Le groupe AUX88 est fondé en 1993 à Détroit, dans le bouillonnement culturel du à la techno naissante. Au départ formé en 1985 sous le pseusdo de RX-7, le groupe va évoluer pour devenir l’une des incarnations du genre musical electro-funk made in Detroit. High Five revient sur le genre musical et l’aventure AUX88 à travers ce portrait, mais également une interview d’un de ces membre fondateur également membre de Scan 7, Anthony Horton aka Blak Tony, qui paraitra dans quelques jours. 

Avant de présenter AUX88, il nous faut revenir sur l’electro-funk, ce genre de musique à la fois présent dans la techno et le hip-hop originels. Le genre est directement influencé par la drum machine TR-808 lancée en 1980 et destinée originellement à la scène rock, avant de trouver son utilité première auprès des musiciens noirs-américains du Bronx à Détroit. L’autre influence majeure est évidemment celle du funk, genre musical pleinement revisité grâce à la technique du sampling. Les morceaux electro-funk sont souvent caractérisés par la présence de drum machines, de sons typiquement électroniques d’une forte intensité et de vocals déformés, souvent grâce au vocoding ou au talkboxing.

Côté artiste, un des plus grands représentants de l’electro-funk n’est autre que Juan Atkins qui avec Cybotron notamment, a pleinement exploré les variations electro-funk, lui qui voue une grande admiration à l’instigateur du genre, Monsieur George ClintonCosmic Cars, Alleys of Your Mind, et ses early works sont autant de morceaux dans lesquels sont présents tous les codes classiques du genre. Côté hip-hop nous citerons le légendaire Afrika Bambaataa, DJ américain crédité pour être un des fondateurs du hip-hop et le créateur de la Zulu Nation. A une époque où les instru de techno et de hip-hop pouvaient se confondre, Bambaataa a joué un rôle essentiel dans l’appropriation des instruments électroniques par la communauté noire américaine. Son morceau mythique Planet Rock, sorti en 1982, marque un tournant majeur dans l’histoire des musiques électroniques et contient des éléments des morceaux Trans-Europe Express et Numbers de Kraftwerk, également de Riots in Lagos de Yellow Magic Orchestra, le tout agrémenté de l’empreinte Bambaataa et de sa 808. Les vocals (ce « Party People » reconnaissable entre 1000…) finissent de faire du morceau « l’hymne electro-funk utlime » selon les paroles du journaliste américain Dan Sicko.

L’electro-funk évoqué, nous pouvons vous parler d’AUX88, groupe d’electro-funk revendiqué qui nait à Détroit en 1993. Ils sont quatre membres à avoir fondé le groupe, Anthony Horton aka Blak Tony, parti le premier, William « Posatronix » Smith, Tommy (Tom Tom) Hamilton and Keith (K-1). Ils marquent les esprits rapidement, notamment à l’aide de ce fameux vinyle rouge, et s’imposent comme les dignes représentants de l’electro-funk de Détroit, toujours avec les caractéristiques si particulières au genre, la voix robotisée en tête. Deux ans après la formation du groupe, Tucker se lance dans l’aventure solo, puis Smith en 1998 laissant à Hamilton le soin de poursuivre l’aventure AUX88 aux côtés de l’ancien danseur William ‘BJ’ Smith. Quelques années plus tard, Tucker reprendra part à la formation formant le duo qui tourne actuel. Leurs morceaux sont autant de références à l’univers machinique de Détroit et à ce style electro-funk si caractéristique des découvertes technologiques et électroniques par la génération noire américaine. Nous citerons le morceau Technology sorti en 1993, l’excellent EP Electrotechno sorti en 1996 ou encore My Mind Goes Into Programming sur l’album Is It Man Or Machine sorti la même année.

On a eu pu assister à la première du documentaire retraçant la vie des quatre membres fondateurs d’AUX88 cet été au Detroit Historical Museum. Monté avec cette patte artisanale qu’on retrouve souvent à Détroit, et qui pourrait nous paraître parfois datée pour nous européens croulant sous les esthétiques léchées, le documentaire témoigne néanmoins d’une réelle sincérité, les quatre artistes évoquant les aléas qui les ont fait s’éloigner et se rapprocher au gré des situations et des conflits. De nombreux artistes – de Juan Atkins à Mike Banks en passant par Carl Craig – partagent leurs pensées sur AUX88 et leur impact. Mais c’est aussi un formidable témoignage de Détroit, de la vie dans l’East Side, des difficultés rencontrés depuis le plus jeune âge dans la ville, et de l’espoir qu’a insufflé la techno chez tous ses gamins qui ont trouvé en elle un avenir plus lumineux que celui auquel ils étaient destinés. Mais c’est surtout un portrait de la ferveur électronique que partage bon nombre de musiciens de techno de la ville, un hommage à cette Motor City pleine de soul, là où est née la techno, genre futuriste par excellence à la mutabilité extraordinaire, qui lui permettra de se ré-inventer dans les villes européennes, de Manchester à Berlin.

Le groupe sera de passage à La Machine du Moulin Rouge pour un live exceptionnel vendredi 18 décembre, exceptionnel parce que trop rare ces dernières années, exceptionnel parce qu’incarnant un son trop peu connu dans la scène électronique européenne.

La soirée de La Machine pour les sept ans du collectif Sonotown c’est par ici.

Alia.

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