Petits Papiers : Riomaggiore

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J’avais laissé traîner mes ancres et mes amarres,
Et brêlant à la fois de force et de fatigue,
Ma quille, à cape sèche, aboutée sur la digue,
Coulait ses clapotis en un long tintamarre ;

Un charivari sourd raguant vagues et varangues
Ramait bas, sous la coque, les algues et les embruns,
Et choquait au vent sec la vasque et les carlingues
En souquant les mouillages en un bruit blanc – bleu, brun !

Et j’halais, libre, à l’air, la corde à la poulie
Arrimant frêlement mon rafiot de bois..
Sur le chenal amer, l’écume et son coulis
Font bien des élixirs que le diiode boit !

D’où j’irais voir, au bord, la première des Cinq Terres
Dont les flammes d’argent et les magies auraient
Couvert de mousse blanche, comme des extincteurs,
La roche moutonnante à Riomaggiore !

Mais je vis, au matin, les voiles en quarantaine,
Et la grange des loups de mer en train de déborder
De chaloupes de pêche abattues en carène
Portant sur les flancs nus la marque des bordées,

Des chalutiers béants croulant sous les ficelles,
Des bailles à l’abandon, des barges ingouvernables,
Des jonques défleuris, des canots, des nacelles
Et des bouchons de sable dans les bouchons de nable..

– Au mal de mer, adieu ! Celui du timonier
Se fit pernicieux comme le Nil à Djouba ;
Loin de mon limon clair, l’air des limoniers
M’évoqua la tempête en ses nuages bas ;

Et je pris, pas à pas, comme alors vague à vague,
La tête chancelante et digne des sillages
Dont les courses naviguent en travers, et divaguent
Ainsi que les marins, sur les terres, en voyage..

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D’abord une oasis de lumière, sur la berge,
Dora les brise-lames alors à mon égide,
En me faisant là, vif, le charme d’une auberge
Entre les double-coques et les semi-rigides ;

Au loin, sous l’arche en bois de chêne, un escalier
De pierre poussait docilement sur les balcons
De fleurs ; la rosée sous l’enseigne de l’écailler,
Affleurait arrosée.. La mer, et ses cocons,

Embrassaient les granits et les sablés de terres,
Pavés là, sous les gouttes et saupoudrés de mer..
Ainsi qu’un sain parfum dans un jardin d’éther,
J’y guettais, bas, le sel, passer l’âpre et l’amer

Et plus je m’éloignais des brumes et des bruines
Dans la lignée du port, plus alors, j’admirais,
Parmi les gris, le vert, en grâces et en ruines,
Livrer ses fleurs aux ombres encore à la mirée ;

De moitié algue verte et demi sous-marine,
Ces exquises ventouses fleurant la menthe fraîche
Mêlaient confusément l’arôme à la narine,
Et l’odeur de la vigne à celle des peaux de pêche..

Les flambes, les jonquilles, les roses et les iris
Bariolaient de rouge l’orange et l’iode ;
Et les camélias, et les amaryllis
Auréolaient à l’aube l’aurore émeraude !

Et je suivis alors la longue ligne enflée
Dont le souffle, chenille, sous l’encre des biplaces,
Emportait les saveurs des croissants chauds, gonflés
De crème vanillée, cannelle et sucre glace !

A l’orée de la ville, les matelots vrillaient,
Laissant les corps libres et les âmes s’expirer ;
Là ou les eaux-de-vie fermentées vacillaient,
Les mousses s’enivraient des vers de Shakespeare !

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Et soudain, je tanguai ; en feu, le jeu de jambes
Aux allures des bises et des vents divergents ;
Sous les effets des lyres, l’amour et l’entre-gens
Prenaient comme des rires ou comme les âmes flambent..

Ici même les -adultes- se mêlaient aux poètes,
Et l’ambre combinait ses courbes à l’encens
Sans aucuns dieux ni cultes ! Les bonds et pirouettes
Venaient sans équilibre en contrebalançant ;

J’aimais là respirer l’air pur et souverain
Des visages adoucis par les idéations,
Puis sous les toits, mirer, l’enfant – le riverain
Dévisager la mer avec ambition

Et ravir à l’oeillade les horizons zebrés
De fauve et d’or infime brillant d’autant mieux
Que l’azur nichait sous la mire délabrée
Des valses du soleil et des camaïeux ;

Comme au fin fond des toiles et des cotons tendus
En jaune, vert et bleu ; un divin baratin
De nuances et d’éclats m’y fut sous-entendu
Et j’en perdis la vue mais aussi mon latin ;

Alors à tâtons, ivre, je pensais Larvatus
Prodeo! puis, bas, Pax et enfin Caute! ;
Et de grâce ou d’instinct mon habile conatus
M’assigna l’insigne et le signal à lutter

A coups de diérèses, de rimes et d’hiatus
Contre vers et sangsues souvent convolutés
Sous les lignes à flots.. Silences ! Bruits.. Motus
Et grand-voile cousue ; j’allai crapahuter !

Et je vis ! À nouveau.. la terre, où, clairement,
Je percevais les moindres petits raidillons
Sur les rides à fleurs et dont l’éclairement
Chassait les ombres des illuminations

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