettre un terme en beauté à l’aventure de ce club mythique, mais l’évènement fut tristement terni par la mort d’un des fondateurs du club Michael Brody, emporté lui aussi par le SIDA, une semaine avant la fermeture du Paradise Garage. Cet épisode porta un coup fatal à Larry Levan, profondément meurtri par la mort de son ami, protecteur de son mode de vie et de son éclectisme à toute épreuve. Il se tut jusqu’aux débuts des années 1990, où il entama quelques dates en club à travers le monde avant de revenir à New York où il mourra des suites des complications de l’inflammation de son endocarde.

Larry Levan et son Paradise sont encore pleinement gravés dans la culture électronique, preuve en est, cette manifestation réunissant plus de 22 000 personnes l’année dernière à New York, 22 000 personnes présentes pour demander – en danse et en musique – de rebaptiser une portion de King Street, la rue originelle du club, le « Larry Levan Way« . Pour reprendre les mots de Discogs car on ne pourrait pas mieux le dire : « L’héritage de Larry était bien plus que celle d’un Dj légendaire et d’une poignée de classiques. Larry Levan était le Dj ultime, il n’excella pas juste dans son travail, il réinventa le concept de Dj, floutant les barrières de la musique, de la race, du sexe, de la sexualité, modifiant la perception de la musique, du son et du monde pour des milliers de personnes. Pour toutes ces raisons, il est toujours une référence aujourd’hui dont beaucoup parlent. Larry tu nous manques, le monde des clubs ne sera jamais plus le même ! ».

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Et on peut dire que la Motown Party a mis les petits plats dans les grands pour Larry Levan puisque Reverend P reçoit le grand Danny Krivit, un hôte on ne peut plus approprié pour célébrer la mémoire du Paradise Garage.

Danny Krivit nait à New York dans les années 1960, d’une mère chanteuse de jazz et d’un père manager de Chet Baker. Il se prend de passion très jeune pour les vinyles puis rencontre de nombreuses personnalités de la scène underground new-yorkaise, comme Nicky Siano, propriétaire du club disco The Gallery, et commence à mixer au Loft, aux côtés de Larry Levan et François Kerkovian avec lesquels il se liera d’amitié. Dans les années 1990, il entame une collaboration avec ce dernier, devenue mythique depuis, la Body & Soul, organisée tous les dimanches après-midi à New York et fondée par le trio Krivit, Kerkovian ainsi que l’excellent Joe Claussell. Ces soirées vont elles aussi devenir une vraie institution, jusqu’à s’exporter à travers le monde sur les mêmes bases que celles du Paradise, de l’éclectisme musical tourné vers la house, le tout dans une ambiance chaleureuse et aimante. Ce seront d’ailleurs les trois Djs qui officieront lors de la manifestation pour l’instauration du Larry Levan Way à New York, l’été dernier.

us-1004-520447-frontFrançois Kerkovian devant, Joe Claussell et Danny Krivit

A ses côtés, le Dj Reverend qu’on ne présente plus dans la nuit parisienne. Le Monsieur fait ses armes dans les clubs mythiques de la capitale comme le Palace ou les Bains Douches au début des années 1990 dans un esprit hip hop et acid jazz, avant de s’orienter vers une house plus soulful. Reconnu par ses pairs, il est invité à égrener les clubs de house new-yorkais les plus mythiques, comme l’indétronable Shelter à la demande de Timmy Regisford ou le Cielo, invité par Louie Vega. Il devient résident du Djoon à partir de 2005 et fait revivre avec les soirées de la Motown Party, les plus belles heures de la soul, de la house et de tous les styles les plus soulful de la black music. Lors de ses nombreuses dans ce loft parisien à l’inspiration new-yorkaise, il fait venir des pointures tels que Joey Negro, Norman Jay ou Nicky Siano, pour ne citer qu’elles. Comme il se décrit lui-même, Reverend P est un « prêcheur de la soul, qui répand l’amour, la musique et les bonnes vibes », autant vous dire qu’on a hâte de le voir partager les platines avec le grand Danny Krivit, pour une soirée mémorable en hommage au grand Larry Levan.

Alia.

 

Voir notre article sur la soirée au Djoon de vendredi prochain en cliquant ici et essayer de gagner 2×2 places.

L’event Facebook de vendredi disponible ici
La page Facebook de la Motown Party ici

Sources :
Ulf Poschardt, Dj Culture, 1995.
Mixmag : « what made him and the Garage so memorable was his bravery with music and his sense of occasion…Larry would play a record and all the club would be saying, ‘What the fuck is this? It sounds shit.’ But because you knew Larry as a character through the music he played, you thought, ‘Larry’s playing this, I’m going to give him a chance ».

Discogs, article sur Larry Levan disponible ici : « Larry’s legacy is more than just a legendary nightclub and a fistful of club classics. Larry Levan was the ultimate DJ: he didn’t just excel at his job, he reinvented the concept of the DJ, blurring the boundaries of music, race, sex, sexuality, and changing thousands of people’s perception of music, sound and the world around them. For those reasons alone he is still revered and talked about to this day. Larry…..we miss you, the club world has never been the same! ».