Lors de la dernière édition du Dimensions Festival, Floating Points s’élançait aux côtés de Motor City Drum Ensemble dans un récital de plus de 4 heures où le point culminant du set était sans aucun doute ce moment surréaliste où le dernier EP de l’anglais Nuits Sonores résonnait dans nos oreilles. Surréaliste de par son intensité et ses sonorités tout autant que l’ambiance apocalyptique qui régnait suite au violent orage qui s’était abattu sur les danseurs qui n’avaient pas déserté les lieux pour autant.
Et c’est avec joie que l’on retrouvait quelques mois plus tard ce chef d’oeuvre à porter de main car on peut définitivement le nommer ainsi.
Cette 40ème sortie sur Eglo Records – le label de Sam Sheperd et Alexander Nut – coïncidait parfaitement avec l’envie d’écrire quelques lignes sur un acteur majeur de la scène électronique et contemporaine , par là j’entends aussi bien les musiques électroniques et non-électroniques ainsi qu’une chronique d’un nouvel EP de grande facture.

Cela ne fait que 5 petites années que Floating Points produit et sa notoriété est déjà plus que conséquente.
L’homme jongle astucieusement entre un doctorat en neuroscience à l’université UCL le jour et la gestion de label ainsi que la production de musique une fois les cours terminés et la nuit tombée.
Se limiter à une telle séparation des activités serait trop facile et bien évidemment lorsqu’il étudie les neurotransmetteurs il ne peut délaisser la musique, inversement le nez plongé dans les machines le cerveau humain n’est jamais dissocié. Cela renforce un peu plus sa singularité et si certains au premier abord lui trouvent un physique de premier de classe ils n’ont pas totalement tort mais la richesse du personnage nous force à se focaliser sur un tout autre aspect.

Car c’est bien par sa musicalité et ses productions que l’on connait pour l’instant Floating Points.
Une musicalité forgée dès le plus jeune âge quand d’autres vaquaient à des occupations banales, lui se mettait en tête qu’il allait se construire sa propre collection de vinyles tout en commençant à manier les platines à 13 ans.
A partir de là, le jeune homme ne pouvait plus s’arrêter et le «digging» comme on l’appelle devenait plus qu’un hobby, un devoir à respecter chaque semaine, il déclare même partir à la chasse aux galettes 2 à 3 fois par semaine.
Comme un rituel donc, son jogging à lui, bien plus palpitant et enrichissant il faut l’admettre.
C’est donc tout naturellement que Floating Points rentre dans des phases, des périodes musicales spécifiques où chaque partie de sa collection prend un peu plus d’ampleur, récemment la Bossa Nova où l’occasion de jouer en Amérique du Sud fut pour lui une perche tendue vers un univers qu’il appréciait et dont il souhaitait prendre la juste mesure. Pour la petite histoire un détour chez un disquaire de São Paulo lui aurait fait dépenser la somme de 4000 euros pour pas moins de 90 vinyles.
Une passion n’a pas de prix et FP écume ceux du monde d’entier à la recherche du 35T ou du 45T qui changera la tournure d’un set.

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Si certains lui reprochent parfois de manquer de technique durant ses sets c’est aussi parce que Sam Sheperd prend des risques, les habituels râleurs pesteront à la moindre transition négligée selon eux mais seulement complexe lorsqu’on s’y attarde.
Passer d’un morceau de Funk à un morceau Techno n’est pas à la portée de tout le monde, il ose, transforme et rend plus humain le djing. Il se refuse d’ailleurs à mixer ses productions, bien que la demande habituelle du magnifique Vacuum Boogie de la part d’un fan n’en demeure flatteuse, Floating Points est à l’opposé du narcissisme musical, jusqu’à grogner et se boucher les oreilles à l’écoute de tel ou tel morceau.
Sorte de perfectionniste, il est ce genre de personne qui trouvera toujours quelque chose à dire lorsqu’il entendra ses compositions, sa philosophie bien qu’humble et respectable n’est autre que de les écouter le moins possible.

Ses productions reflètent son éducation musicale, féru de Jazz dans sa jeunesse il a construit autour de ce genre une vraie patte mêlant des sonorités qui vont puiser leurs sources aussi bien la musique électronique que dans sa culture Jazz.
Myrtle Avenue et ses notes de claviers illustrent à merveille ce mélange des genres, un schéma que suivra la plupart du temps Floating Points. Son travail sur les percussions est remarquable, à l’instar de Four Tet, tout n’est pas misé sur le rendu sonore, les percussions dirigent et orientent le morceau de façon à donner un rythme aux notes de piano et aux différents synthés utilisés.
Il se considère par ailleurs tout autant Dj que producteur, sans jamais dissocier les deux.
Sa résidence au Plastic People a aussi créé un peu d’effervescence autour de son nom, fermé début janvier ce club était situé dans le centre de Londres et donnait les clés du lieu à différents artistes qui se sont succédés dont Theo Parrish pour ne citer que lui. C’est ici que Floating Points lança le concept des You’re A Melody tiré de la chanson du même nom. Il invitait un ou plusieurs djs à venir passer des disques dans le sens littéral du terme, sans transitions, sans artifices une seule règle : aucune musique électronique. C’est au rythme de sa résidence que le Plastic People a vécu ses dernières heures et au final rendre son dernier souffle sur un ultime B2B avec Four Tet. «We make no apology for how joyfully noisy people get!» à propos de l’enregistrement mis en ligne quelques jours après.
Les temps changent mais le désir de délivrer la meilleure musique possible est toujours là.

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La dernière sortie de Floating Points va dans ce sens et l’EP Nuits Sonores est un nouvel accomplissement pour l’artiste anglais.
La légende raconte que la première face serait sortie tout droit de la tête de ce dernier lors de son trajet en avion reliant Londres à Lyon pour se rendre au festival qui prend place chaque année depuis maintenant plus de 10 ans.
Un hommage chaleureux de sa part, on tombe ainsi de haut du moins ce fut le cas pour ma part quand on découvre l’élaboration d’un titre que l’on entend raisonner de toute part déjà, Ben UFO, Matthew Herbert et bien évidemment Four Tet en font déjà le centre de leurs sets.
Un voyage de plus 11 min, sous ses aspects de grande messe où l’intensité augmente au fil du temps.
Les frissons se font sentir dès les premières notes qui deviennent de plus en plus agressives.
Le génie de la construction du morceau se matérialise à l’arrivée des touches acides qui viennent finalement balayer le reste, l’ampleur d’un orgue avant que les percussions ne viennent montrer le bout de leur nez.
On retrouve malgré une certaine noirceur dans le morceau cette touche jazz caractéristique avec les notes de piano qui raisonnent, la cohésion est parfaite et aucune note ne semble empiéter sur l’autre.
Le deuxième temps mort est magistral, comme pour annoncer un cataclysme.
L’intensité retombe le temps de l’envolée au clavier avant qu’elle ne remonte, les touches acides reviennent et les percussions reprennent de plus belle. Le morceau varie d’une façon complexe et à la fois tellement claire.
La Face B est forcément moins flamboyante lorsque l’on passe après un tel concentré de sonorités mais n’en perd pas pour autant son importance. Nectarines fait aussi appel à des synthés agressifs et saccadés, on distingue une vocale qui prend peu à peu place. On retrouve ainsi le même fonctionnement que Vacuum Boogie, avec des percussions à plusieurs temps.
On ne sait pas où ce morceau a été imaginé cette fois-ci mais il colle parfaitement à l’univers de la première face.

Floating Points dit avoir plus de 100 morceaux qu’il pourrait un jour où l’autre sortir sur son label, toute sa collection de vinyles n’a surement pas encore vu les platines d’un club, la fin du Plastic People peut aussi le pousser à aller vers d’autres horizons dans l’espoir de toujours délivrer sa musique.

Thibault

crédits photos :  www.facebook.com/zoelowerphotography

 

 

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